Antifascisme - Antiracisme anthroposophie

Anthroposophie & Écofascisme de Peter Staudenmaier

Extrait de brochure : "Anthroposophie & Écofascisme de Peter Staudenmaier" critique de la pensée de Rudolf Steiner et de « l’infiltration » d’une pensée ésotérique dans les milieux dits alternatifs, écologistes ou anarchistes.

Introduction de la brochure “Anthroposophie & Écofascisme”

Si nous faisons aujourd’hui le choix de publier cette brochure, c’est parce que nous constatons et ce depuis de trop nombreuses années, « l’infiltration » d’une pensée ésotérique dans les milieux dits alternatifs, écolo-gistes, libertaires ou anarchistes. Cette « bienveillance » crée des ravages parce qu’elle induit une incapacité à penser le monde, la lutte et l’exploitation de manière rationnelle. Elle est une porte grande ouverte sur le monde du conspirationnisme et s’inscrit dans un cadre réactionnaire et fasciste.L’anthroposophie est une source majeure et première de cette pensée et les imposteurs, de Rahbi à « Kokopelli », puisent directement leurs idées et rhétoriques dans ce bourbier. À celles et ceux qui font encore trop souvent référence à ces mouvements et qui pensent encore que Steiner était avant tout un humaniste, nous conseillons vivement la lecture de ce qui suit.

Dans l’immédiat après-guerre, dans un moment de profond bouleversement contre la violence, la misère et l’exploitation due au capitalisme, Steiner a émergé comme un ardant défenseur du profit, de la concentration des moyens de production et des richesses et d’un marché libre et concurrentiel. Tout en s’opposant de manière véhémente à tout effort visant à remplacer des institutions antisociales par d’autres plus humaines, Steiner a proposé d’adapter son système de « tripartition de l’organisme social » au système existant de domination de classe. Il ne pouvait guère nier que la course au despotisme économique de l’époque était dommageable pour la vie humaine, cependant il insistait sur le fait que « le capitalisme privé en tant que tel n’était pas la cause de ces dommages » :

Le fait que des individus ou groupes d’individus administrent une vaste masse de capitaux n’est pas à l’origine de ce qui rend la vie antisociale, mais bien le fait que ces personnes ou groupe de personnes exploitent le produit de cette administration d’une manière antisociale [...]. Si la gestion par des individus capables était remplacée par une gestion collective, la productivité en serait compromise. La libre initiative, les capacités individuelles et la volonté de travailler ne peuvent pas être pleinement réalisées dans le cadre d’une gestion collective. [...] La tentative de structurer la vie économique d’une manière sociale détruit la productivité. [1]

Bien que Steiner ait essayé de s’immiscer dans les institutions ouvrières, ses perspectives n’ont naturellement jamais été vraiment très populaires chez les travailleurs. Les révolutionnaires de la République des Conseils de Munich de 1919 l’ont ainsi dépeint comme « le docteur de l’âme du capitalisme décadent » [2] Otto Neurath [3] a condamné la « tripartition de l’organisme social » comme un capitalisme à petite échelle. Cependant, les industriels ont montré un vif intérêt pour les idées défendues par Steiner. Peu après la dure répression des poussées révolutionnaires des travailleurs en Allemagne, Steiner fut invité par l’administrateur de l’usine de tabac Waldorf-Astoria à ouvrir une école pour sa compagnie à Stuttgard. Les écoles Waldorf étaient nées.

[...]

L’anthroposophie et « l’aile verte » du parti nazi

Le mélange de mysticisme, de romantisme et de préoccupations pseudo-environnementalistes propagé par Steiner et ses adeptes ont porté l’anthroposophie vers un contact idéologique étroit avec un groupe qui a été par la suite décrit comme l’aile verte du national-socialisme. [4] Ce groupe qui comptait parmi ses membres les leaders les plus en vue du IIIe Reich, qui ont été d’actifs propagateurs de l’agriculture biodynamique et d’autres causes anthroposophiques. L’histoire de cette relation a été sujette à controverse, car les anthroposophes nient typiquement toute connexion que ce soit avec les nazis. Pour envisager la question dans son entièreté, il peut sembler préférable de considérer le contexte et l’attitude de l’anthroposophie à l’égard de la montée du fascisme.

