Antifascisme - Antiracisme

Témoignage d’Agression d’Extrême droite

Le texte qui suit est un témoignage d’une personne qui a subis une agression d’un groupe d’extrême droite lors de la manifestation contre le Pass Sanitaire à Valence le 14/08.

France |

Jeudi 12 août

Je reçois un message d’une amie sur mon téléphone. Elle lance un appel pour la manifestation à Valence le samedi 14 août à 12h afin de dénoncer la restriction de nos libertés dans le cadre du pass sanitaire. Elle ajoute aussi qu’il faut être présent dans la rue pour faire barrage à des groupes de personnes d’extrême droite qui défilent en tête de cortège .

Je suis les manifestations depuis le début de l’instauration du pass sanitaire. Des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue durant le mois de juillet et ce début août afin de crier leur mécontentement. Dans les images et vidéos que l’on peut voir ici et là, il est quelque chose qui saute au yeux. Un nombre important de drapeaux français avec différents sigles au centre. Il est clair que le mouvement est largement récupéré par l’extrême droite avec Philippot [1] en principal acteur médiatique sur Paris. Un thérapeute dans mon village nous confie même que les manifestations de Philippot sont irréprochables et dénuées de tout débordement.

Bref, je ne suis pas un militant de la première heure, ni un activiste forcené, je ne suis ni de gauche, ni de droite car j’ai un profond dégoût de la politique mais quelque chose est sûr, je ne peux pas encadrer les mouvements identitaires. Je suis abasourdi par la dérive autoritaire du pays dans cette crise sanitaire et c’est pour toutes ces raisons que je me décide à aller manifester.


Samedi 14 août,

Rendez vous est pris avec 3 personnes afin de covoiturer sur Valence. Il est 11h00 et on est un peu en retard pour le départ de la manif prévue à midi. Dans la voiture ça discute pas mal, et j’apprends comment se sont déroulées les manifestations précédentes. Des groupes de plusieurs personnes clairement d’extrême droite essayent et réussissent à prendre la tête du cortège. Des affrontements sont à craindre au vu de la montée en organisation de ces groupes. Je tombe un peu des nu mais n’arrive pas trop à y croire.

On arrive à Valence, on se gare et on se dirige à quatre vers le cortège.Deux amis sont déjà présents. Un coup de téléphone, des indications et on se retrouve. Ils ont l’air heureux et soulagés de nous retrouver. Ils nous expliquent qu’ils viennent d’être pris en photos et/ou filmés par des fachos et qu’ils en dénombrent un paquet. Ils nous indiquent leur présence sur le trottoir à droite du cortège .

On décide de démarrer mais l’ambiance est tendue. Beaucoup de drapeaux français avec la croix de Lorraine, la croix de civitas et autres. 5 minutes s’écoulent et le cortège s’arrête dans une rue piétonne. On est à l’arrêt. Un ami se fait interpeller par un homme à sa droite concernant les inscriptions sur son tee-shirt.

Cette personne n’est pas seule. Ils sont une dizaine. Non contents des échanges verbaux et cherchant à nous mettre une étiquette d’extrême gauche la situation dégénère. Une copine essaye de calmer l’ambiance mais elle reçoit un coup violent sur la main. Des crachats nous sont envoyés et un ami en ayant reçus s’essuie sur l’un d’eux.

La situation est hors de contrôle, les coups pleuvent. En face de nous il y a maintenant une quinzaine de personnes. Les yeux remplis de haine, ils se mettent en garde et en ligne. Nous sommes acculés. Ils ont des drapeaux français posés sur des manches de pioche, des gants coqués et s’en servent allègrement. Un ami reçoit un coup à la tête, un deuxième aussi. Pour ma part je ne suis pas un bagarreur et je ne m’étais pas préparé à ce genre de situation. Je suis proche de mon groupe mais perdu dans cette violence. Je ne perds pas de vue ce qui se passe. A ce moment, je ne sais pas pour quelle raison, je me retourne et aperçois un homme, la trentaine avec lunettes et casquette, prendre tout son élan avec son drapeau enroulé autour de son manche dans l’intention claire de m’asséner un coup violent sur la tête. J’ai le réflexe de partir en arrière mais mon bras gauche est à la traîne. Je reçois un coup d’une extrême violence au dessus du poignet. Un U se dessine sur mon bras et une douleur vive se fait ressentir. Je me mets à l’écart et le temps de me retourner, c’est déjà terminé.

Nos assaillants se dirigent vers le devant du cortège et nous sommes sur le choc.
Les autres manifestants , à part deux ou trois, n’ont pas bronché. Accrochés à leur téléphone portable, ils filment dans l’espoir peut être d’avoir quelques likes sur leur réseau social.

Tout le monde est là. Personne n’est salement abîmé mais on lit la peur sur les visages. On ne peut pas rester là. On avance. On ne sait pas quoi faire mais on avance. On est maintenant à l’affût de tout et ce que l’on découvre est stupéfiant.

En dehors de ce groupe qui nous a attaqué, on dénombre plusieurs personnes faisant la vigi sur les latérales du cortège. Des personnes plus âgées donnent des ordres à d’autres. Il y en a partout. C’est évident que nous sommes leurs proies et ils s’organisent dans l’espoir certainement d’une deuxième confrontation. On ne peut pas attendre ce moment, il est temps de partir.

On arrive à s’exfiltrer et on reprend à vive allure la direction de nos véhicules.
Rendez vous est pris à quelques kilomètres, dans un bistrot, afin de revenir sur ce que l’on a vécu. Fort heureusement, celui ci nous accueille sans pass sanitaire et on peut enfin se poser. Retour à nos contrées. Chacun rentre chez soi. Je décide d’aller aux urgences car la douleur est trop vive. Deux heures s’écoulent et le diagnostic tombe. Fracture du cubitus, un plâtre et six semaines de congés forcés.

L’heure est au bilan.

Le choc est palpable et le traumatisme évident. Que s’est il passé , qui sont ces gens, quelles sont leurs motivations ? Beaucoup de questions et des débuts de réponses. Nous n’étions pas dans un cortège amical. Est ce que tous ces milliers de personnes défilaient contre le pass sanitaire et par extension à la dérive autoritaire de nos gouvernants ? Je ne suis pas sûr. Il y avait effectivement une grosse majorité de familles, soignants, pompiers avec des vraies revendications. Mais qui sont tous les autres ? Des identitaires, des nationalistes , des conservateurs, des intégristes catholiques et je ne sais quoi encore. La rue est à eux on dirait bien. Où était la gauche ? En vacances peut être. Même la police est aux abonnés absents. Et ça me coûte de dire ça.

Nous sommes plus nombreux que ces illuminés. Leur cerveau atrophié ne sert qu’à faire fonctionner leurs membres dans le but de se battre. Nous avons l’avantage de pouvoir nous organiser de manière intelligente et en nombre pour repousser ces gens afin que la rue soit un terrain d’expression libre et universelle.

Ne laissons pas ces gens aux idées arrêtées prendre le dessus. Reprenons nos vies en mains.

Notes

[1*Florian Philipot, chef des Patriotes, parti d’extrême droite qu’il a formé après avoir fais ses armes au front national. Maire de perpignan, il fait de la récupération politique en vue des élections de 2022.

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