Expression - Contre-culture Expulsion Pantographe

[Moutier] Le Pantographe - pétition & manifestation le 9 janvier à Moutier

Pourtant reconnu comme association d’utilité publique, le Pantographe (Moutier) a reçu un avis d’expulsion et pourrait donc être condamné à disparaître d’ici peu. Au fil de dix années d’existence, le collectif a créé un espace unique en son genre, consacré aux échanges culturels et sociaux.

Moutier |

Moutier est un bourg aux confins du Jura bernois. Située dans le Grand Val, encastrée entre deux gorges, cette petite ville a peu à offrir. Les paléontologues s’intéressent bien aux nombreuses empreintes de dinosaures que les regards aiguisés peuvent distinguer sur une paroi en contre-bas de l’arête du Raimeux. Avec un peu de bonne volonté, on peut aussi noter l’attrait du Musée du tour automatique, dédié aux tours à poupée mobile développés à Moutier, ces appareils qui jadis, conjointement avec l’industrie horlogère, ont contribué à l’essor économique de la région. Or, depuis les années 70, la mécanique de précision et le secteur de la machine-outil affichent un net recul. Désormais, malgré la beauté de quelques bâtisses du centre-ville, qui témoignent encore de l’époque florissante, une certaine décrépitude se lit sur les façades défraîchies et ajoute à l’impression de désolation.

Espace libre d’expérimentation

En suivant les traces du passé, à la sortie de la ville, on tombe sur l’Usine Junker. Manifestement, l’activité industrielle a cessé il y a bien longtemps dans cette vieille fabrique. Pourtant, sur l’une des tours qui encadrent l’entrée, un grand panneau frappé du mot “Pantographe” indique qu’un nouveau souffle anime les lieux.

En franchissant les portes toujours ouvertes, on découvre une multitude d’espaces aménagés. Près de l’entrée, un bar, un atelier, une bibliothèque et une médiathèque ; au sous-sol, des salles de répétition, une salle de jeu, un atelier de sculpture, une salle de concert ; au premier – où l’on accède par un escalier paré de fresques murales –, une cuisine collective, une brocante et deux salles de répétition ; enfin au deuxième étage, des dortoirs. Le tout mis à disposition du public à prix libre. Au cours de ses bientôt dix années d’existence, le collectif autogéré a restauré un nombre considérable d’infrastructures dans les 1500 mètres carrés de l’usine désaffectée ; il a effectué diverses rénovations et s’est occupé de l’entretien général.

Les résidences d’artiste constituent le cœur de l’activité du Pantographe. Quiconque couve un projet dans le domaine de la musique, du théâtre, du cirque, de la peinture ou autre, et souhaite le réaliser en s’y consacrant de manière intensive peut profiter de l’infrastructure, pour une durée minimum d’une semaine. Ondine Yaffi, qui compte parmi les trois coordinateurs permanents, précise : “Nous mettons à disposition des artistes un espace de création. Il y a une énorme demande et pratiquement aucun endroit de ce genre, accessible à tous, où il est possible de faire des résidences sans devoir d’abord passer un concours, remplir un dossier ou obtenir des promesses de subventions.” Avec son infrastructure hors normes, le Pantographe représente un espace de création et d’expérimentation unique non seulement pour la région, mais pour toute la Suisse. Comme le sait d’expérience celui qui ici tient la plume, l’atmosphère décontractée et inspirante du Panto permet de réaliser des projets qui, pour une fois, ne doivent pas répondre aux exigences du commerce culturel. “La valorisation du savoir-faire de chacun correspond à notre conception de l’autogestion”, ajoute Ondine Yaffi. “Nous souhaitons montrer qu’en s’appuyant sur les compétences et la diversité des gens, il est possible de faire beaucoup plus, même avec peu d’argent. Tous ici apportent ce qu’ils savent faire. Et celui qui fait, c’est aussi celui qui décide.

