Écologie - Antiindustriel

Se divertir contre - Scandales de l’industrie et pollutions (III)

En ces temps de pandémie, on est sommé.es de nous divertir pour passer le temps (et faire passer la pilule), et les listes des choses que l’on devrait faire sont innombrables. Mais quitte à être confiné.es autant que ce soit dans l’idée d’en savoir plus sur les réalités de ce monde, sur ce qu’il produit réellement, que l’on tente de nous cacher dans un premier temps, puis qui se noie dans la masse du divertissement produit. Et si l’on faisait des listes qui permettent de nous “divertir contre” ? Troisième partie de l’épisode I des scandales de l’industrie et de ses pollutions.

Se divertir contre - Episode I : Les scandales de l’industrie et de ses pollutions (III)

Le déconfinement serait en vue, et beaucoup de monde parle de “retour” à quelque chose (retour à la normale, la situation d’avant, à la stabilité...). Mais on ne revient jamais en arrière : les mort.es sont mort.es, la “crise” économique éclipse les maigres ou fausses préoccupations environnementales qui avaient réussi à se frayer un chemin jusqu’aux hautes sphères, et les frêles décisions - ou prétendues comme telles - de nos lâches Etats concernant l’écologie sont remises en question par les lobbys de l’industrie du plastique [1]. De l’autre côté la répression se dote de nouveaux moyens de contrôle, de surveillance et de suivi des populations, tandis que les multinationales du numérique se rendent indispensables, elles et leurs outils-mouchards qui font leurs fortunes [2]

Donc non, il n’y aura pas de retour en arrière, et c’est en partant de ce constat que l’on peut nourrir un rapport de force qui nous donne prise sur ce monde. Les espaces de luttes et de solidarités existent, il faut rentrer dedans et pousser les murs, faire tache d’huile, tout en continuant à se divertir contre, à nourrir nos imaginaires de carnavals de fous et de folles renversant les Puissants [3]. Le dernier article sur le sujet, avec toujours la même idée : faire une liste de films accessibles pour se divertir contre les scandales de la société industrielle.

Pour regarder ces films gratuitement, il y a plusieurs possibilités (mais protégez-vous avec un VPN si possible, gratuit avec riseup ou calyx)

  1. Streaming : https://hdss.to/ ; https://wvw.papystreaming.is ;
  2. Torrent : https://www2.yggtorrent.me ; https://www.rutracker.org ; https://cpasbien.tf/ ; https://www.limetorrents.info -# Stremio : interface très efficace et accessible. Il suffit de la télécharger et d’y ajouter, dans les options, les add-ons “Juan carlos 2”, “pirate bay addon”, “pop corn time” et “Rar”.

Les Bêtes du sud sauvage (2012)

Hushpuppy a six ans et vit dans une région marécageuse du sud de la Louisianne. Sa mère disparue, elle vit avec son père, de pêche et d’élevage, éloignée de tout ce qui compose l’urbanité. Alors qu’elle apprend à “l’école” les conséquences de la pollution industrielle et du changement climatique, une forte tempête inonde toute la région. La vie devient survie pour celleux qui refusent de quitter leurs lieux de vie. Huspuppy, tout en apprenant à se débrouiller face à son père dont la santé décline, se met en tête de retrouver sa mère tandis que d’immenses Aurochs la poursuivent comme autant de matérialisation du désastre climatique. Un très beau film vu à travers les yeux d’une enfant confrontée aux réalités matérielles et sociales des classes précaires et premières concernées par la monté des eaux et le dérèglement climatique.

La terre outragée (2012)

L’insouciance d’un printemps, Anya et Piotr s’aiment comme des enfants, et Valery plante un pommier avec son père. Mais on est le 26 avril 1986, à Pripiat, non loin de Tchernobyl. Dix ans après, la ville, spectrale, est devenue une attraction touristique macabre. Anya y est guide pour d’indécent.e.s curieux.se.s, Valery y attend encore son père. Chacun d’elleux coincé.es dans cet angle mort du temps, hanté.es par leurs fantômes. Ce film pudique raconte le désastre industriel à l’échelle intime. Il dépeint l’impossibilité de laisser derrière soi aussi bien les lieux auxquels on appartient, que le souvenir de celleux qui ne sont pas revenu.es.

