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Projet Open à Saint Genis-Pouilly : pourquoi lutter ?

Lorsque les colons Européens arrivèrent sur le continent Nord-Américain à la fin du quinzième siècle, ils firent la rencontre de diverses cultures natives : 900,000 habitants et plus de 300 langues différentes. Ces peuples, dont les ancêtres traversèrent depuis l’Asie dans une première immigration jusqu’au Nord de l’Amérique, furent complètement anéantis par une plus récente vague d’immigration : celle qui créa les Etats-Unis. Cette tragédie fût le résultat direct de traités, écrits puis brisés par les gouvernements étrangers, de guerres, et d’assimilations culturelles forcées.

Plus récemment, beaucoup ont entendu parler du #NoDAPL une campagne en ligne de soutien à la lutte contre un pipeline proposé et partiellement construit dans le Dakota. Nombres d’Américains natifs dans l’Iowa et les Etats du Dakota ont uni leurs forces pour s’opposer à ce projet. Lakotas, Meskwaki et autres tribus se sont unies pour défendre des lieux de sépulture sacrés ainsi qu’une qualité d’eau menacée par le pipeline. Plus que cela, les enjeux du NoDAPL s’étendent à la défense des droits des peuples Américains natifs ; le droit d’entretenir avec la Terre une relation sacrée. Le droit aux traditions ancestrales, bafouées depuis des siècles par le conquérant Européen. Des traditions qui de générations en générations avaient permis de faire perdurer les histoires et contes au sein des tribus. Traitant d’animaux, de paysages ou de phénomènes naturels, ces histoires aux formes diverses partagent toutes un fond commun : le destin du people Amérindien est indissociable de celui de leur Terre.

Crédulité pour certains, réalité pour nombres de chercheurs qui se penchent de plus en plus sur la relation de l’individu à son environnement. Environnement physique ou social, la psyché humaine est intimement liée au contexte dans lequel elle se trouve. Il suffit de considérer un instant les lieux comme des personnes. Nous rencontrons parfois des gens sympathiques, d’autres moins. Cela nous affecte profondément. Notre humeur, notre sentiment de bien-être, notre sens d’identité même peuvent être affectés à plus ou moins long-terme par des rencontres tout au long de notre vie. Et cette relation à l’autre se co-construit. Accords tacites, confrontation d’opinions, partage de sentiments et de valeurs, il n’y a rien de passif dans une relation. Chaque relation que nous entretenons raconte une histoire sur notre personnalité. En retour, toutes ces rencontres modifient un peu notre propre histoire de vie à chaque fois. Pour chaque relation, un espace mental qui lui est propre. Apprécier une relation, c’est être confortable avec l’espace mentale dans lequel celle-ci nous transporte.

Il est de même pour les lieux. Pénétrer un lieu, un espace physique, c’est pénétrer un espace mental. De par la disposition des choses, l’intention émise dans l’agencement du lieu, l’espace qui nous entoure éveille des sentiments. Sentiment de grandeur ou d’intimité, lieu de partage ou d’introspection, de divertissement ou d’étude : un lieu évoque des émotions et nous permet de canaliser un espace mental. L’on dit souvent que les pièces d’une maison reflètent la personnalité de ceux qui les habitent. A l’échelle d’un collectif, c’est l’espace public et l’aménagement urbain qui reflète l’air du temps, la personnalité d’une société. Tandis que les relations se construisent individuellement, ces espaces publics se façonnent collectivement car agencer l’espace, c’est raconter une histoire. Tout comme agencer notre salon raconte une histoire sur nous-même, aménager un espace public, c’est raconter une histoire sur notre société.

Quelle histoire donc, pour le projet OPEN ? Que peut-on dire d’un lieu qui n’a pour unique but que de permettre à l’individu de se garer, consommer, repartir. Un centre commercial, projet inutile en sons sens le plus profond. Un lieu vide de sens pour l’individu et la collectivité puisqu’il n’apporte pour l’un comme pour l’autre aucune valeur réelle. Si les espaces publics véhiculent les valeurs d’une société, que dire d’espaces qui nourrissent la culture consumériste du luxe et de l’éphémère ? Que dire d’espaces qui privilégient l’échange financier au-delà de l’échange humain ? Qui tuent le commerce de proximité ? Qui aggravent le trafic routier alentour et qui contribuent à l’étalement urbain ? Quelle histoire raconte un gouvernement local qui ne fait aucun effort pour réhabiliter les réseaux locaux de commerce et de loisirs ? Aucun effort pour aménager un centre-ville, une zone piétonne donnant accès aux petits commerces de la ville, au marché. Quelle histoire raconte un gouvernement national qui décide à l’encontre de la volonté de la majorité des élus locaux ? Car c’est bel et bien à l’encontre des décisions prises à l’échelle départementale (ici-même en France voisine) que la Commission nationale d’aménagement commercial (à Paris) à donner son aval au projet. A cela s’ajoute le flou des liens entre la maire de Saint-Genis Pouilly Hubert Bertrand et la société Frey, opérateur immobilier responsable du projet.

La lutte contre le DAPL aux États-Unis, c’est la lutte d’un peuple natif qui se souvient du crucifix et du mousquet. C’est la lutte d’un peuple qui nous montre que même si l’envahisseur porte désormais un attaché-case et un costume ajusté, la cause est la même. Lutter contre le projet Open, c’est écouter la mémoire de ceux qui nous montrent que l’envahisseur n’utilise plus les armes mais le divertissement et l’argent pour entendre répondre au besoin inhérent qu’a l’humain de vouloir être heureux. Envahisseur qui sans cesse aménage l’espace de façon à nourrir et divertir sans se soucier d’enjeux plus exigeants ou à plus long terme. Lutter contre l’Open, c’est lutter contre les déserts socio-culturels, zones ou le contact humain est toujours plus aride de par la promotion immobilière et commerciale. Résister à l’Open c’est dire non à l’occupation de l’espace public à des fins lucratives qui n’a derrière aucune intention de souder le collectif humain. S’opposer à l’Open, c’est prendre en main l’histoire que racontent les aménagements publics sur nos valeurs en tant que société. Occupons cet espace, investissons le pour partager un moment convivial, un moment d’échange. Avant que cet espace ne devienne un chapitre de plus à l’histoire qui se raconte jour après jour à notre insu.

Rendez-vous sur le parking du Botanic (zone de l’Allondon, Rue de la Faucille à Saint-Genis) dès 15h le dimanche 15 avril pour visiter la zone, la comprendre et casser la croûte ensemble !

P.-S.

Rappelons l’existence d’un article détaillé sur la situation du projet Open (giga centre commercial) à Saint-Genis-Pouilly dans le Pays de Gex : renverse.co/Saint-Genis-Pouilly-centre-commercial-vs-zone-humide-1353

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