Féminismes - Genre - Sexualités Kurdistan

Lutter contre l’homme, abattre la domination.

Ce texte est issue du processus d’auto-critique de camarades masculins au sortir d’une formation sur le mouvement des femmes dispensé par une cadre des academies de Jineoloji [1].

Ce texte a été publié dans le numéro 2 du magazine « Revista Legerin », qui sera bientôt disponible aussi en français. En attendant nous vous le partageons ici et vous invitons à nous rejoindre dans la rue et sur les réseaux.

Dans le cadre de notre militantisme au sein du mouvement de libération, de la construction du confédéralisme démocratique, et surtout du mouvement de libération des femmes, les hommes militants ont également des responsabilités et des tâches à remplir. Notre lutte dans le mouvement de libération des femmes est une lutte interne, une lutte contre nous-mêmes. Il s’agit de donner plus que de la solidarité avec nos sœurs, il s’agit de lutter contre les hommes qui sont en nous et de mettre fin à la culture de domination et de viol qui nous a été inculquée par les institutions patriarcales du système. Pour ce faire, la première étape est un acte d’humilité et de remise en question. En acceptant le fait que le système a façonné notre vision du monde, il s’est approprié une partie de notre mentalité. Le patriarcat a façonné notre relation avec notre corps, nos émotions, notre nature propre et donc nos relations avec les autres. Il s’agit de rechercher dans notre esprit les manifestations de la mentalité patriarcale pour redécouvrir notre moi le plus profond, notre moi naturel, notre essence libre et démocratique.

Notre responsabilité, détruire le patriarcat

Il est de notre responsabilité de redécouvrir l’identité de l’homme en dehors des schémas de domination, de nous comprendre en tant qu’homme et de comprendre nos émotions. Seule une dialectique collective peut nous permettre de redécouvrir ce qui nous a été volé, l’identité d’humanité en nous. Il ne s’agit pas d’effacer une partie de notre personnalité, mais d’apprendre à vivre à nouveau. Apprendre à contempler et à interagir avec la réalité dans laquelle nous vivons sans essayer de la dominer ou de la contrôler.

Le patriarcat et son histoire millénaire ont créé le statut socio-historique des femmes, mais aussi celui des hommes dans une binarité contre nature. Il a asservi les femmes, tout en enfermant les hommes dans un rôle de domination perpétuelle. Nous devons comprendre comment le rôle que le système de la civilisation capitaliste nous attribue fait aussi de nous, en tant qu’hommes, des esclaves, des laquais du pouvoir. Le patriarcat est basé sur la mentalité qu’il a inculquée dans nos esprits pour maintenir les femmes sous sa domination, il a fait des hommes la police qui est la première à réprimer les femmes qui résistent à leurs conditions. Il a créé des hommes qui sont en concurrence constante les uns avec les autres, très souvent incapables de développer une intelligence émotionnelle, incapables de se comprendre. Le patriarcat crée de toutes pièces des hommes sans valeur, sans racines, esclaves des impulsions que le système utilise pour contrôler nos désirs et générer des besoins artificiels en nous. La mentalité capitaliste est basée sur l’idée de domination. La domination des choses matérielles par la propriété et la volonté d’accumulation que cela génère en nous. L’impulsion qui se déplace vers le besoin de posséder, de garder sous notre contrôle tout ce qui peut exister, la nature, les autres hommes et bien sûr les femmes. Le système crée des hommes apathiques avides de pouvoir et de monopoles parce qu’ils sont plus faciles à contrôler, à influencer. L’attraction que représentent le profit et le pouvoir sont les carottes qui conduisent des légions d’hommes au rythme infernal de la machine capitaliste. La peur d’être faible ou d’être perçu comme faible est le bâton qui met au pas les identités masculines récalcitrantes. Et les femmes sont utilisées comme une classe, comme un bouc émissaire pour la constitution de cette masculinité toxique dominante. Elles sont les trottoirs sur lesquels marchent ces légions de la mort. Şehîd Atakan Mahir avait coutume de dire que, dans le système, lorsqu’un homme aime une femme, il s’aime lui-même. C’est sa capacité de contrôle et de propriété qu’il ressent, et c’est ainsi que le système veut que nous comprenions l’amour.

Le système nous prive des liens qui font des hommes des êtres vivants, nous empêche d’exprimer et de concevoir notre amour pour la vie, aliène notre compréhension de l’amour et de la liberté. Or, cet amour, cette liberté a résisté pendant des siècles au plus profond de nos âmes, c’est cet amour refoulé qui explose parfois en feux d’artifice révolutionnaires.

L’amour et la volonté révolutionnaire

Nous devons comprendre l’amour qui est caché en nous et apprendre à l’exprimer en d’autres termes que ceux du patriarcat. Nous devons chercher à développer l’amour révolutionnaire.

Lorsqu’un homme étudie l’histoire du patriarcat et de l’asservissement des femmes et de la nature, sa première réaction est de haïr le statut d’homme. Elle génère en lui une haine de l’homme et une réflexion sur lui-même qu’il reconnaît dans l’attitude des autres hommes. Cette haine n’est que l’expression d’un amour profond pour la liberté et la justice que, face au rôle historique que nous reproduisons malgré nous, nous ne parvenons à exprimer que sous forme de haine, puisque l’amour nous est interdit. C’est le point de départ de la construction de la personnalité démocratique. Comprendre l’amour qui est en nous, le contempler et l’accepter. C’est l’amour qui nous donne l’impulsion pour la volonté révolutionnaire, qui nous donne le courage de résister au système capitaliste et à son héritage d’injustice et de méfaits historiques. Nous devons comprendre l’amour qui est caché en nous et apprendre à l’exprimer en d’autres termes que ceux du patriarcat. Nous devons chercher à développer l’amour révolutionnaire. Celui qui nous fait sentir la liberté de l’autre comme notre propre liberté, cette émotion joyeuse de voir un oiseau voler librement dans les montagnes.

Cette émotion nous permet de construire l’hevalti (camaraderie révolutionnaire) dans laquelle l’épanouissement et le développement de l’autre est notre objectif commun. L’amour est caché au plus profond de nous et une fois libéré, crée l’unité des êtres, l’unité des peuples. Cette unité sera notre force pour vaincre une fois pour toutes la modernité capitaliste et sa mentalité patriarcale.

Original post sur : ->https://www.revistalegerin.com/post/lutter-contre-l-homme-abattre-la-domination]
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