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Genève en grève climatique pour un futur radieux

Rendez-vous était donné à 14h, ce vendredi 15 mars, pour une deuxième journée de grève du climat à Genève. Cette manifestation faisait écho à un appel global à la « Grève climatique pour le futur » et faisait suite à une première journée de grève très suivie, le 18 janvier, et à la Marche pour le climat du 2 février. À nouveau, la mobilisation était massive. Et pour la premières fois, des tentatives de pousser un peu plus loin les choses se sont ébauchées – au prix de quelques contrôles policiers.

À deux pas de la gare, la foule était au rendez-vous – venue des cycles, des collèges, et autres écoles du coin. Ça mobilise très large. Assises sur un parapet, un groupe d’ados s’est pointé 40 minutes en avance. Un policier vient y saluer sa fille en lui disant : « À toute à l’heure, j’espère ». Les sympathisant.e.s plus âgé.e.s sont aussi venus nombreux. Le ratio cheveux bleus / cheveux blancs est à peu près équilibré. Le rassemblement sur la Place des 22-Cantons déborde vite de tous les côtés et un cortège massif et hétéroclite se forme, pour se lancer dans la descente qui mène au Pont du Mont-Blanc. Pleines d’humour, les pancartes improvisées sur cartons Whiskas ou Zalando fleurissent de toutes leurs couleurs sous un soleil étonnamment de saison.

Le parcours prévu est calqué sur celui du 1er mai : 22-Cantons - Mont-Blanc - Rue du Rhône - Rues Basses - Rue de la Corraterie... le cœur de la bête. Rythmé comme une track de trap, le cortège s’élance rapidement, puis freine, s’arrête pour un sit-in flou sur le pont du Mont-Blanc, zigue et zague pour se muer en escargot - il ne manque que les roulements de charleston. Les gens qui tiennent la banderole de tête sont un reflet - conscient et mis en scène - d’une composition très variée (et très stylée) de la force en présence. La BRIC - police politique locale - rode en marge du cortège, avec son physionomiste en embuscade. Deux agents en civil tournent sur des scooters de beaufs. Ils contrôlent quelqu’un à l’entrée du Jardin Anglais, derrière un bosquet. Il ne faudrait pas que ça déraille.

Car, derrière une unité des manifestant.e.s face à l’effondrement, il n’y a pas de consensus sur les moyens. Faut-il pendre les banquiers privés qui nous regardent depuis leur bureau ou faut-il les inciter à investir dans le photovoltaïque ; les opinions divergents comme le révèlent le mélange de doigts d’honneur et de saluts qui sont adressés aux clowns en costard.

Après un passage devant le Crédit Suisse qui masque sa mauvaise conscience derrière une haie de robocops, la manifestation arrive à la Place Neuve et se disperse un peu mollement. Mais une rumeur se propage : « On monte à la rue de l’Hôtel de Ville ! » ; la manifestation va partir en sauvage. Quelques personnes commencent à se diriger vers la montée de la Treille, une centaine de participant.e.s déterminé.e.s se détache rapidement. Quelqu’un crie dans un mégaphone : « Tous au Grand Conseil [le parlement cantonal] ! » C’est parti. Ça court dans la montée. Un cordon de flics s’écarte (trop) rapidement et vient bloquer l’ascension. Ça fricote sur la ligne, ça s’échauffe un peu. Et la tension entre les « pacifistes » et les « énervés » n’amène pas beaucoup de cohérence au niveau de l’action.

Alors ça stagne. Après le slogan « La police, avec nous », quelques collégien.ne.s entament le classique : « Tout le monde déteste la police ». S’en suivent des remarques telles que « Ce policier ça pourrait être ton frère ! » ou encore « Nous, on ne veut pas s’attaquer à la police, on est pacifistes, là ça va les énerver ! » (alors que tout le monde est pris dans une action "illégale"). Car malheureusement, il est aujourd’hui plus facile d’imaginer la fin du monde que de questionner l’autorité de la police. Dans le cadre d’abus systématiques de la part des corps de police - à Genève comme ailleurs (violence, abus d’autorité, racisme, sexisme, etc), il ne faut pas laisser la catastrophe nous distraire et nous faire oublier que la police – comme groupe social – est oppressive, violente, et qu’elle protège le Capital au quotidien.

Soudain, la blague « Pourquoi les policiers n’aiment pas les sandwiches au caca ? [1] » fuse. Les flics rigolent. Puis ils font la démonstration de sa pertinence en refusant le pain de récup’ qu’on leur propose. Les flics veulent faire peur en contrôlant arbitrairement des gens les uns après les autres. Ils les menacent d’amendes « pouvant être salées ». Le chef de la police dit aux jeunes d’aller ramasser les déchets dans le Parc des Bastions. Huées. Des gens rétorquent que « les déchets, c’est la police » – des détritus qui font usage de leur force et de leur autorité pour dégager les manifestant.e.s serré.e.s à terre au bas de la Treille. D’ailleurs, c’est la première fois que Mauro Poggia fait face à une grosse manifestation depuis qu’il est à la tête de la police. Bilan : Une quinzaine de contrôles d’identité, hués par une foule solidaire. Et la journée se clôture sur une tentative de porter un peu plus loin et plus concrètement la voix de la rue.

Car derrière cette mobilisation globale, en sous-main de beaucoup des pancartes brandies par les manifestant.e.s, il y a un potentiel : l’hypothèse répétée d’un changement de système. Et cette hypothèse portée par la masse, après des années de règne de la maxime « There is no alternative » a de quoi donner chaud au cœur. Cet élan mobilisateur qui veut renverser les hypocrites doit donc être soutenu de toutes nos forces - car en face, on dégaine la réaction sur deux fronts : les chants de sirènes d’un « capitalisme » maquillé de vert mais inchangé, qui fait porter tout le poids du monde sur des micro-choix individuels, ou les appels au repli haineux d’un survivalisme nostalgique.

Notes

[1Parce qu’ils n’aiment pas le pain.

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