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Centrale à Gaz Landivisiau (29) : infos, répression, appel à soutien

Ce projet de centrale à cycle combiné gaz (CCCG) à Landivisiau s’inscrit dans le Pacte Electrique Breton qui est sensé assuré la sécurité électrique des habitants et consisterait en une unité de production électrique de 446 MW fonctionnant avec une énergie fossile : le gaz naturel , que la France importe en quasi- totalité. Pour alimenter la centrale en gaz naturel, un nouveau gazoduc sur 20 km environ , relierait le site de Landivisiau à la canalisation existante dans le secteur de la commune de Saint-Urbain.
L’électricité produite par la CCCG serait ensuite transportée vers le poste de raccordement au réseau, situé à La Martyre, grâce à une ligne à très haute tension (THT) de 225 000 volts d’environ 18 km, qui serait enfouie. Afin d’alimenter cette centrale, la construction d’un nouveau gazoduc « Bretagne Sud » de 111 km serait également nécessaire, entre Pleyben dans le Finistère et Plumergat dans le Morbihan.

Les centrales à cycle combiné gaz sont vendues comme des moyens produire de l’énergie renouvelable, vendues comme une solution pour remplacer les centrales nucléaires, génératrices de CO2.
Or, les centrales à gaz sont tout aussi polluantes, et créent des dommages collatéraux énormes (constructions de THT et de gazoducs qui quadrillent le sol européen, et bientôt les mers, détruisant de nombreux sites naturels et provoquant des nuisances désastreuses pour la santé humaine et animale) d’une part car elles sont alimentées en grande partie par du gaz produit dans des centrales à charbons en Allemagne, d’autre part car elles vont de paire avec l’agriculture industrielle et son mode de production massive.
La sécurisation électrique bretonne vendue par l’état est un leurre, le seul but est de continuer à promouvoir une agriculture industrielle de masse déjà bien implantée dans le territoire, de continuer à produire toujours plus d’énergie pour pouvoir mieux la revendre et être ainsi le premier état producteur et revendeur d’énergie dans le marché européen de l’électricité et du gaz ouvert depuis 2007, et ainsi de perpétuer les stratégies capitalistes de nos états.

Et pour quelques barrières à terre

Centrale à Gaz et stratégies de répression dans le Finistère.

Depuis la fin janvier, les travaux de la centrale à cycle combiné gaz de Landivisiau ont débuté. Face à des blocages répétés de l’entreprise de dépollution (phase préparatoire de la construction), le site a été grillagé.
Le 23 février, lors d’une manifestation, une centaine de grilles sont renversées par une partie des mille manifestantes carnavalesques. La manifestation finira par une bousculade avec les gendarmes, sur le champ de foire de Landivisiau, pour s’opposer à l’interpellation d’un camarade, qui au final sera conduit au poste pour un contrôle d’identité. Malgré tout, la plupart des personnes sont plutôt contentes de leur journée. Mais les autorités (plutôt dépassées le jour même), vont, en retour, relancer les tentatives d’intimidation à l’égard des opposant-es.

Ce texte veut résumer les différents moyens employés par la gendarmerie et la justice. L’accumulation de leurs interventions pourrait effrayer, nous démobiliser. Nous passons en effet beaucoup de temps en rassemblements de soutien devant les gendarmeries en ce moment. Pour autant, ils n’arrivent pas à isoler, une forme de solidarité existe entre les opposant-es à la centrale. Les contacts avec une avocate sont très bons. Ça discute beaucoup, de la manière d’aborder ces convocations, et beaucoup font le choix de garder le silence lors des auditions. Ce texte ne doit pas être pris dans un sens accablant. Les blocages réussis du chantier suivant immédiatement une convocation sont de beaux pied-de-nez aux tentatives d’intimidation du moment.

L’avant 23 Février : Obtenir le maximum de renseignements, permettre le travail.
Pour mémoire, le site est gardé par des vigiles jours et nuits, depuis une rave-party qui a eu lieu cette automne. Depuis le premier blocage le 24 janvier, les forces de l’ordre se chargent de faire du renseignement.

Tous les jours, ils tentent de prendre le maximum de noms. Une réquisition du procureur est reconduite tous les jours, qui les autorise à contrôler l’identité des piétons, les passagers des véhicules, ainsi qu’à fouiller ces derniers. Il y a eu des tentatives de refus collectif de contrôle d’identité, mais en isolant les véhicules au moment des départs ou arrivées, les flics arrivent quand même pas mal à leur fins. Ils prennent également beaucoup de photos, notamment lors de blocages.

