Féminismes - Genre - Sexualités

Pourquoi l’Association Féministe de l’Université de Lausanne n’a pas participé à la Women’s March

Le 18 mars 2017, a eu lieu une « Women’s march » à Zurich. L’AFU a décidé de ne pas s’y rendre pour des raisons politiques que nous allons exposer ici.

Il suffit de se rendre sur la page facebook de l’événement pour constater que les participant-e-s sont invité-e-s à porter, voire à confectionner, leur propre pussy hats. Alors déjà, qu’est-ce que c’est ces pussy hats ? Il s’agit de chapeaux roses qui représentent des oreilles de chats, en référence au terme « pussy » qui vient de l’anglais et qui peut signifier “chatte” (en référence à la vulve). Cette idée est à la base un symbole de protestation anti-Trump et une réaction à ses propos misogynes et violents (“grab women by their pussy”). Alors même si le principe de protester contre les propos violents de Trump est compréhensible et bien-sûr encourageant, ce symbole pose plusieurs problèmes que nous trouvons importants de soulever.

Tout d’abord, le fait d’utiliser ce symbole contribue à véhiculer une représentation cissexiste de l’identité de genre. C’est-à-dire qu’il soutient cette idée que nos organes génitaux définissent notre identité de genre, idée qui est source d’oppression et de violence pour les personnes trans*, non-binaires et/ou intersexes. Ainsi, considérer que le fait d’être né-e avec une vulve fait de quelqu’un-e une femme est excluant et violent tout d’abord pour les femmes trans*, car leur légitimité à être femmes en serait niée uniquement parce qu’elles ne seraient pas nées avec “les bons organes génitaux”. D’autre part, toutes les personnes ayant une vulve ne se reconnaissent pas forcément dans l’identité de genre « femme » qui leur a été assigné à la naissance et c’est violent pour ces personnes d’être constamment définies par et réduites à leurs organes génitaux. Par conséquent, pour les personnes trans*, non-binaires et/ou intersexes, ce symbole est excluant et il entretient le cissexisme et la transphobie, ce contre quoi, d’après nous, les luttes féministes doivent se battre. N’oublions pas que la transphobie tue, que les personnes trans* sont souvent précarisé-e-s, psychiatrisé-e-s, abusé-e-s et violenté-e-s et qu’on compte également un nombre effroyable de suicides à cause de ces violences.

Outre la dimension cissexiste, la couleur même de ces bonnets pose un réel problème. En effet, tous les vagins ne sont pas roses ! Mais plus fondamentalement, cette marche s’inscrit dans une tendance plus large du féminisme mainstream, qui consiste à mettre en avant les luttes spécifiques aux femmes blanches (cis, hétérosexuelles, valides, de classe moyenne et supérieure,...). Quel pourcentage des personnes ayant marché à l’une ou l’autre des Womens’ March ont également marché pour la défense des personnes migrant.e.s ? Qui d’entre elleux ont été à une manifestation de Black Lives Matter ? Qui parmi ces personnes s’est engagé à lutter contre l’islamophobie au quotidien ? Pourtant, ces problématiques oppriment, violentent, précarisent également des personnes opprimées par le patriarcat.

Ainsi, même en adoptant une perspective restrictive de ce que doit être le féminisme (donc en ne l’incluant pas dans un projet plus global de changement radical du monde), le fait de revendiquer un féminisme centré sur une expérience singulière de l’oppression de genre (soit celle des femmes cisgenres, blanches, de classe moyenne et supérieure, hétérosexuelles valides, etc.) contribue (voire engendre) d’autres systèmes de domination. Finalement, en visibilisant constamment ces femmes et leurs luttes spécifiques, les contributions de toute autre personne au féminisme se retrouvent effacées. Cela a été le cas pour cette marche, puisque les noms de ses instigatrices, trois femmes racisées s’appelant Tamika D. Mallory, Carmen Perez, et Linda Sarour, ne sont de loin pas aussi connus que celui d’une Emma Watson, Meryl Streep, etc.

Le but de cet article n’est pas de juger les personnes qui se sont mobilisées lors de cette manifestation mais il constitue un appel à la remise en question et à la prise de conscience de nos privilèges respectifs. Si nous sommes heureux-ses de voir que de plus en plus de personnes se mobilisent et prennent conscience des rapports de domination, d’après nous le féminisme doit défendre les intérêts de tou-te-s. Qu’on soit des femmes ou des hommes trans*, non-binaires et/ou intersexes, qu’on soit racisé-e-s, en situation de handicap, neuroatypiques, gros-se-s ou minces, portant un voile, travailleur-euse-s du sexe, homo/bi/pan/asexuel-le-s,... nous avons toustes notre place dans le féminisme et c’est ce pourquoi nous devons lutter. Nous voulons un féminisme inclusif qui ne parle pas seulement au nom de et ne défende pas uniquement les personnes dominantes !

P.S.

Texte publié le 25 avril sur le facebook de l’AFU - Association Féministe UNIL.

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