Féminismes - Genre - Sexualités

Epectase #4

Epectase est née d’une envie de rassembler diverses approches, réflexions, visions autour de l’érotisme. Un érotisme sauvage qui ne se laisse pas enfermer dans des normes, des étiquettes ou des jugements moraux. Un érotisme qui cherche à s’émanciper des schémas oppressifs et des postures d’autorités.

Suisse |

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Dans ce numéro se trouve un interwiev de la revue Epectase par la revue Epectase. Nous le republions ci-dessous.

Interview de la revue Epectase

Salut, merci de participer à cet interview. Pour commencer est-ce que tu peux te présenter rapidement ?

Salut. Je souhaite garder un certain anonymat et je ne vais donc pas trop me décrire ici. Disons simplement que je ne m’identifie à aucune identité de genre et que je porte en mon cœur un ardent désir anarchiste de liberté et une hostilité profonde envers toutes formes d’autorités. Je conçois ma vie comme une aventure et je vis depuis longtemps une sexualité diverse et multiple, avec ses erreurs et ses beautés mais toujours accompagnée de réflexions et d’évolutions. C’est ça qui m’a donné envie de lancer ce projet.

Justement, peux-tu nous en dire plus. Comment la revue Epectase est née ?

A la base je voulais écrire et publier un recueil d’anecdotes et d’histoires érotiques vécues personnellement. Mais, après réflexion, je trouvais ça trop égocentré et j’ai décidé d’ouvrir le projet à mes ami*es et complices. Ça a donné le premier numéro d’Epectase. Par la suite, j’ai eu envie d’ouvrir encore plus le concept et c’est devenu un projet complètement participatif. La réflexion de base était qu’en dehors du porno mainstream et des romances d’hollywood, nous manquons cruellement de représentations autour de la sexualité, de l’érotisme et de la séduction. Il y a bien une émergence du porno féministe, mais qui recrée souvent une inaccessibilité et un effet de hype. En parallèle, j’ai rencontré plein de gens qui se réappropriaient ces thèmes et vivaient des trucs super intéressants. C’est pour cela que je voulais, via cette revue, mettre en place une plateforme, rendre visibles ces approches, expérimentations et réflexions en évitant une hiérarchisation.

Un érotisme sans étiquette ni posture d’autorité, c’est quoi ?

En grandissant, j’ai rapidement constaté que toute étiquette qui m’était apposée restreignait ma liberté aux travers des injonctions qui l’accompagnent. Cela est particulièrement vrai dans le domaine de la sexualité et du genre. Si je suis défini comme un homme je vais rencontrer de multiples attentes sociales de comment devrait être mon comportement, ma gestion des émotions, ma sexualité. Lorsque je couche avec une personne vue comme du même sexe que moi, je vais être défini comme homosexuel et à nouveau rencontrer des attentes et injonctions sur comment devrait être ma sexualité, mon comportement. Pareil si le sexe est étiquetté comme hétéro. Chaque étiquette amène ses normes auxquelles il faudrait se soumettre et chaque étiquette me dépossède donc d’une liberté de choix quand à ce que je suis et comment j’agis. Il s’agit là d’une violence, invisible mais violence néanmoins. Pour moi, sans étiquette signifie désapprendre mon éducation genrée et me réapproprier ma sexualité, mon corps, mes fantasmes, mon habillement mais aussi rompre avec des normes et des codes dominants, sans contribuer à recréer de nouvelles injonctions et normes. En montrant la multiplicité des trajectoires et des vécus érotiques, j’essaie de briser ces formes de hiérarchies. Après est-ce que ça marche… ça c’est une autre question (rire)

Un érotisme politique, est-ce que ça existe vraiment ?

Bien sûr. Lorsque le patriarcat influence nos fantasmes et pratiques sexuelles et que la pop-culture nous vend les relations amoureuses comme un modèle unique, c’est politique. Ce que je propose, c’est que notre érotisme se nourrisse également de nos luttes et de nos révoltes. L’érotisme n’est pas quelque chose d’universel (d’ailleurs rien n’est universel), mais se construit et se déconstruit au rythme de nos imaginaires, de nos expériences et de nos rencontres.

Pratiquement, comment se passe la création d’un numéro de Epectase ?

La revue parait tous les 6 mois. Une fois les contributions récoltées je m’attelle à la partie la plus marrante : la mise en page. Le travail d’édition et de diffusion est porté par un collectif un peu plus large, le « projet-evasions ». 400 exemplaires sont imprimés et diffusés dans le réseau de diffusion du projet-evasions. En même temps les revues peuvent être commandées à Prix libre sur notre site internet où se trouve également une liste des librairies, cafés et lieux culturels où les revues sont disponibles. L’impact digital est plutôt international, comme le reflète la diversité des personnes qui envoient des contributions. Pour ce qui est des versions papiers, elles sont pour l’instant majoritairement distribuées en Suisse et dans les pays voisins. Je cherche d’ailleurs activement des complices qui seraient intéressé*es à participer à la diffusion, que ça soit à l’échelle d’une ville ou d’une région en faisant rélai auprès des librairies et des personnes passant commande depuis ces mêmes régions. Avis aux personnes intéressées : evasions@riseup.net

Quelles difficultés sont apparues dans ce projet ?

Un enjeu sur lequel je travaille depuis le début du projet, est comment faire pour que tout type de corps et d’identités se sentent légitimes de prendre la place offerte par cette revue. Comment ne pas contribuer à renforcer des normes sociales à travers la sur-représentativité des corps correspondants aux normes de beauté ? C’est une question à laquelle je n’ai pas encore de réponse satisfaisante si ce n’est que je ne souhaite pas aller chercher des contributeurs et contributrices dans l’objectif de créer cette diversité de manière artificielle. Cela reviendrait à réduire des personnes au fait qu’elles ne correspondent pas aux normes en place, ce qui me paraît très problématique. Pas de réponse donc, mais tout de même la sensation que les participations se diversifient de plus en plus, ce qui est bon signe.

Une autre problématique concerne l’argent. Nos fonds sont, disons plutôt limités. Sans le soutien solidaire de l’imprimerie, le projet ne pourrait probablement pas continuer. Avis donc aux âmes généreuses : faites péter les tunes.

Autre chose ?

Un grand merci aux 40 personnes qui ont apportées leurs contributions à ces quatres numéros de Epectase et à toutes celles et ceux qui ont aidé aux traductions, à l’impression et à la diffusion.

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