Antiracisme - Luttes décoloniales Nzoy Collectif Alliance Justice4Nzoy

Retour sur l’événement Nzoy Rest in Power 2025

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées ce samedi 30 août à Lausanne, place du Château, pour honorer la mémoire de Roger Nzoy Wilhelm, abattu par la police il y a 4 ans jour pour jour à Morges.

Lausanne |

Des Djs et groupes de rap venus de Lausanne, Genève et La Chaux-de-Fonds ont animé l’après-midi et la soirée. Ce moment convivial et populaire a été ponctué de discours sur les violences policières et les différentes affaires qui ont endeuillé le canton de Vaud ces dernières années.

Les revendications sont simples, nous demandons que la police cesse d’ôter la vie. Cette semaine, l’étude de Border Forensics a montré que Nzoy ne tenait pas un couteau dans la main au moment des tirs. Cela démontre l’importance d’aller au-delà des premières impressions dans les cas d’homicides policiers.

Des proches de Marvin ont été associés à l’événement. Ce jeune lausannois de 17 ans est décédé le dimanche 25 août au matin lors d’une course-poursuite avec la police. Le matin même se tenait une marche de recueillement organisée par ses proches au départ de la Permanence Jeunes de la Borde. Par ailleurs, nous affichons notre solidarité avec la personne de 19 ans actuellement emprisonnée pour une participation supposée aux événements de la rue de Morges.

En fin de soirée, aux alentours de 21h30, des agents ont arrêté des jeunes participant aux concerts alors qu’ils rentraient chez eux accompagnés de leurs amis. Ils ont été relâchés quelques heures plus tard. Nous condamnons ces provocations.

Notre collectif est conscient que la lutte sera longue et difficile, nous sortons de cette journée du 30 août avec une détermination renouvelée pour faire aboutir nos revendications

Collectif Justice 4 Nzoy, samedi 30 août 22h

Au même moment, une manifestation était organisée à Zurich. Les photos sont disponibles ici. https://www.instagram.com/p/DOBeSRRCHPv/?hl=fr&img_index=1

Extraits des discours de Justice4Nzoy et des autres collectifs invités :

Justice4Nzoy Romandie @dans_la_rue_pour_nzoy :

"L’équipe de Border Forensics a reconstitué à la seconde près le déroulement de l’homicide. […] Par l’analyse détaillée des vidéos, ils ont prouvé que Nzoy n’avait pas de couteau dans la main au moment où il s’est fait tirer dessus […] Pensons à toutes ces familles qui n’ont pas eu l’occasion de pouvoir constituer une telle enquête indépendante […] Aujourd’hui on attend le procès des policiers qui ont tué Nzoy et on a besoin de vous. On a besoin que les gens s’unissent et se mobilisent, on a besoin de mettre la pression à ces vieux juges poussiéreux qui prendront toujours la défense de leurs bras armés. On a besoin de retrouver espoir."

Coalition crimes policiers (personne abattue à Genève le 13 mai 2025)

coalitioncontrelescrimespoliciersCH@proton.me
"Mardi 13 mai, un homme a été abattu par la police genevoise dans le quartier des Pâquis à Genève. On sait désormais qu’il s’agit d’une personne d’une trentaine d’années ayant demandé l’asile en France. Il s’agit également d’une victime de plus des politiques racistes et mortifères du régime des migrations. […] L’accès à la justice est plus dur pour les personnes en exil, les personnes sans statut légal, et/ou précaires, on le sait. D’autant plus quand les accusés font partie de l’État et de son bras armé. C’est pourquoi notre solidarité doit être sans faille."

Racard :

"Nous, professionnel·le·s·x du social et du soin psychique, sommes régulièrement confrontés sur le terrain à des situations similaires. Nous intervenons très fréquemment auprès de personnes en pleine crise : qu’il s’agisse de décompensations aiguës, d’états délirants, de souffrances psychiques graves, de tentatives de suicide, de comportements violents ou imprévisibles… […] La seule arme que nous utilisons, c’est la parole.
Et au cœur de cette parole, nous privilégions toujours la communication, l’écoute, l’empathie. Grâce à ces outils – qui sont nos seuls outils de travail – nous parvenons, bien souvent, à désamorcer des situations de grande tension. À apaiser. À contenir. À accompagner."

