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Justice et solidarité pour Wissam El-Yamni

Le 1er janvier 2012, a 3h30 du matin, Wissam El Yamni fête le Nouvel An avec des amis sur un parking. La police intervient - elle affirmera plus tard avoir été la cible de projectile - un important dispositif policier est déployé : dix voitures de police, au moins 25 policiers ainsi que la brigade cynophile. Plusieurs témoignages décrivent une arrestation musclée. Wissam aurait été plaqué au sol, puis roué de coups avant d’être conduit au commissariat, apparemment inconscient.

La suite des événements reste encore à ce jour floue. Les différentes versions policières se contredisent jusqu’au moment où Wissam El-Yami se retrouve allongé à plat ventre sur le sol d’un couloir du commissariat, le pantalon sur les chevilles, sans ceinture, menotté et inanimé. Seize heures plus tard, il est admis au soin intensif et placé en coma artificiel.

reproduction de l'arrestation le 1 janvier 2012 reproduction de l’arrestation le 1 janvier 2012

Suite au passage à tabac de Wissam, plusieurs jours de révolte éclatent, violemment réprimés par plus de 400 policiers et gendarmes. Mais la population en colère ne démord pas ce qui pousse, le 6 janvier 2012, le procureur de la République à ouvrir une information judiciaire pour « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique » à l’encontre des deux agents qui ont transporté Wissam jusqu’au commissariat.

Le 9 janvier 2012, Wissam El-Yami décède sans être sorti du coma.
Le juge d’instruction requalifie alors les motifs de poursuites en « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».

S’en suit un imbroglio judiciaire qui sept ans plus tard n’a toujours pas été démêlé. Comme dans toutes les affaires de ce genre (Adama Traoré assassiné en 2016 à Beaumont-sur-Oise ou Mike assassiné en 2018 à Lausanne - pour ne citer qu’eux) la justice épaule la police et tente, en accumulant incohérences et malhonnêteté, de discréditer la victime plutôt que de faire la lumière sur les faits.

Le premier rapport de l’IGPN qui conclut à une mort par « pliage » - une technique qui n’est plus enseignée dans les écoles de police car elle comporte de nombreux risques - sera rapidement reconsidéré, car une soi-disant malformation osseuse aurait provoqué l’arrêt cardiaque. À aucun moment d’ailleurs, la mort par strangulation (des ecchymoses sont visibles sur des photos prises par la famille à l’hôpital) ou par les nombreux coups assénés à Wissam lors de son arrestation de sont pris en compte.

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La technique dite du "pliage"

Le rapport d’autopsie qui confirme la mort par « pliage » est finalement remis en cause par la contre-expertise du médecin légiste qui l’a effectué. Ce dernier affirme désormais que Wissam serait responsable de sa propre mort et qu’une intoxication cardiaque provoquée par la consommation de drogues l’aurait provoquée. « Le décès s’explique sans intervention d’un tiers. L’interpellation a toutefois pu favoriser ou précipiter la survenue du trouble cardiaque en tant que facteur de stress physiologique ».

C’est cet argument malhonnête que la famille et le comité de justice pour Wissam a réussi à démonter en faisant appel à des expertises indépendantes. Nous reproduisons ici leur communiqué de presse.

Comminiqué de presse du 4 fevrier 2019, locaux de la Ligue des Droits de l’Homme, 63

Cette conférence intervient deux jours après la remise à la famille des conclusions d’un rapport d’un collège d’experts médicaux mandatés par la Cour d’Appel de Riom (63) pour faire la lumière sur les causes du décès de Wissam le 9 janvier 2012 suite à une arrestation policière le 1er janvier 2012.

Le rapport rédigé le 9 janvier 2019 vient balayer les précédentes thèses affirmant que la mort de Wissam résultait de la consommation d’un mélange de drogue et d’alcool. Ce nouveau rapport démontre scientifiquement que l’influence de la cocaïne était nulle, inexistante. Pour la famille et notamment la mère, que la justice reconnaisse enfin ses erreurs déshonorants ainsi que l’évidence que l’intervention d’un tiers peut être retenue comme élément déclenchant le coma puis le décès de Wissam est un énorme soulagement.

Ce rapport rigoureux et sérieux représente une avancée vers la Vérité et la Justice et nous confirme qu’il existe des experts judiciaires honnêtes. Cependant, il n’en demeure pas moins qu’il n’est qu’un pas complet en raison de l’absence de tout un épisode (ce qu’il s’est passé dans le couloir du commissariat) que les experts à la différence des autorités ne pouvaient qu’ignorer de par les éléments qu’on leur a donné.

La famille EL YAMNI attend que la juge d’instruction mette en examen le policier qui aurait sa part de responsabilité selon les experts médicaux dans la mort de Wissam et qu’elle fasse elle aussi preuve de responsabilité et de proactivité en acceptant nos demandes d’audition par elle-même des témoins du couloir du commissariat, de préférence en compagnie des avocats.

Justice et Vérité pour Wissam

P.-S.

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