Petit paysan (2017)

Pierre, célibataire trentenaire, a repris l’exploitation laitière familiale. Toute sa vie tourne autour de sa ferme, de sa trentaine de vaches laitières et, malgré lui, de ses parents qui habitent à côté. Mais son quotidien se voit bousculé le jour où une épidémie de fièvre hémorragique dorsale, FHD, se déclare en France, et que l’Etat décide d’abattre l’entièreté des troupeaux où un cas de contamination est avéré. Tout s’enchaîne lorsqu’il découvre que l’une de ses vaches est atteinte. Ne supportant pas l’idée de tout perdre, il se met en tête de la cacher aux autorités sanitaires, en espérant que le reste du troupeau ne soit pas contaminé. Mais on ne se protège que difficilement des épidémies et des directives de l’Etat. Un film en hommage à un monde agricole mis à mal d’un côté par les risques sanitaires et, de l’autre, par les normes sanitaires. Il se focalise cependant exclusivement sur l’attachement du paysan à son troupeau (sans trop aborder l’attachement du troupeau à son éleveur..), et à ce qu’il est prêt à faire pour tenter de le protéger. On peut regretter un angle aussi étroit qui, finalement, limite et réduit la critique à peu de choses alors que les cibles ne manquent pas.

Grand Central (2013)

Gary, un gentil gars, cumule les petits boulots. Un été, il trouve du travail dans une centrale nucléaire, sur les bergers du Rhône. Avec ses acolytes de fortune, il va découvrir le milieu du nucléaire et la peur de “la dose”. Mais les radiations qui le transfigureront le plus seront celles de Karole, la fiancée d’un collège, avec qui il vit une aventure dangereuse. Plus qu’une histoire d’amour interdite, certes magnifiquement filmée et d’une grande sensualité sous les rayons de la lune comme du soleil, ce qui frappe dans ce film c’est la plongée dans deux points aveugles de notre société : le milieu du nucléaire et le portait d’une classe populaire oubliée. Rebecca Zlotowski dépeint avec sensibilité, ces jeunes et moins jeunes, qui, la peur au ventre, hypothéquant leur santé pour un salaire de misère, descendent près des réacteurs, comme d’autres descendaient à la mine.

Night Moves (2013)

Dans le nord-ouest des Etats-Unis, Josh, militant écologiste et employé dans une coopérative agricole, s’associe à deux autres personnes pour exécuter un plan : remplir un bateau de plaisance d’explosifs artisanaux et détruire un barrage, émanation physique d’une modernité mortifère. Mais tout n’est pas maitrisable, et comment peut-on vraiment savoir ce qu’on est prêt.es à assumer ? Et que faire quand on commence à douter du bienfondé de ce qu’on a fait ? Un film assez lent, à l’ambiance lourde et plutôt stressante, qui nous immerge dans le déroulé de l’action et ses conséquences, et nous confronte à des questionnements éthiques et pratiques intéressants. Mais le propos du film est plus dérangeant qu’il n’y paraît si on creuse du côté de ses implicites, de ce qu’il véhicule à travers ses personnages et de leurs actes. Des ambiguïtés surement en partie dues au fait que, étonnamment, sa réalisatrice n’a soi-disant “pas de message politique à faire passer dans ses films”.

La Folie des Hommes (2002)

En 1959, la Société Adriatique D’Électricité (SADE), construit en Italie le plus grand barrage d’Europe. Sur une période de 4 ans, le film suit différents personnages touchés par ce chantier controversé. Le grand-père qui ne veut quitter le village de ses ancêtres, le géomètre qui commence à douter, l’ingénieur en chef qui s’obstine malgré les risques géologiques avérés, et la journaliste d’investigation, qui, seule, lutte afin d’en dénoncer les dangers pour la vallée. Tiré d’un fait réel qui causa 2200 morts, le film, malheureusement long, poussiéreux et manichéen, se limite à une chronique fort didactique, d’une catastrophe annoncée, où les millions investis priment sur la sécurité, les expertises sont faussées, les experts manipulés ou remplacés, le contrôleur payé par le contrôlé, les journalistes muselé.e.s, les constitutions corrompues, et où, à la fin les puissants s’en sortent et les autres meurent. Un exposé certes implacable, mais qui s’alourdit avec du grandiloquent et du pathos, manquant de finesse, de nuances.

