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Pollution économique : contamination en profondeur des sols et des esprits

Sous le soleil de cet après-midi du mercredi 11 mars aux températures luxuriantes, la BAZ occupée a reçu une visite de courtoisie d’une demi-douzaine de gendarmes, venus “protéger” deux artisans engagé pour mesurer toutes les fenêtres et portes de notre vielle baraque en bois. L’adversaire prépare une contre-offensive d’une efficacité proportionnelle aux dommages provoqués par notre “violation de domicile” : nulle.

Bien plus que le refus d’obtempérer aveuglément des occupant.e.s de la BAZ, ce sont les préjugés du propriétaire qui forcent l’autorité à user de la force (pourquoi porter plainte sans même tenter un dialogue ?). Les fonctionnaires, la plupart cautionnant tacitement nos critiques envers les abus de pouvoir du néo-liberalisme, obéissent sans conviction à une justice éculée et impuissante.

Nous allons donc être expulsé.e.s et enfermé.e.s dehors (puis peut-être dedans, si on ne paye pas nos amendes) , car “on a toujours fait comme ça” depuis l’origine du concept abusif de propriété privée et – parole de flic entendue aujourd’hui dans nos échanges – “de toute façon, tout va se casser la gueule, ça sert à rien ce que vous faites”. On a plus qu’à attendre en bouffant des chips qu’ils s’étouffent avec leur fric, que tout le monde finissent dans la méditerranée ou que la nature nous éjecte de son évolution ?

Je rêve.

Le problème, en résumé (et un peu caricaturé) : notre riche et douteux (pléonasme ?) investisseur hérite – grâce à une faillite – d’un bâtiment pollué. Il veut raser, construire et revendre des cages à pigeons de classe moyenne, pour faire du fric, parce que c’est ce qu’il sait faire. Il se démerde évidemment pour faire payer la dépollution à l’ancien propriétaire (Reuge SA), qui n’a pas été assez malin pour préciser dans l’acte de vente de 2011 qu’elle était déjà déduite du prix. Le tribunal traîne depuis des années pour départager, d’autant plus que Reuge s’acharne au fédéral, n’ayant probablement pas les moyens de perdre. Car ça risque de coûter des centaines de milliers de francs et à première vue, c’est à plus de 80% pour sa pomme. Comme l’entreprise (en difficulté) ne pourra pas payer, ça retombera à charge du contribuable. Notre cher spéculateur philantrope s’en frotte les mains : ça peut prendre des années, mais ça reste un placement sûr et juteux. C’est rare à notre époque. Vous avez envie d’enrichir un multi-millionaire avec vos impôts, vous ?

“Les investigations ont montré une contamination du pré au sud de l’usine, et de gros dommages sur le réseau de canalisations.” dit le cadastre des sites pollués. ça veut dire qu’il y a des solvants qui se sont infiltrés en profondeur dans les sous-sols et que c’est pas en excavant 50 cm de terre en surface que ça va changer quelque chose : La dépollution de ce genre de site est impossible par les moyens connus.

Notre solution : Une Zone A Bâtir autogérée. On réaffecte l’usine et le terrain en projet énergétique low-tech, espace de création libre, habitat expérimental. La collectivité, au lieu de se faire arnaquer par petite poussière, se démerde pour mettre le site à dispositions de la population. On dépollue avec l’expertise de spécialistes des sols qui voudront bien travailler avec nous à l’ensemencement, la récolte et l’élimination d’espèces végétales capables d’extraire la pollution là où c’est possible.

L’état du monde nous impose ce choix : L’utopie ou la mort.

On pourrait s’y mettre si on passait pas notre temps à essayer d’expliquer à des type en robe, cravate ou uniforme qu’il y a vraiment une couille dans le pâté public et qu’il vaudrait mieux lâcher les ovaires de ceulles qui tentent d’agir là où iels peuvent.

Mais ça c’est peut-être pour après-demain.

Demain, c’est expulsion à 6h du mat ou si la grippe systémique en décide ainsi, quarantaine pour tout le monde.

On a pas fini d’avoir tout vu.

Aux anonymes de la BAZ qui nous ont rejoint et qui, s’ils se font choper, risquent également d’avoir à payer 1’000 balles chaque jour de désobéissance supplémentaire comme exigé par les avocats ; et à vous qui êtes arrivé jusqu’au bout de ce texte, merci.

Et courage.

Pilou

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