[Genève] Face à la violence cis-sexiste, RESISTRANS* !

Genève Transphobie

Un texte à propos de quelques événements, ou quelques coïncidences selon des personnes représentant·es d’une communauté que nous n’oserions désormais plus appeler LGBT*, mais simplement gay. Ce texte ne se veut pas diplomatique. Ce texte est issu d’une colère et d’une tristesse légitime, suite aux violences extrêmes que nous avons subies. Ce texte a été écrit collectivement par plusieurs personnes trans* qui ont vécu ces violences.

COÏNCIDENCES
Samedi 1 avril, soirée de la Visibilité Trans* au Palais Mascotte

(TW : violences transphobes)

Nous sommes un groupe de personne trans* militantes en Suisse romande. Le week-end dernier, pour la première fois, nous nous sommes mobilisé·es afin d’organiser une conférence (31.3.2017) et une soirée (1.4.2017) en l’honneur de la journée internationale de Visibilité Trans* (TDoV) à Genève. La soirée du 1er avril a été organisée en collaboration avec une association qui se proclame comme LGBT*. C’était porteur de beaucoup d’espoir pour nous, la visibilité au sein de cette communauté n’étant pas toujours au rendez-vous. Nous y avons donc mis beaucoup de cœur et d’énergie.

L’association LGBT* à l’initiative de la fête n’a rien mis en place pour que les personnes trans*, pourtant censées être à l’honneur ce soir-là, soient dans un espace bienveillant et sécurisant ; malgré nos demandes répétées pour que le personnel de sécurité et les bénévoles associatifs soient sensibilisé.es. En début de soirée, un des artistes a eu droit à des remarques et des railleries lorsqu’il a soulevé que la communauté LGBT ne nous offrait pas beaucoup de visibilité, ce qui n’a que confirmé ses propos. L’association en question a relayé nos artistes trans* au sous-sol de l’établissement avec un son merdique et donc très peu de public, alors qu’en haut, la fête battait son plein. Mais ceci sans nous, comme d’habitude.

Mais ce n’est qu’une coïncidence, rien à voir avec le fait que l’on soit trans*.

La fête s’est déroulée dans un contexte hostile. Plusieurs personnes trans* ont rapportés avoir été la cible à plusieurs reprises de propos et attitudes transphobes. Beaucoup de ces micro-agressions, telles que des remarques blessantes, moqueries, commentaires transphobes ont été perpétués par certain·es bénévoles de l’association et le personnel de sécurité de l’établissement.

Mais ce n’est qu’une coïncidence, rien à voir avec le fait que l’on soit trans*.

Finalement, les sécus nous ont virés de notre propre soirée, alors que nous rangions. Ils ont brutalisé nombre d’entre nous, nous ont copieusement insulté·es et ont proféré des menaces à notre encontre : "je te trouve à l’extérieur je te tue" ou encore "toi je te chope et je t’envoie à l’hôpital". Ils ont fini par nous mettre dehors de notre propre soirée, sans que l’on puisse récupérer notre matériel.

Mais ceci est une pure coïncidence, rien à voir avec le fait qu’on soit trans*.

Iel était inconscientx, les yeux révulsés. Nous avons eu très peur : nous avons cru qu’iel était mortx.

Alors que nous attendions pour récupérer des affaires, un passant s’est énervé, on ne sait ni vraiment comment ni vraiment pourquoi. Il a frappé un.e de nos ami.es au visage, et celleui-ci est tombé en arrière, l’arrière de sa tête heurtant violemment le bitume. Iel était inconscientx, les yeux révulsés. Nous avons eu très peur : nous avons cru qu’iel était mortx. Heureusement, nous avons vite réagi : position latérale de sécurité, appel de l’ambulance. Les flics sont arrivés, ont pris notre témoignage. Finalement notre amix a repris conscience, et l’ambulance l’a emportéx.

Encore une coïncidence, rien à voir avec le fait qu’on soit trans*.

Nous sommes retourné.e.s aux locaux de l’association, en état de choc. Sur le chemin, les insultes des passants. En y arrivant, les railleries, le mégenrage des membres et de leurs ami.e.s. Illes se moquent de nous, illes-même qui s’autoproclament acteurices des questions trans* à Genève. Pour avoir voulu y mettre un terme, l’une d’entre nous finira par recevoir un flot d’insultes, se faisant hurler dessus et traitée de « connasse », « salope », « tu me fais chier » et « va te faire foutre ». C’est inadmissible que nous soyons obligé·es de subir cette invisibilisation, cette silenciation, et une telle minimisation dans un contexte pareil !

Encore une coïncidence, rien à voir avec le fait qu’on soit trans*.

Nous avons quitté les lieux et nous sommes rendu·es à l’hôpital. Nous avons pris soin les un·es des autres. Notre pote a pu rentrer chez lui, salement amochéx. Iel a un traumatisme crânien avec tous les dégâts que ça peut laisser. Et nous toustes sommes gravement choqué·es.

Demain, après-demain, dans le bus, en soirée, à l’école, à l’hosto, des personnes vont encore nous insulter, nous menacer, nous mégenrer, nous frapper.

Mais cette fois on s’en souvient, ce n’est qu’une coïncidence, rien à voir avec le fait que l’on soit trans*.

Nous vous invitons à réfléchir à ces coïncidences. A prendre conscience de ces violences. A dénoncer la transphobie, et à soutenir les personnes trans*. Et nous espérons qu’un jour, nous pourrons parler d’une communauté LGBT*.

NOTRE ACTION POLITIQUE SPONTANÉE
Mardi 4 avril à Unimail

Suite aux multiples et très graves violences qui ont été subies par de nombreuses personnes trans* lors de cette soirée de la Visibilité Trans*, nous avons décidé de faire une action politique spontanée dans le hall d’Unimail durant le festival Genre et Egalité de l’Université de Genève (FUGE), où de nombreuses associations genevoises tenaient des stands, afin de dire crier haut et fort notre tristesse et notre colère.

La transphobie étant présente partout, nous y sommes quotidiennement confrontées. Et ce même dans des cadres LGBT censés porter nos combats. La fatigue est grande. En l’occurrence, l’association « LGBT », organisatrice de l’événement, s’est appropriée l’occasion du TDoV pour faire une fête, qui comme d’habitude n’avait pas été conçue pour inclure les personnes trans*, ni assurer leur sécurité. Face à l’hypocrisie et l’attitude négligente qui a favorisé le climat de violences graves qui, de plus, ont été minimisées, voire moquées par les personnes censées nous soutenir, il était d’autant plus important de nous faire entendre, en ce jour, par les milieux concernés.

Cette transphobie à l’intérieur de nos communautés est invisibilisée, voire perpétrée, par nos associations. Il y a un manque flagrant de soutien du tissu associatif genevois par rapport aux besoins, au respect, à l’inclusion et au soutien des personnes trans*. À l’heure actuelle aucun service n’est adapté pour pouvoir nous accueillir correctement et prendre en considération nos difficultés. Il est temps que les associations commencent à nous écouter et nous soutenir réellement.

Nous sommes en colère, et surtout très amèr·e·x·s !

P.-S.

Si vous voulez contacter le groupe Trans*Action, écrivez nous à groupe.trans.activiste@gmail.com


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