Analyses Pensées politiques

Vers un monde moins défoncé. (Towards a less fucked up world.) Part.1

Ce texte est une traduction réalisée par le collectif Red Edge de la première partie de “Towards a less fucked up world : Sobriety and anachist struggle” (Vers un monde moins défoncé : sobriété et lutte anarchiste).

Ecrit et publié en 2003 aux USA par Nick Riotfag, militant anarchiste, queer et straight edge. Par la suite une réédition a été publiée dans le livre “Sober living for the revolution. Hardcore punk, straight edge and radical politics” (Vivre sobre pour la révolution. Hardcore punk, straight edge et politiques radicales.) de Gabriel Kuhn.

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Masculinité, culture du viol et intoxication*.

CherEs lectrices et lecteurs : sachez que cette section inclut des discussions sur les violences sexuelles ou d’autres sujets qui pourraient être difficiles à lire pour certaines personnes.

Un jour que je me dirigeais en direction du centre-ville de la Nouvelle Orléans, je suis tombé sur un panneau publicitaire pour une marque de whisky. Le slogan sur le panneau disait : « That’s what men do » (C’est ce que font les hommes). Cela me rassura presque car la seule conclusion que je pouvais en tirer est que je ne devais pas être un homme. Les médias de masses encouragent les personnes qui s’identifient comme des hommes à affirmer notre masculinité à travers l’intoxication, et de manière plus spécifique à travers la consommation d’alcool issu du capitalisme. Le panneau pour le whisky que j’ai vu, ainsi que les publicités pour Budweiser (marque de bière), les différentes marques de bières dont les publicités montrent des hommes objectifiant les femmes et un nombre incalculable d’autres publicités présentent l’alcool comme le fil conducteur qui lie les hommes entre eux durant leurs activités. En quoi est-ce alors surprenant si l’alcool est presque toujours impliqué dans ce qu’il y a de plus masculin – la violence des hommes sur les femmes, dont la violence conjugale, les agressions sexuelles et le viol ?

La relation entre l’intoxication, le genre et la violence est complexe. Une part significative de la violence genrée - tout particulièrement sexuelle à l’intérieur des relations et contre les femmes - est commise par des hommes intoxiqués. Cela ne veut bien entendu pas dire que l’intoxication cause la violence, mais il serait tout aussi erroné de ne pas prendre en compte la corrélation. Dans les interactions hétérosexuelles, les hommes qui ont appris des médias et de la pop culture à se comporter comme les initiateurs et les séducteurs, se servent de l’alcool comme un outil afin de vaincre les résistances tant du sujet de leur désir sexuel que de leur propre conscience. Dans le même temps, dans notre très puritaine société ou le sexe est tabou, beaucoup comptent sur l’alcool comme leur seul moyen de satisfaire la honte qu’ils éprouvent pour leurs désirs sexuels. De manière générale, je pense que la large dépendance à l’alcool de notre société dans le processus pour trouver des partenaires sexuels impacte négativement notre communication, réduit notre capacité à donner et recevoir des consentements éclairés, diminue la probabilité d’avoir des pratiques sexuelles « safe » et soutien la culture du viol. Si cette dépendance et tous les dangers qui y sont liés, rejoignent les notions patriarcales de la sexualité, le sens du « droit » pour les hommes, les dynamiques de chasseur/chassé et le mythe du « non veut dire oui », le résultat est alors catastrophique.

En tant qu’homme, une part de ma décision de vivre sobre ou straight edge vient du fait que je reconnais que le patriarcat et la culture de l’intoxication vont de pair. L’intoxication est utilisée comme une excuse pour justifier (et légalement pour trouver des circonstances atténuantes dans un procès) une grande part des comportements inacceptables en société y compris le harcèlement sexuel et le viol. Mon expérience personnelle le prouve, un nombre considérable de personne que je connais, principalement des hommes, s’intoxiquent d’une manière qui renforce directement les oppressions (par exemple en devenant homophobe, misogyne de manière totalement ouverte ou plus agressif sexuellement). Ces personnes s’attendent à ce que d’une manière ou d’une autre le fait qu’ils soient intoxiqués les rendent moins responsables de leurs actes. Le fait que l’on soit incapable de prendre des décisions rationnelles ou dotées de compassion devrait être une raison de s’abstenir de consommer des drogues ou de l’alcool.

Tout en disant cela, je veux mettre au clair le fait que je n’ai pas du tout l’intention de blâmer les victimes ; il n’y a absolument aucune excuse pour les violences sexuelles et/ou à l’intérieur d’une relation, quel que soit le degré d’intoxication de l’agresseur ou de la victime. Je refuse d’autoriser qu’une intoxication réduise la culpabilité d’un comportement d’une personne défoncée. S’il y a le moindre risque que boire ou prendre de la drogue augmente, ne serait ce que un tout petit peu, la capacité de quelqu’un à être violent ou abusif, alors je considère que c’est bien plus que raisonnable de vivre sans substance. Si vous prenez la décision de vous intoxiquer ou de vous défoncer, et que vous vous préoccupez de vivre selon vos idéaux, il vous faut prévoir de quelle manière vous pouvez être tenus responsable, envers vous et envers les autres, pour la manière dont vous vous comportez quand vous êtes dans cet état.

Je tiens à préciser que ces phénomènes ne sont pas uniquement l’apanage des milieux dit « mainstreams », comme si les milieux anarchistes ou « radicaux » étaient immunisés de ces effets. Les femmes dans nos milieux parlent de cas de harcèlement sexuel ou de viols. Dans la plupart de ceux dont je suis au courant, l’alcool a joué un rôle important dans ces incidents. L’une de mes plus proches amies a été agressée sexuellement et agressée à de nombreuses reprises par des anarchistes intoxiqués, qui lorsqu’ils sont sobres, exprimaient des solides convictions anti patriarcales. Cela veut dire que si nous les mecs cis anarchistes (communistes aussi ndt), les mecs cis pro-féministes, les mecs cis qui disent combattre le sexisme avec toute leur force, prenons sérieusement en compte notre part de responsabilité, alors je suis fermement convaincu que nous devons être très critique sur la manière dont nous nous intoxiquons.

*“Intoxication” en anglais dans le texte. Nous entendons par s’intoxiquer le fait de consommer une drogue (alcool compris), produit qui modifie l’état psychique de la personne qui la consomme et peut provoquer une dépendance.

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