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BSETZIPARK – les 6 erreurs des médias

Quelques heures seulement après l’occupation de l’immeuble qui se situe en face du centre commercial « Letzipark » à Zürich, la police s’est frayée un chemin à coups de bélier et de gaz irritants. Une intervention légitime si l’on croit les reportages des médias bourgeois. Nous, du Ajour Magazin, avons discuté avec les occupant(e)s et vérifié les gros titres qui circulent.

1. La maison était encore habitée

« C’est une nouveauté que des maisons encore habitées soient à présent occupées » s’exclame Marco Denoth, le co-président du Parti socialiste zurichois. Il prépare ainsi l’évacuation rapide du bâtiment occupé. « Avant nous, personne n’habitait cet immeuble » contredisent les occupant(e)s. De plus, les contrats établis par les sous-locataires de l’agence immobilière
Livit ont pour base un contrat de bail à loyer de locaux commerciaux. L’immeuble n’était donc pas habitable, « sauf si quelqu’un l’avait occupé avant nous ».

2. Les employé(e)s ne pouvaient pas accéder à leur place de travail

« Particulièrement méchant », selon le journal Blick, qui se veut montrer garant d’un droit du travail bien réglé : « ils ont commencés l’occupation durant la nuit du dimanche au lundi. De nombreux employés qui voulaient accéder à leur place de travail, ont été empêché à l’accès du bâtiment ». L’impudence de vouloir empêcher ceux qui souhaitent travailler un lundi matin, se voit relativisé si l’on prend connaissance de la géographie du bâtiment. « Seulement la partie inutilisée de l’immeuble a été occupée. Tous les autres locaux étaient accessibles de l’extérieur et coupés de l’espace occupé » disent les occupant(e)s. Si les employé(e)s n’avaient pas perdu toutes leurs clefs, ils / elles pouvaient continuer leur travail en toute tranquillité.

3. 14 occupant(e)s se sont faits arrêter

La police, qui a effectué de nombreux contrôles devant le bâtiment durant son évacuation, a arrêté plusieurs personnes, certaines pour des longues durées. Comme par exemple un journaliste du magazine tsüri.ch, qui a été arrêté, fouillé et renvoyé interdit de zone pour 24 heures malgré une carte de presse valide. Une autre personne qui n’était pas impliquée dans l’action ne s’est pas seulement faite renvoyer, mais s’est vue arrêté par la police et seulement relâché le lendemain. Cette personne est la 14èmee personne dont parle la presse.

4. Et la police s’est faite attaquer violemment…

…. avec de l’eau et des extincteurs à mousse. « Des feux d’artifices ont été utilisés », comme le note le journal Blick. Si les journalistes du Blick se trouvaient sur les lieux, ils-elles auraient révisés leur version exacerbée des faits. Certes, on a vu de l’eau couler des fenêtres, ce qui est particulièrement grave par ces températures. On pouvait aussi percevoir des feux d’artifices, qui n’étaient pas dirigés contre la police, mais contre le ciel. La réaction de la police était de percer un trou à travers les planches et de remplir le bâtiment de gaz irritants. Il n’a pas été spécifié de quel gaz il s’agit. Si l’on sait que le gaz lacrymogène est interdit en tant qu’arme chimique en cas de guerre, son utilisation à l’intérieur d’un bâtiment se dévoile comme particulièrement perfide.

5. Bientôt quelque chose de beau va être construit sur le site !

« La déconstruction de l’immeuble commence cette année. Certains locaux du bâtiment sont encore occupés par des locataires » peut-on lire dans Der Tagesanzeiger. Espérons que dans ces 10,5 mois qui restent de l’année quelque chose se passe vraiment ! Selon le bureau d’architectes du district, les constructions ne commencent pas avant novembre 2018. Si effectivement des locataires occupent une partie de l’espace de l’immeuble, ils auraient pu se se défendre de concert avec les occupant(e)s : les contrats de bail ont expiré le 31 décembre et le délai de déménagement était le 31 janvier.

6. Mais qu’est-ce qu’est devenue la brochure « Besetzer-Merkblatt » ?

La brochure « Besetzer-Merkblatt » est le résultat des luttes pour les maisons (« Häuserbewegung ») des années 1990. Sous le point 2 on peut lire qu’une évacuation se fait seulement après un délai fixé. Si du coté de la police aucun délai n’est fixé, il ne peut être respecté. Dans les années précédentes, la police et les occupant(e)s se sont tenu à ce point et ont contribué à une « squat-culture » majoritairement non-violente. « La police ne se tient plus à la brochure depuis longtemps » disent les occupant(e)s « Nous n’avons eu ni la possibilité de communiquer avec les propriétaires, ni reçu un délai pour quitter le bâtiment. » Ce point est pourtant explicitement mentionné dans la brochure. Et le bâtiment en face du centre commercial « Letzipark » (d’où le joli nom « Bsetzipark ») n’est pas un cas unique : « Dans les semaines précédentes il y a eu plusieurs cas, où la police a débarqué de manière « rambo » sans se tenir aux points de la brochure ». Durant l’évacuation à Schwammendingen en novembre dernier, à mainte reprises, de l’espace inoccupé a été défendu par de la violence policière. Ces actions empêchent une discussion constructive avec les propriétaires et créent de fortes tensions.

Il y a un changement remarquable à Zurich dans la manière dont les occupations sont traitées. Le procureur général Edwin Lüscher, qui s’est déjà fait un nom en tant que chef du groupe « Krawallgruppe », recommande 100 jours de prison sans sursis pour plusieurs des occupant(e)s. Cette revendication incroyable fait partie de la tendance de marginaliser les personnes qui ne sont pas désirés et de les rendre muets. Ceux-celles qui se trouvent du côté du pouvoir se moquent des conventions qui servent à la désescalade et à un accord commun. Le porte-parole de la police Marco Cortesi a souligné qu’il s’agit en grande partie de jeunes personnes. Cette information montre la volonté du procureur général Lüscher de pousser les jeunes à renoncer le plus vite possible à leurs convictions et de les forcer à abandonner la lutte.

P.-S.

Par Frida Frey, www.ajour-mag.ch
Traduit de l’allemand

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