” Le Pantographe est né sur la base d’idées participatives, comme l’explique Gilles Strambini, l’un des fondateurs : “Nous voulions avant tout créer un lieu de rencontre, de partage et d’échange, un endroit où des gens de tous horizons, de tous âges et de tous milieux puissent se rencontrer.” Depuis, une quarantaine de résidences se déroulent chaque année, ponctuées de représentations publiques ; plus de 1200 artistes suisses et étrangers ont utilisé la structure pour leurs créations.

Expulsion infondée

Or, le Pantographe est condamné. Alors qu’il rassemblait des fonds pour acheter le bâtiment qui l’abrite, début octobre, l’entreprise Tornos SA, propriétaire des lieux, l’a subitement informé par oral qu’il était prié de débarrasser le plancher fin février. La stupéfaction était d’autant plus grande qu’en 2013 la précédente direction avait fait une promesse de vente orale au collectif. La nouvelle direction, à Moutier, ne veut plus en entendre parler et estime qu’elle n’a pas à s’expliquer sur les raisons qui la poussent à vouloir récupérer l’Usine Junker au détriment de ses occupants de longue date. “Nous leur avons posé la question. Leur seule réponse : Vous verrez bien.”, raconte Ondine Yaffi.

Difficile de deviner les motivations de la nouvelle direction de Tornos, qui exploite une halle de production juste à côté de l’Usine Junker, à faire disparaître un centre culturel au rayonnement international. Ondine spécule : “Selon eux, il n’est pas concevable que des clients américains ou chinois viennent en visite et qu’ils voient, juste à côté, un groupe de gens et quelques poulets en liberté dans le jardin”.

“Qu’adviendra-t-il de cette pépinière à idées ? La reprise de la production dans ce bâtiment de 150 ans d’âge classé au plus haut niveau de protection du patrimoine est totalement exclue. “L’extérieur et une grande partie de l’intérieur ne peuvent pas être démolis. Pour une utilisation autre que celle que l’on en fait – nous sommes plutôt commodes – il faudrait injecter au moins trois millions”, explique Gilles Strambini.

Certains parlent d’un foyer pour les ouvriers de Tornos, de salles de conférence pour la direction, voire d’un hôtel, mais personne n’affirme quoi que ce soit. Sur l’ordre d’évacuation, l’avenir tient en un seul mot, une formule magique libérale : restructuration. On ne voit pourtant pas pourquoi il serait plus rentable de rhabiller l’Usine Junker plutôt que de laisser les utilisateurs actuels s’en charger, eux qui, de manière générale, s’occupent déjà de l’entretien du bâtiment. La nervosité de Tornos et sa précipitation à vouloir récupérer les lieux s’expliquent en partie par la probable contamination du site. En effet, en tant qu’ancien exploitant et donc pollueur, l’entreprise a l’obligation légale d’assainir le terrain. Sur cette question aussi, elle reste hermétique et n’a pas remis au collectif les documents nécessaire à l’achat.

La culture – une affaire privée ?

Pour la petite ville de Moutier, Tornos SA est un géant. Active au niveau international, elle emploie plus de 300 personnes dans la région. Depuis des lustres, l’entreprise fabrique des tours automatiques à poupée mobile, dont certains modèles historiques sont présentés dans un musée, voisin direct du Panto. Depuis des années, elle fait face à des difficultés financières. Après des licenciements et une période pendant laquelle elle ne payait plus certaines heures supplémentaires, elle peine à sauver sa réputation. Pour préserver les places de travail restantes, la municipalité, ainsi que le maire Maxime Zuber, l’ont soutenue, également avec des deniers publics.

Par contre, lorsqu’il s’agit de la menace de fermeture qui pèse sur l’établissement non subventionné qu’est le Pantographe, le maire ne se mouille pas. Pour lui, il s’agit d’une affaire privée. Ondine et Gilles ne l’ont pratiquement jamais vu assister aux événements qu’ils accueillent. Selon eux, il n’a rien compris de l’importance et de la fonction du Pantographe. “Il a réussi à dire dans les médias qu’il y avait suffisamment de culture dans la région et que la disparition du Panto ne serait pas grave. Il nous associe aux lieux qui programment des spectacles. Or, nous n’achetons pas de représentations ; chez nous, elles se créent.”