Les jours suivants la clôture du site, ils ont été pas mal présents (notamment le PSIG de Plourin-les-Morlaix), et collent aux basques des opposant-es lors des déplacements autour du site. Ils sont intervenus à diverses reprises, pour permettre l’entrée ou la sortie des vigiles ou des ouvriers.

Première convoc’ : Et voilà les manifestations illégales et l’entrave au travail.
Le lundi après la manifestation, le président de l’association Force 5 (qui porte les recours en justice contre le projet) est convoqué à la gendarmerie pour entrave à la liberté de travailler et organisation de manifestation illégale. L’entrave à la liberté de travailler concerne le premier jour de blocage des travaux. Quant à la manifestation illégale, il s’agit d’un simple rassemblement à l’occasion de la venue du maire de Grande-Synthe, durant laquelle une cinquantaine d’opposant-es ont accompagné ce dernier, pour prendre une photo devant le site. Il refusera de répondre aux questions, et les gendarmes le reconvoqueront pour le 13 mars. A cette nouvelle audition, accompagné par une avocate, il gardera le silence et sortira assez vite.
Une personne de l’association (membre du conseil collégial de Landivisiau doit dire Non à la Centrale), a été convoquée pour le lundi 18 mars, une nouvelle fois pour organisation de manifestation illégale.

Un huissier est passé une fois pour constater un blocage des grilles par les opposant-es. Nous nous demandions depuis un moment dans quel mesure l’État allait utiliser les mesures d’astreinte pour contrer les blocages de chantier (comme elles furent utilisées lors de la lutte contre la ligne THT Cotentin-Maine). Les blocages pour le moment se passent plutôt à visages découverts, on peut imaginer que dans les temps à venir des personnes soient convoquées pour ce motif. Pas mal de personnes se feront gazer ou matraquer, on a appris plus récemment qu’un copain, projeté par un flic, s’est cassé le bras dans sa chute. Trois jours après la manif, quatre opposants s’assoient sur les grilles tombées à terre, alors que l’entreprise est à l’œuvre pour remonter ces dernières. Quinze gendarmes débarquent, et annoncent qu’elles seront convoquées pour entrave à la liberté de travailler, pas de nouvelles pour le moment...

L’averse  : Garde-à-vue et convocations pour les faits de la manifestation.
Le mercredi 27 février, un copain est ramassé dans sa commune, placé en garde-à-vue pour deux motifs :« dégradations ou tentative de dégradations en réunion », et « violences aggravées entraînant moins de 8 jours d’incapacité totale de travail (ITT) sur agent dépositaire de l’autorité publique ». Vingt-cinq personnes viennent en soutien toute la journée devant la gendarmerie de Plourin-lès-Morlaix en attendant sa sortie. En fin d’après-midi, les gendarmes, Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) en tête, sortiront avec pour prétexte un contrôle d’identité. Ils appréhendent un copain et le conduisent à l’intérieur de la gendarmerie. Les deux copains ressortiront quasi au même moment. Le copain en garde-à-vue a eu à répondre des dégradations sur les barrières lors de la manifestation, et sera confronté avec un gendarme qui l’accuse de l’avoir secoué, d’avoir voulu lui mettre un coup de poing mais de s’être ravisé. On lui a montré beaucoup de photos du début de la manifestation, ainsi que du moment où des barrières sont renversées, et on lui a demandé d’identifier des personnes présentes sur les photos. Le second copain, ressortira avec une convocation pour une audition libre pour le lundi 4 mars, pour y répondre des dégradations.

