Féminismes - Genre - Sexualités

[Genève] Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus

Le mardi 5 mai avait lieu au théatre du Léman à Genève une représentation du spectacle “Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus 2 : l’aventure continue”, adaptation de l’essai sexiste de l’Étasunien John Gray.

Genève |

Ça fait longtemps que nous nous trimballons dans la bataille contre ce texte bestseller - "Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus" -, essai écrit par John Gray, originalement paru en 1992, et qui depuis 2006 a été adapté en spectacle par le comédien Paul Dewandre. Cette œuvre, un guide pour des couples (hétéros, évidemment !) en difficulté, perpétue et accentue une vision du genre essentialiste, qui, par ailleurs, n’a pas été inventée par Gray mais fait partie du grand construit qu’est le système patriarcal raciste et capitaliste à l’occidentale. En se penchant sur les problèmes de couple, Gray analyse très finement comment hommes et femmes, les deux seuls genres existant sur cette immense planète bien sûr, sont « naturellement » et fondamentalement différents, et que la solution pour tout problème de couple est d’accepter ce très grand fossé entre les deux genres.

Alors, loin d’en avoir assez dit, mardi le 5 mai a eu lieu le spectacle : "Les hommes viennent de Mars, et les femmes de Vénus 2 : L’aventure continue" par Paul Dewandre. Ravi.e.s d’entendre que ce spectacle aurait lieu à Genève, nous, un groupe de 10 personnes, avons décidé de nous rendre à l’entrée du spectacle en diffusant un tracte (ci-dessous) et en dépliant une banderole « Mars et Vénus – Bonjour le sexisme ».

L’idée de cette action était d’expliquer, sans grand discours, aux spectateurices pourquoi la vision essentialiste du genre que Dewandre transmet dans son spectacle est sexiste en soi, et pourquoi il véhicule des idées discriminantes, reproduit des rapports de pouvoir et passe sous silence la violence de ces rapports. Nous souhaitions communiquer avec les spectacteurices et en effet, plusieurs d’entre nous avons pu avoir des conversations stimulantes sur les féminismes et ce spectacle.

Néanmoins, même si bien accueilli.e.s par les spectateurices, notre présence n’a pas plu au chef du théâtre qui n’a pas tardé à se fâcher tout rouge avec nous. Puisque nous ne sommes pas parti.e.s du lieu lors de son premier ordre, le directeur a appelé du personnel de sécurité pour nous faire partir de "son" espace privé, parce qu’attention "nous sommes dans un 5 étoiles, Madame !". C’est vrai que la réputation de ce cher hôtel était grandement mise à mal par notre action !

N’ayant pas envie de nous brouiller plus que nécessaire à ce moment, nous sommes parti.e.s et nous nous sommes placé.e.s sur le trottoir devant l’entrée générale du lieu. Mais cela n’a pas suffit au personnel de sécurité qui n’était vraiment pas du tout content : pour lui ce trottoir était aussi de la propriété privée... Comme nous n’avons pas obtempéré sur le champ aux invectives de ce petit chef surexcité, ce dernier a appelé la police. Au moment où trois voitures de police sont arrivées, nous avions distribué tous nos tracts et nous avons donc décidé de partir calmement. Alors, Monsieur le sécu, toujours plus piétinant de colère, voulait nous retenir, et criait : « Mais pourquoi vous partez ! Assumez maintenant ! ». Mais non, notre horde de féministes enragé.e.s bien décidé.e.s à émasculer toute présence masculine sur les lieux n’avait plus rien à faire ici.
Quelqu’un.e.s d’entre nous ont alors croisé quelques agents de police, un peu perplexes en arrivant sur les lieux, puis ils se sont dirigés vers Monsieur Sécurité pour "mettre au clair la situation".

Lorsque nous nous étions déjà éloigné.e.s d’environ 100 mètres, une dizaine de policiers nous a suivi en courant, a hurlé de nous arrêter et nous a encerclé.e.s en demandant à tout le monde de sortir sa carte d’identité. Nous sommes resté.e.s une quinzaine de minutes sans leur donner notre identité, jusqu’à ce qu’une personne décide de le faire. Entre temps nous avons eu droit à plusieurs remarques et petites blagues sexistes, sensées détendre l’atmosphère. Un des agents a également pris des photos. Malgré notre demande claire et insistante de connaître le numéro de matricule de tous les policiers présents, nous n’en avons reçu qu’un.

Voilà encore un bel exemple à Genève que la police est au service du pouvoir bien pensant hétérosexiste, blanc et bourgeois.

Tract distribué avant le spectacle :

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