Répression - Enfermement solidarité internationale

Nos ennemis sont communs, nos solidarités sont communes

Communiqué de soutien du comité free Jérémy* aux soulèvements de la terre et aux récent.exs gardé.exs à vue

Genève |

Au cours de ce mois de juin, nous avons pu observer avec stupeur une accélération drastique et terrifiante de la répression du mouvement écologiste français et européen. Le comité de soutien à Jérémy* [1] tient à affirmer tout son soutien aux personnes qui subissent la répression de plein fouet.

En décembre dernier, une action de sabotage d’un site de l’entreprise Lafarge-Holcim près de Marseille avait rassemblé environ 200 militant.e.x.s écologistes. Sur le moment, aucune interpellation n’avait eu lieu. Cette action avait fait grand bruit médiatique et l’enquête a été confiée à la sous-direction anti-terroriste (SDAT). Aussi choquant que ça puisse être, ce n’est qu’une étape de plus que le gouvernement français franchissait dans son incapacité totale à se remettre en question et à considérer des revendications sociales et démocratiques.

Les effets d’une telle enquête sont nombreux mais ils ont pris une dimension bien plus importante et effrayante au cours de ces dernières semaines. Le 5 juin, une première série d’arrestations simultanées a eu lieu dans plusieurs villes de France [2]. Quinze militant.e.x.s ont vu leur logement brutalement (c’est un euphémisme) perquisitionné et ont passé une garde-à-vue particulièrement violente et ereintante (à nouveau, un euphémisme). Garde-à-vue pouvant durer jusqu’à 96h étant donné le régime antiterroriste avec lequel sont traité.e.x.s ces militant.e.x.s [3].

La répression est en train d'étendre son arsenal de pratiques afin de mieux maîtriser les contestations anticapitalistes, écologistes et populaires.

Au vu des informations éparses dont l’on dispose pour le moment, l’ampleur de l’enquête semble tout simplement inédite. Cela est doublement inquiétant : tout d’abord, pour l’action de Bouc-Bel-Air du 10 décembre où la police, la justice et les services de renseignement semblent décidés à ne pas en rester là. Mais également, cela laisse présager le pire pour les futures mobilisations. La répression est en train d’étendre son arsenal de pratiques (et d’armement) afin de mieux maîtriser (comprendre mater) les contestations anticapitalistes, écologistes et populaires.

D’ailleurs, le mardi 20 juin, une deuxième série d’arrestions simultanées a eu lieu dans différents lieux au travers de la France. 18 militant.e.x.s ont été arrêté.e.x.s cette fois-ci et iels ont été soumis.e.x.s au même régime que leurs camarades deux semaines plus tôt. Les arrestations sont en lien avec l’action de Bouc-Bel-Air et la manifestation contre les mégabassines à Sainte-Soline en mars dernier.

Cette deuxième vague est survenue la veille de la dissolution annoncée des Soulèvement de la terre [4]. Un mouvement qui s’est surtout fait connaître pour des mobilisations extrêmement larges et populaires sur des enjeux démocratiques tel que le partage et l’utilisation de l’eau, bien commun par excellence ; ou encore en s’opposant à des projets industriels dévastateurs et inutiles, dont l’exemple de la ligne de train à grande vitesse reliant Lyon à Turin en est l’illustration parfaite [5]. La dissolution a été actée par le conseil des ministres le mercredi 21 juin 2023.

Cette répression n'est pas isolée, elle s'inscrit dans un contexte plus large et nous sommes tou.te.x.s concerné.e.x.s, en Suisse comme partout.

Tout ceci intervient après de longues années à interdire les manifestations, à donner des ordres meurtiers aux flics et militaires, à tirer au flash-ball ou à tirer des grenades sur les militant.e.x.s écologistes, sans avoir peur de tuer et de mutiler afin de réduire au silence. L’opération César à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (NDDL) en 2012, la mort de Rémi Fraisse en 2014, les centaines de blessé.e.x.s de Sainte-Soline lors de la lutte contre les mégabassines, le traitement des militant.e.x.s tels des terroristes et l’annonce de la dissolution des Soulèvements de la terre en 2023 forment une logique répressive implacable en France.