Comme le montrent les travaux du chercheur indépendant Peter Bierl, il y avait dans les rangs anthroposophes des admirateurs de Mussolini et du fascisme italien, précurseur de la dictature hitlérienne. [5] De plus, plusieurs anthroposophes italiens de premier ordre avaient des opinions fascistes et se montrèrent très actifs dans la promotion de sa politique raciale. [6] Mais ce fut la variante allemande du fascisme qui eut le plus d’accointances avec les préoccupations anthroposophiques concernant la race. Dans les années 1920 et 1930 le docteur Richard Karutz, directeur du musée anthropologique de Lübeck, fut l’un des auteurs les plus prolifiques sur la question. [7] Karutz voulait en effet protéger l’anthropologie comme une discipline de ce qu’il nommait « le flux sociologique de la pensée matérialiste », favorisant ainsi une ethnologie « spirituelle » basée sur la doctrine raciale anthroposophe. [8] Dénigrant systématiquement les recherches anthropologiques de l’époque, ses propos insistaient sur la supériorité culturelle et raciale de la « race aryenne ». Karutz fut aussi un antisémite revendiqué, comme nombres de ses collègues anthroposophes. Il dénonçait « l’esprit de la communauté juive » qu’il décrivit comme « empreinte de l’esprit de clan, mesquin, étroit, lié au passé, dévoué à une connaissance conceptuelle morte et avide de puissance mondiale ». [9]

Durant la dernière décennie de la République de Weimar, Karutz et d’autres anthroposophes ont participé à faire grandir la notoriété de la « science raciale » nazie. Si Karutz critiquait les théories eugénistes nazies, c’est qu’elles faisaient primer le biologique sur le spirituel et qu’elles négligeaient le rôle de la réincarnation. Il était néanmoins d’accord avec les principes qui proscrivaient la « mixité raciale », notamment entre les blancs et les non-blancs. En 1931, la principale revue anthroposophique allemande publia un article très positif de Karutz sur un ouvrage de Walther Darré, Neuadel aus Blut und Boden (« Une nouvelle noblesse du Sang et du Sol »). Darré, « théoricien racial » notable et éminente figure de l’aile verte du nazisme, allait bientôt devenir ministre de l’Agriculture sous Hitler. Cette confortable relation entre les principaux leaders nazis sera profitable aux adeptes de Steiner une fois que le parti aura pris les commandes de l’Allemagne. Selon de nombreux témoignages d’anthroposophes de l’époque, les nazis les auraient traqués dès les débuts du IIIe Reich. Cette vision simpliste de l’Histoire masque cependant une réalité beaucoup plus complexe.

Immédiatement après la prise du pouvoir par les nazis en 1933, les leaders des organisations anthroposophiques ont pris l’initiative d’apporter leur soutient au nouveau gouvernement. En juin de la même année, on pu lire dans les colonnes d’un journal danois une entrevue de Günther Wachsmuth, secrétaire de la Société Anthroposophique internationale en Suisse, concernant l’attitude de l’anthroposophie à l’égard du régime nazi. Il y déclara :

« Nous ne pouvons pas nous plaindre. Nous avons été traités avec la plus grande considération et nous avons toute liberté de promouvoir notre doctrine ».

S’exprimant pour les anthroposophes en général, Wachsmuth exprima également sa « sympathie » et son « admiration » pour le national-socialisme.
[...]

Extrait de la brochure de Peter Straudenmaier "Antroposophie et ecofascisme" traduite par chimère éditions
.

Notes

[1Manuscrit d’une conférence de Steiner reproduit par Walter Kugler, Rudolf Steiner und die Anthroposophie, Cologne, 1978, pp. 199-200.

[2Cité par Peter Bierl, Wurzelrassen, Erzengel und Volksgeister : Die Anthroposophie Rudolf Stei-ners und die Waldorfpädagogik, Hamburg, 1999, p. 107. Une édition revue et augmentée de l’excellent livre de Bierl a été publiée en 2005.

