Depuis ses débuts, la police a pour fonction centrale de maintenir l’ordre capitaliste qui repose sur la propriété privée, l’exploitation et diverses formes d’oppression. Le racisme est l’un des nombreux mécanismes par lesquels le capitalisme produit les inégalités dont les détenteurs de capitaux ont besoin pour accaparer les richesses. Il convient donc d’utiliser le terme « capitalisme racial » pour comprendre comment l’État s’assure qu’une grande partie de la population mondiale soit racialisée selon des critères présentés comme objectifs pour mieux les exploiter ou les maintenir dans une situation d’extrême précarité.
Dans ce système la chaîne pénale (la police, le Ministère Public, le système carcéral) ne se contente pas d’appliquer la loi mais a ses propres fonctions extrapénologiques comme la disciplinarisation des corps, le contrôle de groupes dépossédés ou encore la reproduction d’un ordre racial du monde. La police et les politiques qui la régit créent des divisions et des réalités sociales via une criminalisation délibérée de groupes de personnes minorisées comme le montre l’instrumentalisation de la lutte contre le deal. Cette dernière est ensuite invoquée comme une réponse à un soit-disant sentiment d’insécurité pour légitimer une intensification de la violence étatique.
Aujourd’hui encore, la violence policière touche particulièrement les personnes précarisées, migrantes et racialisées. D’autres groupes de personnes, en revanche, ne subissent guère directement les aspects les plus répressifs de la police.
[...]Cela tient principalement aux positions structurelles des groupes marginalisés dans une société capitaliste. Cette situation s’est aggravée avec le néolibéralisme : de plus en plus de personnes sont rendues superflues au nom de la rentabilité capitaliste, ce qui entraîne une augmentation de la pauvreté et de la pénurie de logements.
Depuis les années 1980, la réponse néolibérale de l’État consiste à renforcer massivement la politique de maintien de l’ordre. Les questions sociétales et les problèmes sociaux sont de plus en plus souvent traités par la criminalisation et les stratégies et techniques policières. À cette fin, les migrant·e·s, les sans-papiers et les jeunes, en particulier ceux issus de la classe ouvrière, sont présentés comme la source des problèmes sociaux, stigmatisés, puis réprimés.
Vanessa Thompson
Face à la violence d’État, l’abolitionnisme est une invitation à penser de manière historique et internationaliste et à prendre conscience des fondements du capitalisme.
Vanessa Thompson et d’autres penseureuses de l’abolitionnisme comme Ruth Wilson Gilmore rappellent que cette pensée tire sa force de l’expérience historique qui a montré que c’est grâce à des luttes acharnées et internationalistes que l’esclavage capitaliste a pu être vaincu et qu’il est important de s’inspirer de ces luttes longues et complexes.
L'abolitionnisme ne vise pas seulement à abolir l'existant, mais surtout à créer quelque chose d'autre. Dans la situation actuelle, les prisons, les frontières et la police doivent disparaître, mais aussi le mode de production qui dépend de ces systèmes.
Thompson est coéditrice du livre « Abolitionismus » (Suhrkamp, 2022) et vit au Canada, en Suisse et en Allemagne.
conférence le 24 mai à 18h à la Demeure, avenue du chablais 18, à Prilly