Le lendemain matin, une douzaine de flics de Plourin-lès-Morlaix débarquent dans une maison des Monts d’Arrée, vers 8h30 du matin, au domicile de la personne convoquée la veille. Ils sont équipés d’une liste de convocations, non nominatives, qu’ils remplissent au fur et à mesure que les habitant-es de la maison se réveillent. Même motif : dégradation en réunion, trois nouvelles convocations. Ils évoquent que la maison est un « bon port de pêche ». Aux demandes de mandat, ils annoncent qu’ils sont en enquête de flagrant délit (ou enquête de flagrance) et qu’ils peuvent donc rentrer à leur guise dans la maison. Ils font un tour de celle-ci pour voir s’il ne reste personne à traîner dans les chambres, mais sans fouille des meubles. Ils conseillent de venir aux auditions libres, pour ne pas qu’ils aient à revenir nous chercher, avec d’autres moyens. Lors de la convocation du lundi 4 mars, beaucoup de photos ont été montrées : du début de la manifestation où ils demandent d’identifier les personnes, mais aussi des barrières, où beaucoup des manifestant-es sont masquées. Ils cherchent à faire des correspondances entre les tenues vestimentaires (personnes démasquées, puis masquées). Ils préviennent dès le début, ils ont l’accord du parquet au cas où viendrait l’idée de quitter l’audition libre (comme le prévoit ce dispositif) pour transformer celle-ci en garde-à-vue. Et si la convocation à l’audition ne portait que le motif de dégradation, les personnes ont également été entendues sur la question des violences.

Les quatre personnes refuseront le fichage ADN, et une le reste de la signalétique.
Au copain qui a fait la garde-à-vue en premier, ils ont dit que les personnes qui les intéressaient le plus, c’était celles qui étaient masquées, organisées. Lors de la deuxième convocation, les gendarmes disent aux personnes interrogées, qu’ils sont certains qu’elles ont participé aux dégradations. Mais, en leur montrant d’autres personnes sur les photos (notamment avec des gilets jaunes), leur disent que ce sont ces gens-là qu’ils voudraient chopper en priorité.

Deux autres convocations suivront, toujours sur le motif des dégradations. Mais les flics ont surtout demandé à ces deux personnes d’identifier des gens.
Cela fait au total, sept personnes convoquées en quinze jours. Les gendarmes préviennent que ce n’est pas fini, ils cherchent encore du monde. Pour les convoqués, pas de nouvelles en attendant de voir si le parquet poursuit.

Non Conclusion
Ce texte ne décrit qu’une situation locale, et mériterait de parler également de la répression que subit en ce moment le mouvement des gilets jaunes (aussi bien sur le plan local que national). On y observe des stratégies similaires (organisation de manifestation illégale...). La description serait à compléter. Ce texte se conclura par une pensée de solidarité avec D., gilet jaune qui a pris dix mois de prison ferme dans un procès à charge.

Ce texte a été distribué lors de la manif du 16 mars à Landivisiau, pour le climat et contre la centrale. Depuis, deux autres convocations ont eu lieu, le 21 mars à Plourin-lès-Morlaix et le 20 mars à Brest pour "détérioration de bien privés", finalement, arrivé à la gendarmerie, les flics disent qu’ils ont convoqué cette personne en tant que témoin.

Chaque jour, une dizaine de personne continue de venir devant le site de la centrale, qui est entièrement grillagé, pour empêcher les ouvriers de dépollution de venir sur le site. Parfois ça marche, parfois ils viennent encore plus tôt accompagnés de gendarmes et rentrent sur le site. Les travaux de dépollution sont bientôt finis, les vrais travaux devraient bientôt commencer. Ça urge, ça pue !

La lutte dure depuis 8 ans mais depuis ce mois de janvier, les travaux de dépollution ont commencés. En février le site a été grillagé et les militant-es - tous les jours sur le site, et à gauche à droite (à peu près localement) pour parler de la situation - commencent à ressentir une petite fatigue.

Il y a besoin de monde pour venir soutenir, bloquer, tous les jours.

Des événements vont être aussi créés prochainement, qui pourront rassembler plus de monde ponctuellement, ce serait donc l’occasion pour des personnes qui viennent de plus loin de venir.

C’est en train de se broder, mais le fait de prévenir des personnes plus éloignées du site a été évoqué en réunion, des solutions seront trouvées pour l’hébergement si besoin. Vous pouvez contacter Camille qui est le lien vers les collectifs en lutte contre la centrale au 07 51 10 19 51.

Ce projet de centrale concerne Landivisiau, toute la bretagne, elle nous concerne toutes et tous, car elle fait parti de la macabre politique industrialo-énergétique française et européenne.

Pour plus d’infos :
Lien vers le collectif non à la centrale : https://www.nonalacentrale-landivisiau.fr/
Explication du projet de la centrale : https://www.zeste.coop/fr/contre-une-centrale-a-gaz-en-bretagne
Article sur les centrales à gaz et la méthanisation :
http://cqfd-journal.org/Methanisation-et-cogeneration-de
http://cqfd-journal.org/Gaz-a-tous-les-etages

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