[3Philosophe, sociologue et économiste marxiste autrichien, Neuratt (1882-1945) a notamment participé à la République des conseils de Bavière en 1919.

[4J’ai emprunté l’expression « aile verte du nsdap » à Jost Hermand ; voir son ouvrage Grüne Utopien in Deutschland, Frankfurt, 1991, spécialement les pages 112-118. Ce terme ne désigne pas une formation identifiée au sein du parti, elle réfère plus à des tendances et à des orientations et pratiques idéologiques communes à de nombreux activistes et dirigeants nazis de premier plan, dont les grandes lignes sont reconnues comme écologistes par rapport aux normes actuelles. Pour un traitement plus complet de cette question, voir « Fascist Ecology : The “Green Wing” of the Nazi Party and Its Historical Antecedents » in Biehl et Staudenmaier, Ecofascism. Pour une discussion critique de ce concept, voir : Franz-Josef Brüggemeier, Mark Cioc et Thomas Zeller, éds., How Green were the Nazis ? Nature, Environment, and Nation in the Third Reich, Athens, 2005 ; Frank Uekoetter, The Green and the Brown : A History of Conservation in Nazi Germany, Cambridge, 2006 ; Joachim Radkau et Frank Uekötter, éds., Naturschutz und Nationalsozialismus, Frankfurt, 2003 ; et Joachim WolschkeBulmahn, « Naturschutz und Nationalsozialismus : Darstellungen im Spannungsfeld von Verdrängung, Verharmlosung und Interpretation » in Gert Gröning et Joachim Wolschke-Bulmahn, éds., Naturschutz und Demokratie, Munich 2006, 91-113

[5voir Bierl, Wurzelrassen, Erzngel und Volksgeister, pp. 135-138. Pour un aperçu sympathique du mouvement anthroposophique durant l’ère fasciste italienne, voir Michele Baraldo, « Il movimento antroposofico italiano durante il regime fascista » in Demensioni e problem della ricerca storica, no 1, 2002

[6Pour plus d’exemple, consulter :http://groups.yahoo.com/group/waldorf-critics/message/579 ethttp://groups.yahoo.com/group/waldorf-critics/message/Sur la collaboration entre le Secrétaire de la Société Anthroposophique italienne et le fervent fasciste Ettore Martinoli dans la prise de mesures antisémites, voir Michael Wedekind, Nationalsozialistische Besatzungs und Annexionspolitik in Norditalien 1943 bis 1945, Munich, 2003, pp. 358-360, 385-386 ; et Silva Bon, La persecuzione antiebraica a Trieste (1938-1945), Udine, 1972.

[7pour quelques exemples des théories raciales anthroposophiques de Karutz, voir Richard Karutz, Rassenfragen, Stuttgart, 1934 ; Karutz, « Zur Rassenkunde », Das Goetheanum, 3 janvier 1932 ; Karutz, Von Goethe zur Völkerkunde der Zukunft, Stuttgart, 1929.

[8Karutz cité par Bierl, Wurzelrassen, Erzengel und Volksgeister, p. 129.

[9Karutz, Von Goethe zur Völkerkunde der Zukunft, p. 57. Steiner lui-même était ambivalent vis-à-vis des Juifs. Lors d’une polémique de 1897 contre le sionisme, il compara les antisémites à l’époque une présence bien organisée, active et très populaire en Europe centrale à des enfants inoffensifs, argumentant que le sionisme et « les dirigeants sans cœur des Juifs fatigués de l’Europe » étaient « bien pires » que les antisémites (Steiner, Gesammelte Aufsätze zur Kultur und Zeitgeschichte, p. 199). D’un autre côté il a activement supporté la droite française durant l’affaire Dreyfus, quoi qu’en grande partie par hostilité envers la République française. Steiner rejetait publiquement l’antisémitisme, s’alignant plutôt sur ce qu’il a appelé la « tendance nationaliste allemande idéaliste » qui s’opposait à l’antisémitisme « matérialiste » d’autres agitateurs pan-allemands. Pour une analyse détaillée, voir Peter Staudenmaier, « Rudolf Steiner and the Jewish Question », Leo Baeck Institute Year Book, vol. 50, 2005, pp. 127-147.

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