Le Syndrome Chinois (1979)

Une équipe de télévision assiste, par hasard, à un accident à la centrale nucléaire de Ventana, à Los Angeles. Incident maitrisé, mais qui révèle au directeur technique les failles de sa centrale. Il faudrait faire des vérifications poussées. Or, pour les dirigeants et les investisseurs, il faut vite minimiser cet “incident” et redémarrer la centrale afin de ne pas perdre d’argent, quitte à fausser l’enquête de sécurité et empêcher les importuns de parler. Kimberler Wells, journaliste qu’on aimerait cantonner au divertissement, va tout faire pour prévenir la commission de contrôle et alerter l’opinion publique, envers et contre tous. Ce film, plus qu’une réelle critique sur le nucléaire, car il reste, en somme, opaque sur ses tenants et ses aboutissants, ses risques et conséquences concrètes ; questionne plutôt la transparence de ce genre d’industrie à logique capitaliste, où l’accès à l’information est contrôlé, manipulé, empêché par la force, et, où la loi du marché prime avant la sécurité alors que les coûts humains et environnementaux sont si élevés.

Rubrique “C’est arrivé demain”

Nausicaä de la vallée du vent (1984)

Il y a 1000 ans la terre fut anéantie par la pollution des civilisations industrielles. Une forêt toxique a recouvert presque toute la planète et menace les derniers survivants. Nausicäa vit dans la vallée du vent, en cohabitation avec la nature qu’elle apprivoise patiemment. Un jour elle doit faire face à l’arrivée d’envahisseurs qui s’apprêtent à détruire la forêt. Une fable poétique et écologique où, des images de villageois.es, confiné.es dans leurs cités, obligé.es de porter des masques au contact d’une nature qu’ils ont rendue toxique, ne peuvent que nous renvoyer à notre situation actuelle. Un film féministe où les princesses sont des aventurières qui ne restent pas en place. Un pamphlet anti-militariste, sans retenue, où l’on meurt, on tue et on saigne rouge. L’être humain sortira-t-il du cercle de destruction pour apprendre à vivre avec plutôt que contre ? À vivre tout contre ?

Silent Running (1975)

Nous sommes en 2001. La terre est devenue inhabitable suite à une guerre nucléaire et l’environnement est détruit. Dans une station spatiale, une équipe de chercheurs cultivent des plantes et des arbres sauvé.es de la catastrophe, avec l’espoir, pour Freeman Lowell, le botaniste de l’équipe, de les replanter sur Terre un jour. Mais au moment où on leur annonce que suite à des restrictions budgétaires les recherches sont abandonnées et que tout doit être détruit, Freeman s’y oppose, quitte à se mettre à dos tout le monde. Un film, certes lent et vieilli (et parfois absurde), mais un des premiers huis clos de l’espace après “2001, l’odyssée de l’espace”, et, surtout, un des premiers films de SF à parler d’écologie et de désastre industriel, une année avant Soleil Vert.

Rubrique “Ca existe mais vous êtes pas obligé.es”

The Informant !(2009)

En 1992, Mark Whitacre, cadre d’une puissante société d’agroalimentaire (ADM), décide soudainement de collaborer avec le FBI. Pendant plusieurs années il sera donc une taupe consciencieuse, afin de dévoiler une malhonnête entente sur les prix de la lysine (un des neufs acides aminés essentiels pour l’humain) entre les différents concurrents. Mais pourquoi un cadre supérieur décide-t-il de prendre un tel risque ? Par pur sens de la justice, ou pour des raisons plus intéressées ? Alors que cette histoire vraie révèle les dessous corrompus du secteur de l’agroalimentaire, Soderberg, fasciné par cette figure d’affabulateur, se perd dans un film à rebondissements, certes divertissant, mais réduisant ce scandale industriel à une simple toile de fond. Dommage.

Home (2008)

Une famille vit isolée, dans une campagne éloignée de tout, sauf d’un tronçon d’autoroute, situé à quelques mètres de leur maison et dont les travaux sont en suspend depuis de nombreuses années. Mais arrive le jour où est annoncée la reprise des travaux et l’ouverture de la quatre voies, avec ses milliers de véhicules par heure et ses pollutions (sonores, visuelles et toxiques). Chacun.e tente à sa manière de survivre, mais comment tenir sur la durée sans s’enfermer toujours plus ? Un conte plutôt qu’une histoire réaliste, qui relève rapidement du drame familial ennuyeux, reléguant ce qui faisait l’intérêt du scénario à une toile de fond qui en devient peu crédible, voire ridicule. Reste le “personnage” de l’autoroute, omniprésent et oppressant, nocif et toxique, dont le bruit nous suit en permanence.

