Expulsion Manifestation Occupation - squat

Borde 47 : Pas d’expulsion sans solution !

Face à la menace de la ville de Lausanne d’expulser les 80 habitant·e·s de l’immeuble de la Borde 47, nous appelons à la manifestation le 24.02 à 15h à la place du 14-Juin.

Lausanne | Canton de Vaud |

Le 1er mars 2024, les 80 habitant·e·s de l’immeuble de la Borde 47 seront expulsé·e·s, parmi elles/eux une quinzaine de mineur·e·s. Ils/elles viendront rejoindre la population qui passe ses nuits dans la rue en ville de Lausanne. L’immeuble de la Borde 47, par le passé mis à disposition par la ville, est aujourd’hui squatté. En plein hiver, il répond à une demande d’hébergement que la politique menée par la municipalité ne permet pas d’honorer autrement. Si la constitution vaudoise, à l’article 33, reconnaît que “toute personne dans le besoin a droit à un logement d’urgence approprié et aux moyens indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine“, la politique concrète de la ville de Lausanne – le dispositif d’hébergement d’urgence (DHU) – échoue à assurer ce droit élémentaire en ne mettant à disposition que 148 places, alors que le nombre de personne sans-abri est estimé à 442. Le plan d’accueil d’urgence de la ville serait incapable d’accueillir les expulsé·e·s de la Borde.

Mme Moeschler – municipale en charge de la cohésion sociale – affirme vouloir par sa politique “stabiliser [le] dispositif et avancer sans à-coups pour répondre à une problématique complexe”. Difficile de prendre au sérieux les promesses d’une municipalité qui choisit, au milieu de l’hiver, d’organiser l’expulsion d’assez de sans-abri pour remplir la moitié d’un dispositif d’hébergement d’urgence au demeurant déjà saturé. Là où la ville s’enorgueillit d’une politique prétendument volontariste sur le sujet de l’accès au logement, elle prive, en fermant le site de la Borde, ces personnes d’accéder aux fameux moyens indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine, que la constitution vaudoise reconnaît comme un droit.

On ne saurait aborder la situation du sans-abrisme en ville de Lausanne sans en considérer les causes. Avec un prix au mètre carré qui a plus que doublé sur les 20 dernières années, une inflation galopante, et des hausses de salaires qui peinent à suivre : le poids du loyer dans le budget des foyers lausannois ne fait qu’augmenter. Les sans-abri – de l’aveu de Mme. Moeschler elle même – sont souvent “des personnes européennes qui viennent en Suisse pour travailler dans des secteurs où la main-d’œuvre manque et qui n’ont rien pour se loger le temps que les premières paies tombent”. Ce sont des travailleur·se·s, parfois sans-papier, dans les secteurs du nettoyage, de la construction, de l’agriculture. Ils/elles servent comme une variable d’ajustement à l’économie d’un pays qui ne pourrait fonctionner sans leur contribution, mais refuse de leur accorder les droits les plus élémentaires.

Nous refusons de considérer les habitant·e·s de la Borde 47 comme des miséreux·ses qui méritent de la pitié et à qui il faudrait accorder la charité. Ce sont des hommes et des femmes qui contribuent pleinement à la société et qui méritent d’être traité·es avec décence et dignité. En l’occurrence, les habitant·e·s de la Borde 47 sont pour la plupart des Roms. Une population vis-à-vis de laquelle s’exerce en Europe un racisme bien particulier. Les communautés Roms, Sinti, Manouches et Gitanes forment une minorité européenne d’environ 12 millions de personnes, dont l’histoire est marquée par des siècles de rejet, de discriminations et de violences partout à travers l’Europe – discrimination à son point culminant durant la Seconde Guerre mondiale, avec le génocide d’environ 75% de la population Rom, et Sinti en Allemagne nazie.

La Suisse n’est pas en reste quant au déploiement de politiques racistes à l’égard des populations Roms, avec notamment l’organisation de campagnes de stérilisation à but eugénistes pendant le 19e et le 20e siècle. Contrairement à ce que le cliché raciste suggère, les Roms de suisse qui habitent la Borde ne sont pas des nomades. Ils/elles aspirent à s’établir ici, certain·e·s résident et travaillent dans le canton de Vaud depuis plus de 10 ans ; les enfants de la Borde sont scolarisé.e.s et une expulsion aurait des conséquences graves sur la suite de leur parcours éducatif et social La Suisse, en tant que membre du conseil de l’Europe est par ailleurs tenue d’agir pour leur intégration dans le cadre du “Plan d’action stratégique sur l’intégration des Roms et des Gens du voyage (2020-2025)“.

Nous prenons donc la rue, avec le mot d’ordre : “Plus une expulsion sans relogement !”. Nous revendiquons l’abandon de l’expulsion au 1er mars 2024 de l’immeuble de la Borde, et la pérennisation d’un projet d’hébergement alternatif. Tous les les travaux récents menés sur la politique de lutte contre le sans-abrisme insistent sur la nécessité de proposer des solutions spécifiques aux différentes situations qui mènent au sans-abrisme. Dans le cas des populations Roms, nous attirons l’attention de la municipalité sur l’exemple du village de transition qui a remplacé le bidonville de Celleneuve, dans l’Hérault, qui fournit un exemple prometteur de modèle de réinsertion adapté aux populations Roms.

La manifestation aura lieu le 24.02 à 15h, départ de la place du 14-Juin. (Lausanne).

Les Jeunes POP Vaud

P.S.

L’article est une prise de position des Jeunes POP Vaud. Le POP, SolidaritéS, Contre-Attaque & Autonomie, le Sleep-in, le collectif 43m2, ainsi que Sud Etudiant·e·s et Précaires appellent également à manifester.

Agenda

MANIFESTATION : Borde 47-Pas d’expulsion sans solution !

 samedi 24 février 2024  15h00 - 18h00
 samedi 24 février 2024
15h00 - 18h00
 Lausanne,

 

place du 14-Juin.

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