En tant que comité de soutien à Jérémy*, ami et camarade écologiste qui a été incarcéré en préventive pendant près de trois mois, nous ne pouvons pas rester muet.te.x.s face à une telle avalanche de répression chez nos voisin.e.x.s français.e.x.s. Cette répression n’est pas isolée, elle s’inscrit dans un contexte plus large et nous sommes tou.te.x.s concerné.e.x.s, en Suisse comme partout.

Premièrement, parce que la résistance écologiste dépasse les frontières. L’écologie politique des Soulèvements de la terre incarne cette contre-attaque internationale, tant dans les causes qu’elle défend, les ennemis qu’elle nomme et les personnes qu’elle motive. Les grandes manifestations internationales qu’iels ont organisées (Bayer & Monsanto, Sainte-Soline, No TAV) ont réaffirmé la nécessité d’agir ensemble et au-delà des frontières pour peser sur le champ politique. Les récentes arrestations et la dissolution nous prouvent que nos ennemis ont peur que nous commencions à taper ensemble, plus fort et au même endroit.
Les actions prenant Holcim pour cible se multiplient et se diversifient, en Suisse comme en France. Ce n’est pas un hasard tant cette entreprise concentre tous les pires aspects de la destruction de l’environnement par le capitalisme. Paris, Saint-Colomban, Eclépens, Sézegnin, Bouc-Bel-Air... notre résistance a frappé et continuera à frapper : notre ennemi est commun, et nos actions le sont aussi.

Deuxièmement, parce que la répression française ne se limite aux frontières françaises ou aux militant.e.x.s françai.se.x.s. D’abord car elle touche des militant.e.x.s qui viennent de toute l’Europe et qui se font arrêter ou blesser en trop grand nombre. Ensuite, parce que des militant.e.x.s étrangèr.e.x.s subissent des mesures ou du fichage anti-terroriste. En mars dernier, juste avant la manifestation de Sainte-Soline, c’est un militant suisse, fiché S comme par un tour de magie, qui a été placé en centre de rétention administratif (CRA) avant d’être renvoyé dans son pays et interdit de territoire français sans date de fin [6]. Ou encore 107 italien.ne.x.s se sont vu.e.x.s interdire de circuler sur le territoire français, mesure prise à cause de la potentielle participation à la mobilisation no TAV du 17 et 18 juin [7]. Mais aussi, parce qu’elle contamine ses pays voisins en poussant toujours plus loin le niveau de répression policière, judiciaire ou médiatique communément admis. En Suisse, sous certains aspects, la répression prend des formes similaires à ce qu’on voit en France. L’acharnement judiciaire et la criminalisation des militant.e.x.s écologistes (mais pas que) en est un bon exemple, comme nous le rappelle la procédure engagée contre Jérémy*. D’un point de vue médiatique, le discours réactionnaire sur l’éco-terrorisme commence à s’infiltrer dans nos médias, comme on a pu le constater avec la polémique sur les actions contre les golfs en Romandie [8].

Du flash-ball au tribunal, en passant par CNews et les prisons, nos ennemis sont communs, et nos solidarités seront toujours communes en retour.

Une solidarité internationale est donc nécessaire. Dans la même logique que les Soulèvements de la terre, former des fronts larges par-delà les frontières, qu’elles soient géographiques ou idéologiques, est nécessaire. C’est ce que s’efforce de faire la campagne Free Jérémy*, et ce qui fait la force des Soulèvements de la terre. Faire bloc est la seule solution. Du flash-ball au tribunal, en passant par CNews et les prisons, nos ennemis sont communs, et nos solidarités seront toujours communes en retour.

Que fleurissent partout des écologies offensives,
Que germent partout des solidarités face à la répression,
Et que repoussent mille fois les soulèvements de la terre.

Ils ne nous arrêteront pas !

Comité de soutien à Jérémy*

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