Outrage Collectif @outrage.collectif :

"Pendant que la police suisse continue de tuer impunément dans nos rues, la classe politique blanche et bourgeoise fait mine de découvrir le racisme systémique au sein de la police lausannoise.
Que peut-on attendre d’un Etat et de sa classe politique embourbés dans le déni de son racisme ?
Alors que les corps racisés qui vivent au quotidien l’oppression de la Race se révoltent, comme l’a courageusement montré la jeunesse du quartier de Prélaz ces derniers jours, la gauche parlementaire est scandalisée par quelques poubelles en feu. C’est une honte !"

Justice for Michael @justicepourmichael :

Nous y voilà à nouveau. Oui, nous y voilà à nouveau. […]
Le 29 août, c’était l’enterrement d’un jeune homme noir au Nigeria. Son nom est Michael Kenechukwu EKEMEZIE. Le 25 mai 2025, un jeune homme noir a été poursuivi par la police.
Pendant cette poursuite, il a été attrapé par un policier. Et le lendemain, nous avons tous appris que Michael était mort. Une semaine plus tard, une courte vidéo a été publiée. Dans cette vidéo, nous avons vu Michael plaqué au sol sur un parking — exactement au même endroit où Mike Ben Peter est mort. Nous avons entendu Michael crier : “J’ai mal ! Je me sens mal. J’ai besoin d’eau !” Il a répété. Le policier lui a dit qu’il aurait de l’eau une fois arrivé à la voiture.
Bien sûr, nous avons déjà vu cette scène plusieurs fois : des policiers agissant de la même manière envers des personnes noires, ce qui mène à leur mort. Vous pouvez lister leurs noms. […] Les tueurs sont protégés par cette institution policière, parce que leurs victimes sont noires. Donc, nous ne devons pas mentionner le racisme, car cela rendrait certaines personnes blanches mal à l’aise. Et ce serait “aller trop loin” que de dire RACISME. Alors, qui se soucie que les enfants de Michael Kenechukwu EKEMEZIE soient aujourd’hui sans père ? NOUS, nous nous en soucions."

Intervention de police en marge du concert Nzoy place du Château – Nous demandons des excuses publiques à la Municipalité

Avec ce second communiqué, le collectif Justice4Nzoy tient à exprimer sa colère après la publication tout à fait partielle et partiale publiée ce dimanche matin par la police lausannoise au sujet des trois interpellations de la veille au soir après les concerts. Comme nous allons le constater, le récit complet des événements donne une image sidérante de l’attitude de la police, un signe qu’elle n’a pas bien compris le rejet que ses comportements suscitent dans une large frange de la population.

Aux alentours de 19h, bien avant le début de leur concert, les membres du groupe de rap ODH, originaires d’Entre-Bois, remarquent que des policiers les prennent en photo depuis l’esplanade de la place du Château. Leur concert terminé, les trois membres du groupe ODH et six de leurs amis marchent vers le centre ville. Assis sur un banc de la place de la Cathédrale, ils remarquent qu’ils sont suivis par un drone et des policiers communiquant par talkies-walkies. Ils trouvent cela bizarre. Plus loin, alors qu’ils descendent les escaliers en direction de la Riponne, ils apperçoivent une armada de policiers qui se dirige vers eux. Ils prennent peur et tentent de s’éloigner rapidement. Rami* et David*, respectivement âgés de 19 et 22 ans, sont appréhendés et emmenés dans un fourgon vers l’Hôtel de police. Durant le trajet, les agents leur demandent "ce qu’ils pensent de la police". Au poste, on leur montre des images des manifestations à Prélaz. Ils leurs indiquent sur les photos des jeunes, soit disant correspondant à leur description, un noir et un arabe. Mais la description de ces suspects ne correspond ni à Rami, ni à David, à part leur couleur de peau. Ils sont relâchés deux heures plus tard.