Safe (1995)

Appartenant aux classes bourgeoises privilégiées, Carol White vit à Los Angeles et occupe son temps entre l’aménagement de la maison familiale et séance d’aérobique, pendant que son mari travaille. Dans un monde parfait de routine et de problèmes de riches, elle se retrouve, un jour, à mal supporter les gaz d’échappement du trafic routier. Faible et malade, elle croit devenir dépressive, mais fait rapidement le lien entre son état et les pollutions, les produits chimiques et les aliments toxiques qui composent son quotidien. Alors que son univers se fissure, elle décide de rencontrer d’autres personnes souffrant de ces troubles, et en vient à intégrer un centre un peu spécial, pour personnes chimio-sensibles. Un film plutôt lent et contemplatif, mettant en avant le côté anxiogène et toxique de la vie urbaine, et l’incapacité de la médecine à accepter ce qu’elle ne peut expliquer. Mais, alors que la première moitié du film vise, de manière plutôt inédite, la pollution subie au quotidien, la deuxième partie ressemble à un endoctrinement sectaire dans un camp new-age où les souffrances sont isolées, les colères désamorcées et les responsabilités individualisées. Le propos en devient flou, contradictoire, et désamorce tout, de manière ambigüe et problématique.

Okja (2017)

Sous des prétextes environnementalistes, la multinationale Mirando a développé des cochons géants génétiquement modifiés pour nourrir “écologiquement” la planète. Le projet nécessitant dix ans d’attente, le cochon Okja a grandi dans les montagnes de Corée du Sud aux côtés de Mija, une fillette qui s’en occupe depuis tout ce temps. Mais au moment du Grand Concours d’élevage qui clôt le projet, et doit mener les cochons à l’abattoir, Okja se retrouve au centre de toutes les attentions : Mija veut le ramener dans les montagnes, la société Mirando veut en faire l’évènement de l’année et le Front de Libération Animale veut, à cette occasion, infiltrer les laboratoires de la société pour en dénoncer les violences. Un film bon enfant, prévisible, stéréotypé et sans surprise, encensé par une partie du monde comme étant une satire anticapitaliste contre l’exploitation animale. Mais c’est une illusion facile et consommable qu’il faut comprendre et combattre malgré la bonne conscience qu’elle nous donne. Se prendre une leçon d’écologie par une des entreprises les plus polluantes [4] est une occasion de réfléchir un peu plus au Monde selon Netflix (producteur du film), qui s’impose toujours plus et qui aspire tout ce qui est potentiellement subversif, hors-norme, pour en faire une sitcom vendable, addictive, neutralisée... [5].

P.S.

Image de New Dehli (Inde), une des villes les plus touchées par la pollution de l’air, une des plus grands dangers des temps présents selon l’OMS : un fléau industriel qui tue des millions de personnes chaque année.

Notes

[5“la machine Netflix passe à la moulinette tout ce qui se présente sur son chemin, quitte à aseptiser sa propre négation (...) Autrement dit, Netflix tenterait de conserver l’illusion des grandes valeurs et des combats idéologiques qui nous poussent à nous indigner au creux de nos fauteuils, confortablement assis devant des spectacles sur lesquels nous pensons ne pas(plus) avoir d’emprise. Netflix travaille ainsi le caractère illusoire de la liberté, du libre arbitre et de la conscience tels que la société de masse l’a canalisé. Il perpétue l’illusion de nos existences coupées de modes d’existence réellement contestataires et libertaires. En se faisant l’avocat de la justice et de la liberté, en se montrant farouchement opposé au système, en s’affichant aux côtés de ceux qui luttent, Netflix entretient le caractère illusoire des modes de pensées dominants de la société de masse qui a depuis longtemps digéré ce qui lui faisait opposition. Les idéaux contestataires et libertaires ne sont plus seulement devenus une marchandise parmi d’autres, ils assurent le maintien du contrôle sur les pouvoirs de notre liberté.”, https://www.rayonvertcinema.org/documentaires-netflix-analyse/

DANS LA MÊME THÉMATIQUE

À L'ACTUALITÉ

Publiez !

Comment publier sur Renversé?

Renversé est ouvert à la publication. La proposition d'article se fait à travers l’interface privée du site. Si vous rencontrez le moindre problème ou que vous avez des questions, n’hésitez pas à nous le faire savoir
par e-mail: contact@renverse.co

Soutenir par un don