Antifascisme - Antiracisme

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Racisme anti-Noir.e et déresponsabilisation – actualités romandes

Alors qu’il y a un mois, une boulangerie de Meyrin n’avait pas trouvé plus original que de proposer à ses client.e.s des gâteaux-hérissons aux lèvres rouges dignent d’une publicité “Y’a bon Banania”, des actions récentes montrent que la résistance est omniprésente. Indignations publiques, organisations d’ateliers critiques, projections de film et tenues de débats autour du racisme anti-Noir.e figurent parmi les initiatives proposées par des personnes afrodescendantes et leurs allié.e.s. Or, l’actualité de ces dernière semaines confirme qu’une partie de la population n’est toujours pas disposée à prendre ses responsabilités et à oeuvrer en vue d’une société basée sur le respect et l’intégrité humaine.

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Republication d’un texte écrit par le Collectif Afro Suisse

Il est en outre réjouissant de voir que des films comme “I Am Not Your Negro” rencontrent un intérêt remarqué auprès de l’audience suisse-romande aux côtés d’autres productions telles “Ouvrir la Voix”, “Hidden Figures” et encore “Moonlight”. D’autant plus que ces films ont en commun d’interroger et d’interpeller de manière critique les sociétés contemporaines et les façons dont elles (re)reproduisent des systèmes d’oppression multiples. On pourrait donc être amené.e.s. à espérer que des gens qui ont – rappelons-le quand-même – pris la peine de déplacer leur personne d’un point A à un point B, de faire la file parfois pendant des heures et de vider leur porte-monnaie, sortent de ce visionnement un chouilla plus informé.e.s. Or, le constat est que pour une part du public, ce genre de proposition artistique est consommé uniquement comme produit de divertissement “concernant les Etats-Unis et la France” seuls. Preuve en est une salle qui se vide de moitié suite à la projection de “I Am Not Your Negro” dans le cadre du FIFDH au moment où le modérateur annonce “qu’il s’agit à présent de parler de racisme anti-Noir.e à Genève”…

A vous, personnes en quête d’une âme militante le temps d’une séance et qui vous découvrez un esprit éveillé prêt à débattre de l’état du monde tout en restant à Genève, nous vous invitons à vous taire et à écouter. Il serait peut-être aussi temps d’interroger vos privilèges en Suisse et de penser à comment prendre vos responsabilités dans des réalités qui sont aussi les vôtres et sous votre nez. D’ailleurs, ne s’agit-il pas justement de la conclusion du film à retenir ?! Vous êtes les premier.e.s à vous ruer sur les productions qui mettent en scène les “Blacks militants” lorsqu’ils viennent des Etats-Unis, ou à vous laisser séduire par les théories postcoloniales, décoloniales et afroféministes. Vous trouvez la blackness cool, mais où étiez-vous le 19 novembre dernier lors de la manifestation contre les violences policières sur les Noir.e.s déroulée à Lausanne ?

Sur la question des responsabilités justement, une autre catégorie de la population – des étudiant-e-s de la HEC de Lausanne – s’offre un voyage “dans l’Afrique exotique” des Masaï le temps d’un bal de fin d’année. Décidément, c’est qu’il n’en faut pas beaucoup pour enjailler ces jeunes en mal de différence et en besoin de décompression…

A vous, étudiant.e.s qui vous réjouissez déjà de sortir les costumes et de vous faire des tresses, l’appropriation culturelle est à éviter surtout quand on a pour ambition de rejoindre l’élite économique. Vos études actuelles vous en demandent sûrement beaucoup et limitent le temps que vous avez à disposition pour vous renseigner sur ce type d’oppression. Pas grave, contentez-vous pour le moment de trouver d’autres manières de vous défouler. Et quand vous aurez le temps et l’argent, prenez-en un peu pour vous éduquer. Pi bon…sachez que les imitations vestimentaires, musicales, culinaires et autres ne sont justement que des imitations…jamais égalées. Et encore moins la solution à des mal-êtres identitaires.

Ce besoin “d’identités a contrario” est visiblement partagé par une poignée de rédacteurs réactionnaires d’extrême-droite. Ces dernières/ers semblent profondément heurté.e.s d’entendre certaines vérités articulées de manière brillante et reconnue par une femme qui sait de quoi elle parle. Bien que ce pays tente d’offrire à tou.te.s des chances égales à l’accès à l’éducation, il semble avoir failli pour ce qui concerne ce type de journalisme de bas niveau :

A vous qui vous revendiquez de la majorité radieuse, qui semblez être avides d’informations et qui avez du temps à tuer, nous vous invitons à rediriger cette énergie à des lectures instructives… et au silence. C’est pas mal des fois… surtout quand on n’a rien d’intelligent à raconter.

Comme souvent, ces actualités sont déjà rencontrées par des résistances et des condamnations portées par des personnes afrodescendantes en Suisse et leurs allié-e-s. Elles s’inscrivent et reproduisent elles-mêmes des schémas qui se répètent et ne sont pas nouveaux. Et c’est justement parce qu’il n’y a rien de nouveau et que cela fait au minium des décennies que des personnes concernées ont pris le temps d’étudier, de décortiquer, d’expliciter et de condamner les mécanismes du racisme anti-Noir.e que nous invitons toute personne qui ne comprendrait pas le fond de notre position à prendre ses responsabilités et à se référer à ces travaux. Il y en a pour tous les goûts, de la vidéo pédagogique à la monographie en passant par l’humour.

En gros, rien ne vous excuse de ne pas vous poser la question de ce qui ne va pas et de comment vous pouvez contribuer de façon constructive et critique à y remédier.

En vous souhaitant une bonne digestion et en vous priant de bien vouloir comprendre que nous ne sommes pas juste là pour vous servir du Mafé.

Le Collectif Afro-Swiss

P.S.

Texte publié le 18 avril sur le site du Collectif Afro-Suisse : https://collectifafroswiss.wordpress.com

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