Le reste de la bande d’amis réussit à rejoindre la place de la Riponne, mais une fourgonnette débarque et ils sont encerclés. De nombreuses personnes filment la scène. Ils insistent pour connaître le motif du contrôle, la raison pour laquelle un tel dispositif est déployé et pourquoi les agents brandissent leurs matraques. Le groupe fait preuve de sang froid et tout le monde présente sa pièce d’identité, expliquant qu’ils sortent simplement d’un concert. L’agressivité et les provocations de la police les a choqués. « On s’est senti brusqués par la situation, l’arrestation n’était pas justifiée » nous a confié l’un d’eux. Ils précisent également que plusieurs des policiers portaient des cache-cous, dissimulant la moitié de leur visage. Après que les jeunes ont insisté, l’un des policiers reconnaît finalement qu’ils sont à la recherche de personnes liées aux événements de Prélaz.

Le groupe s’aperçoit que des policiers se concertent au loin, visiblement au sujet de l’un d’entre eux, PretiiODH*, 22 ans. Celui-ci est menotté et arrêté, sans explication aucune, malgré les demandes des jeunes. Des passants révoltés par ce qui se passe tentent d’intervenir. Une femme est mise au sol brutalement. Les agents contrôlent toutes les personnes présentes, qui doivent insister pour récupérer leurs pièces d’identité. Les policiers font également usage de spray au poivre.
Une fois arrivé à l’Hôtel de police, PretiiODH subit un interrogatoire, la prise de ses empreintes digitales et est placé dans un box pendant 1h30.

Après cela, le reste du groupe – six personnes – se dirige vers le fast-food Dubaï à Bel-Air. Ils sont suivis par des policiers et par un drone jusqu’au restaurant. Pendant qu’ils passent commande, ils descendent attendre devant l’établissement. C’est alors qu’un fourgon arrive, d’où sortent des policiers vêtus de noir et masqués. L’un d’eux lance : « Hop hop, il y en a un d’entre vous qu’on doit contrôler. » Un autre ajoute : « On ne t’a pas contrôlé à la Riponne, donc on le fait maintenant. » Moussa* subit un contrôle d’identité et est fouillé sur place. Ne trouvant rien, ils le relâchent après une quinzaine de minutes. Un des jeunes suppose que la police a sans doute observé combien ils étaient et comment ils étaient habillés pour les traquer depuis les concerts à la place du Château. Cette prise en chasse, on le souligne, aura duré de 19h à minuit passé. Lors de notre conversation téléphonique, les jeunes relèvent le racisme systémique dont ils sont victimes et qui a fait d’eux les cibles de cette intervention policière injustifiable dans la nuit de samedi à dimanche.

Moins d’une semaine après la mort de Marvin, moins d’une semaine après les révélations concernant les conversations Whatsapp racistes entre policiers vaudois, moins d’une semaine après que le rapport de Border Forensics ait prouvé que Nzoy ne représentait pas une menace au moment où il a été tué, voilà l’attitude que choisit d’adopter la police lausannoise lors de concerts à la mémoire des victimes d’homicides policiers.
Il est absolument scandaleux que la police municipale ait profité de cette occasion, pour harceler, brutaliser et ficher des jeunes hommes racisés.
Nous demandons la destruction des archives de police concernant notre événement à la place du Château. Nous demandons également que la Municipalité reconnaisse le traitement abusif qu’ont subi Rami, David, PretiiODH et Moussa et qu’elle leur présente des excuses publiques.

* nom d’emprunt

Justice4Nzoy Romandie


Communiqué de la police lausannoise

Emeutes de Prélaz – trois personnes interpellées mises hors de cause
117 Express
Samedi 30 août 2025 vers 21h30, trois personnes majeures, correspondant à des signalements de personnes actives lors des émeutes de Prélaz les 24 et 25 août derniers, ont été interpellées entre la rue Pierre-Viret et la place de la Riponne à Lausanne.

Conduites à l’Hôtel de police pour des contrôles plus approfondis, elles ont pu être mises hors de cause.

Elles ont été libérées peu après minuit.

Cette intervention spontanée a vu l’engagement d’une dizaine de policières et policiers de la Police cantonale vaudoise et de la Police municipale de Lausanne.

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