Expression - Contre-culture Usine

[Genève] L’Usine sort les griffes

Ce dimanche vers 1h du matin, un millier de personnes se sont élancées dans les rues de Genève pour défendre l’Usine - centre culturel autogéré de la place - dont les subventions et autorisations sont menacées par Pierre Maudet. La manifestation était festive et elle a laissé des traces bigarées de son passage à travers le centre-ville. Quelques chansons, retranscription d’un tract distribué lors du cortège et récit d’un couche-tôt.

Genève |

Tract

L’Usine... c’est tout ?

Ce soir, nous sommes là pour soutenir l’Usine parce que nous pensons que les pressions qu’elle subit actuellement sont symptomatiques de la répression qui pèse sur l’entièreté de la culture alternative genevoise. Parce que sa programmation reste originale et diverse, parce qu’on y a vu nos premiers concerts, parce que, malgré tout, on a encore envie d’y croire.

Encore envie de croire que l’Usine est capable de subversion, capable d’être un lieu de résistance et de création plutôt qu’un énième bastion de la consommation culturelle.

Alors qu’actuellement l’Usine est la seule infrastructure à brasser plusieurs milliers de personnes chaque semaine au nom d’une culture dite “alternative”, elle ne cesse de se dépolitiser, tout y est toujours plus cher et les compromis déprimants avec les autorités se font plus courants que les victoires.

Aujourd’hui, bien que l’Usine ait une place importante dans le paysage culturel genevois, elle n’est plus représentative de la culture alternative et ne peut donc plus parler en son nom.

Et si nous nous réjouissons qu’elle sorte de son apathie, ne serait-ce que ponctuellement, il nous appartient de créer des espaces militants, inclusifs, hours de toute logique marchande et institutionnelle.

Ne nous contentons pas d’investir la rue une fois tous les cinq ans, investissons les locaux vides, des maisons, des terrains...

Soyons les programmateur.trice.s, les cuistot.e.s, les ingé.e.s son, les artistes, les technicien.ne.s, les balayeur.se.s et les barman.aid.s de nos propres espaces !

Récit

Je sirotais un Club Mate accoudé au bar du Théâtre de l’Usine entre un trench coat, une frange et des reeboks classics quand les agents d’accueil du lieu m’ont invité à me rendre sur la place des Volontaires. Face à mes molles protestations, ils m’ont expliqué que je pourrais soulager toute la frustration accumulée pendant la semaine lors d’un cortège nocturne en musique. Le but de cette déambulation était de montrer à Pierre Maudet, Conseiller d’État relou depuis sa plus tendre enfance, que l’Usine ne céderait pas face à son immonde chantage.

Piqué de curiosité et déjà fatigué à l’idée de devoir marcher jusqu’à la Buvette pour continuer ma soirée, j’ai rejoint une foule hétéroclite sur la Place des Volontaires et attendu que le cortège se meuve. Le départ dépendait du point final que devait mettre à son concert le chanteur de Lofofora. Voilà de quels détails peut dépendre une insurrection bien organisée.

Sous une vague de dubstep et une volée de feux d’artifice, la bande de joyeux drilles présents s’est élancé à l’assaut du ciel d’automne genevois - pas trop haut non plus et sans dépasser le camion en tête du cortège. Avec un acharnement systématique, la foule a dansé, crié par intermittence, pris des snapchats de la situation, lancé des pétards et autres feux d’artifice, tagué des appels à l’insurrection, des dictons de pochtrons et des blazes variés sur les murs sclérosés de cette vieille ville de merde.

Jamais une manifestation qui réclamait des subventions n’avait probablement été aussi offensive. Mais les appartements sans lumière et les rues vides de Genève le samedi soir, ternissaient un peu la joie que l’on avait pu brièvement ressentir, d’être là et de faire un peu n’importe quoi.

J’ai alors décidé de passer la deuxième troisième heure de ce dimanche dans mon lit et ai lâchement abandonné le cortège qui prenait la direction de la gare. Dans ma bouche trainait un goût de déjà-vu. La culture lutte, l’apathie aussi.

Notes

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