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Lettre ouverte de Prenons la ville en soutien à l’association La Navette

Madame la conseillère administrative Sandrine Salerno,

Par la présente, nous dénonçons la procédure d’expulsion en cours et la plainte pour violation de domicile visant les habitant.e.s de trois appartements au 38 rue de la Navigation, dont la Gérance Immobilière de la Ville de Genève (GIM) est propriétaire. Avant d’être occupés, ces trois appartements ont été laissés vides et à l’abandon pendant plusieurs années par la GIM. La situation du 38 Navigation démontre une fois de plus la brutalité des pratiques de la GIM, déjà pointée du doigt à de nombreuses reprises par les locataires (constitution de L’Association de locataires de la Gérance immobilière municipale (ALGIM) l’année dernière) et par les élu.e.s du Conseil Municipal en février de cette année. Nous saisissons donc cette occasion pour dénoncer plus largement la politique menée par la Ville de Genève sur la question du logement à travers sa gérance.

La crise du logement est une thématique centrale de la politique de la Ville de Genève. Le phénomène de gentrification y participe en grande partie à travers la "revalorisation" des quartiers populaires. Le quartier des Pâquis n’est pas en reste, avec, selon l’Office Cantonal de la Statistique, une augmentation du loyer libre mensuel moyen 29% en 8 ans (2006-2014, soit davantage encore que dans d’autres quartiers populaires qui subissent eux aussi les conséquences de cette "revalorisation" / de la gentrification (Plainpalais, Jonction, Grottes, Eaux-Vives…). Le visage du quartier change et sa population aussi. Les cafés branchés succèdent aux bistrots populaires, visant des populations toujours plus aisées. Les surélévations y sont pratiques courantes et inquiètent l’association des habitant.e.s du quartier car elles participent à une gentrification par le haut, avec la construction d’appartements haut-standing.

L’exemple de l’immeuble du 38 Navigation, un bâtiment vétuste appartenant à la GIM sur lequel un projet de rénovation est en attente depuis 10 ans, s’inscrit dans ces logiques. Dans cet immeuble, trois appartements ont été laissés à l’abandon durant plusieurs années (3-5 ans) après avoir subi une dégradation volontaire des sanitaires (démontage des WC et chauffe-eau). Déclarés insalubres et inhabitables ils ont ainsi été retirés du parc immobilier des logements sociaux de la Ville de Genève.

Ces pratiques sont usées de longues dates par les régies privées pour éviter les installations impromptues qui nuiraient à leur objectif de spéculation. Si l’on peut épargner le reproche de la spéculation à La GIM, il n’en reste pas moins que sa politique s’oriente de plus en plus vers des recherches de profit, au détriment des locataires de son parc, et d’une part de la population de cette ville qui grossit chaque jour sa liste d’attente.

Si des rénovations sont effectivement nécessaires pour le maintien d’un bâtiment, elles ne devraient pas engendrer le non-relogement des locataires d’origine et/ou la hausse des loyers. Des pratiques communes de la Gérance, qui par cela participe aux processus d’embourgeoisement et s’aligne aux nouveaux standings du quartier. D’autres pratiques de la GIM participent de ce processus de gentrification :

- l’augmentation de la proportion de logements à loyer libre (aujourd’hui de 10% [1]), et de fait la diminution des logements sociaux du parc immobilier ;
- le nouveau ’Règlement 2009’, dont l’application brutale est dénoncée de toute part
- les rendements abusifs que la Ville de Genève se permet d’obtenir sur son parc de logement dit "social" pourtant interdits par le code des obligations ;
- l’expulsion et/ou le non-relogement de personnes âgées.

La GIM tend à favoriser les personnes avec les meilleurs revenus afin d’assurer la rentabilité de son parc immobilier.

Dans son discours, la GIM se cache derrière une façade sociale et charitable, en prétendant être « la collectivité publique communale faisant l’effort le plus important en terme de logement social »[2]. Cette position, certes louable, ne devrait pourtant pas servir à justifier des pratiques abusives, qui ressemble de plus en plus à celles des régies privées. En effet, la GIM, de par son fonctionnement spécifique qui consiste à calculer le loyer en fonction du revenu des locataires, tend à favoriser les personnes avec les meilleurs revenus et de fait pouvant assumer les loyers les plus élevés, afin d’assurer la rentabilité de son parc immobilier. La proportion d’appartements pour les locataires à haut-revenus est grandissante, au détriment des appartements pour les personnes à bas et très bas revenus.

Les locataires de la GIM ne sont pas une catégorie homogène, et le fait de favoriser les haut-revenus pour augmenter la masse locative de la Gérance pose problème. Or la GIM tient un double discours, car quand elle expulse des personnes âgées, elle justifie ses actions par l’« égalité de traitement », et précarise des populations qui sont peut-être hors-barème, mais dont la situation de vie doit impérativement être prise en compte.

Pour conclure, nous dénonçons à travers cette lettre :

- La « politique du vide » menée par la GIM ;
- Les pratiques de dégradation volontaire d’appartements afin de pouvoir prétendre que ceux-ci sont insalubres et les laisser vides en attendant rénovation ;
- La réticence à pérenniser la situation des habitant.e.s du 38 rue de la Navigation et leur mise en concurrence avec des personnes en attente de logement ;

Nous exigeons qu’un contrat soit conclu avec les habitant.e.s menacé.e.s d’expulsion au 38 rue de la Navigation, et ce jusqu’aux rénovations prévues.
Nous exigeons que la plainte pour violation de domicile adressée aux habitant.e.s du 38 rue de la Navigation soit retirée immédiatement.

Nous n’hésiterons pas à reprendre la rue pour signifier notre colère !
Nous soutenons toute tentative d’occupation d’appartements vides comme solution à la crise du logement dans notre ville !

Salutations militantes,

Prenons la ville

P.-S.

[1] cf. Article de la TDG du 9 avril 2018 https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Fronde-contre-la-GIM-Sandrine-Salerno-replique/story/16442950
[2] cf. Lettre de la GIM adressée à Prenons la ville datant du 3 avril 2019.

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