Gilles estime qu’à Moutier les décideurs politiques sont frileux et n’assument pas leurs responsabilités. “La diversité culturelle est remise en cause démocratiquement. Il est décidé que ce qui n’entre pas dans la norme et semble marginal aux yeux de certains, n’a pas le droit d’exister et peut être éliminé. Avec leur logique économique libérale marginal, certaines personnes sont en mesure de faire disparaître des modes de vie et des manières de penser qu’ils jugent trop éloignés des leurs.”

Depuis plusieurs mois, il est prévu que le réseau du “fOrum culture”(ARS), qui a même été reconnue par le Grand Conseil bernois et pour laquelle des fonds ont été débloqués, installe son bureau au Pantographe. En cas d’expulsion, le fOrum devrait opter pour un autre lieu, qui ne serait évidemment pas au cœur du processus créatif.

Le Pantographe rassemble un vaste réseau qui expérimente non seulement à des formes artistiques mais aussi à des formes de convivialité et de coopération. Gilles souligne le large contexte : “Il y a contradiction : entre Tornos et le monde de la culture. C’est un conflit social : entre une nouvelle pensée, une nouvelle génération, que nous représentons peut-être, et l’ancien monde du progrès et de la croissance, qui court à sa perte. Nous défendons nos idéaux bien au-delà des murs du Panto.”

Le dinosaure qu’est Tornos piétinera-t-il effectivement le collectif pour affirmer sa suprématie dans la vallée ? Moutier souffre déjà d’étroitesse. Difficile d’imaginer à quel point la ville se trouverait étriquée si le Pantographe devait fermer ses portes, lui qui ouvre des accès sur de nouveaux mondes qui y sont créés.

Mais on n’en est pas encore là. Le 9 janvier, une manifestation et une fête contre l’expulsion seront organisées sur place. Une pétition circule et la programmation de résidences d’artistes se poursuit pour 2016. “Jusqu’en juin, notre calendrier est bien rempli. C’est notre manière de fonctionner. Nous avons déjà traversé plusieurs périodes de turbulences. Si nous avions toujours interrompu les activités, l’histoire du Panto se serait arrêtée il y a belle lurette."

Remise de la pétition

Vous êtes chaleureusement invités à venir braver la froidure avec nous pour la remise de la pétition aux autorités.
Le FOrum culture et Le Pantographe organisent pour l’ocassion une manifestation en ville (préparez vos pancartes et vos slogans !) qui sera suivie d’une soirée festive au Panto.

Programme
16h19 RDV à la gare de Moutier pour un vin chaud
16h53 Défilé en ville avec tambours et tsoin tsoin
17h24 Remise de la pétition aux autorités à l’hôtel de ville
18h31 Soupe populaire au Pantographe
20h05 Débat-conférence sur L’autogestion avec Aristides Pedrazza
22h12 Concert de Fox kijango et Zeppo
00h01Le SAS squatte le Panto

EN ATTENDANT : vous pouvez continuer de partager le mot et faire signer la pétition vos proches (et les autres) ainsi que les inviter à la manif, ou imprimer le PDF le remplir et le renvoyer par la poste au Pantographe. MERCI ! : http://pantographe.info/2015/11/12/petition-en-ligne-cliquez-ici-pour-signer-merci/

Manif RDV à la gare, concert au Panto
Rue industrielle 123
2740 Moutier

P.S.

+ d’infos sur http://pantographe.info/
Article original en allemand sur le site du journal zurichois Vorwärts, traduit ici pour vous par Chloé Meier, merci à elle.

Agenda

[Moutier] Le Pantographe - pétition & manifestation

 samedi 9 janvier 2016  16h19 - 23h59
 samedi 9 janvier 2016
16h19 - 23h59
 Pantographe,

 

Manif RDV à la gare, concert au Panto
Rue industrielle 123
2740 Moutier

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