Féminismes - Genre - Sexualités Marche des Salopes

[Genève] Retour sur la marche des salopes

Oli oli ola, e la lega crescera
E noi altre feministe
Vogliamo la libertà

Genève |

Ta main sur mon cul, ma main dans ta gueule

Nous étions 500 à défiler samedi lors de la 4e Slutwalk, marche féministe contre la culture du viol. Le cortège était majoritairement composé des principales.aux concerné.e.s par les oppressions sexistes. Le fait qu’il faisait beau et que nous étions nombreuses.x a permis à une grande partie d’entre nous de défiler dans les tenues de leurs choix. La manifestation était colorée, pailletée, accompagnée de chants féministes et d’une sono.

Malheureusement, depuis la place de la Navigation à la Place de Neuve, nous avons marché dans les rues genevoises parmi les moins fréquentées le samedi après-midi. Sur le trottoir du quai du Mont-Blanc, sous le pont du Mont Blanc, le pont piéton des Bergues et dans les ruelles vides de la Vieille Ville.

Fortes et fières, et féministes et en colère

Nous sommes arrivé.e.s à la place de Neuve où se trouvait une scène sur laquelle ont eu lieu des témoignages de violences sexistes. Ce moment a permis de briser le tabou sur le viol à Genève et il en resorti un moment d’écoute, d’attention et de forte solidarité entre les personnes présentes. Ce moment émouvant dans l’espace public a pu rappeler les contextes divers dans lesquels s’expriment les oppressions ; la culture du viol est de l’ordre de la structure de notre société et ne dépend pas des différences d’origines sociales. Le constat est confirmé : nous devons nous unir et lutter ensemble face à ces atrocités présentées comme étant des cas isolés. Le fait que nous avons été 500 à manifester démontre que ces agressions ne dépendent pas de nos comportements individuels, mais d’une société patriarcale.

Les manif c’est pour faire chier et c’est tant mieux

Le parcours pourri a été imposé par les autorités genevoises afin d’invisibiliser les revendications féministes de cette manifestation. Nous sommes outrées qu’une fois de plus les luttes féministes soient reléguées au second plan. Des parcours pourris de manifestation autorisées on en a connu beaucoup, mais des autant pourris en termes de visibilité, non !

Pourtant, à Genève, il y a de nombreuses raisons pour qu’un discours féministe d’en bas soit visible et offensif. Dans le cadre de sa politique d’austérité, l’Etat de Genève vient de couper les budgets à des associations telles que Viol-Secours et des manchettes du type scandale « j’ai tué ma femme parce qu’elle m’énervait » banalisent quotidiennement les violences sexistes. De plus, dans une Genève où les termes de sécurité et de justice sont définis selon les critères de deux hommes blancs riches hétéros de droite, nous avons pu lire en février que les jugent frappent plus fort contre les viols en pleine rue que contre des abus sexuels familiaux ou quand des personnes se connaissent. Ceci parce que les viols en pleine rue ne toucheraient non seulement à la liberté sexuelle, mais aussi à la liberté de mouvoir. Cette nouvelle pratique de la loi s’inscrit parfaitement dans le discours du tout-sécuritaire du binome Maudet-Jornot, pour qui il ne s’agit pas de remettre en cause une structure sociétale basée sur l’oppression des uns sur les autres. La sérenité dans son domicile est-elle moins importante que la liberté de mouvement ? La justice a-t-elle le droit de juger qu’un viol commis par un proche puisse être moins grave qu’un viol commis par un inconnu ? Cet exemple se situe dans un discours vieux comme la société patriarcho-capitaliste qui met sur des plans inégaux la sphère publique et la sphère privée ; ceci permet d’utiliser des soi-disant arguments de la sorte « rendre l’espace public accessible pour des femmes » afin de justifier la mise en place de dispositifs sécuritaires tels que caméras de surveillance et prisons et n’agit en aucun cas sur les racines des agressions sexuelles.

Macho, facho, même combat

Ceci rejoint le propos de la banderole : « Décolonisons nos luttes : pas de féminisme à des fins racistes. #Cologne #Genève #Valais ». A Cologne, après les incidents de la nuit du 31 décembre 2015, parmis les premières mesures annoncées par le gouvernement allemand, il y avait la facilitation du renvois d’hommes provenant d’Etats « sûrs ». Il s’agit d’une instrumentalisation d’arguments féministes à l’usage de discours racistes. Cela a même déjà permis à Marine le Pen de citer Simone de Beauvoir. Ce que nous pouvons observer en ce moment à Genève comme en Valais, c’est que le débat sur la laïcité permet à tout le monde et n’importe qui de tenir des discours sur des choix des femmes de porter le voile ou de les interdire de certains espaces, professions ou activités si elles choisissent de le faire. Le Canton du Valais se voit également confronté à une très probable votation l’année prochaine sur l’interdiction du voile l’école. ». Il est évident que nos luttes féministes doivent prendre position contre ces réappropriations et déformations de nos propos légitimes par la droite et l’extrême droite et par une partie de la gauche institutionnelle.

Etat, école, police : témoins et complices

Dans un contexte genevois surpolicé, nous nous sommes réjouies de la quasi-absence des forces de l’ordre dans et à l’extérieur de la manifestation. Bien consciente que ce bas nombre s’explique par la naïveté de l’Etat patriarco-hégémonial croyant que 500 féministes n’ont pas de capacité d’actions menaçantes, nous n’avons pourtant pas oublié que l’événement amenant à la création de la Slut Walk fut la déclaration d’un flic a Toronto encourageant les femmes à ne pas s’habiller « comme des salopes » pour éviter de se faire violer.. Nous n’oublions pas que l’Etat policier marche main dans la main avec le patriarcat.

Les manifestations féministes sont nécessaires et doivent se reproduire plus souvent ! Diversifions nos discours ! Renforçons nos solidarités avec d’autres luttes ! Fuyons le parcours imposé par nos ennemis ! En se réapproriant nos corps, réapproprions nous la ville ! Ne les laissons pas invisibiliser nos revendications ! Soyons nombreuses.x, créative.f.s et déviant.e.s !

Des participant.e.s de la Slutwalk

Impressions de la manifestation

Si les femmes chantent fort, c’est qu’elles ont à dire :

"Foutez la paix à nos corps et à nos plaisirs !

La porte, je sais l’ouvrir seule

Tout aussi bien que ma gueule,

Aussi grand que ma gueule !

Aussi grand que ma gueule !"

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