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Une mine d’or pour les anarchistes

Lors d‘une journée ensoleillée, avec toutefois pluie et orage, deux jeunes hommes du megafon se sont rendus au CIRA, afin de visiter l’espace et de rencontrer son équipe. À la fin de notre visite et de nos discussions, Marianne, Gap et le reste de l‘équipe nous incitent à encourager les gens de la Suisse allemande à se rendre au centre anarchiste. Mais aussi, « Avant une visite, recherchez-nous en ligne, et consultez le catalogue sur notre site internet ! » Être au CIRA, c‘est comme dans la vie : on ne sait pas forcément ce que l’on cherche, mais on sait que l’on trouvera beaucoup de choses sûrement très fascinantes.

Megafon  : Le CIRA possède une énorme archive, avec des livres, qui – pour certains – datent de 1850. Vous êtes très importants pour le mouvement anarchiste suisse et de ses environs.

Marianne  : Tout d’abord, il faut soulever un aspect important : le CIRA n’est pas une organisation anarchiste. Nous sommes avant tout une bibliothèque, une archive sur l‘anarchisme. On conserve aussi des document contre l’anarchisme ! Les gens qui travaillent ici ont bien sûr des sympathies pour cette philosophie, mais le CIRA est ouvert à tout le monde. Et surtout pour les personnes qui font de la recherche sur l‘anarchisme.

Qui vous rend visite ?
Marianne : Bien sûr, beaucoup des personnes sympathiques. Il y a souvent des étudiant.e.s, quelque fois leurs professeur.e.s ou des classes complètes, qui nous rendent visite. Il y a également beaucoup de personnes qui viennent pour une recherche bien précise – notamment aussi venant de l’étranger.
Gap : Nous recevons aussi la visite de copains et copines, de curieuses.eux qui passent pour découvrir le CIRA, parfois de journalistes. Et régulièrement des personnes plus jeunes, qui
ont entendu parler de l’anarchisme et aimeraient savoir ce que c’est.
Marianne : Les journalistes nous demandent souvent : « L’anarchisme, c’est quoi ? L’auditrice.eur ne sait rien ! » C’est drôle, ils nous posent cette question depuis 25 ans, en pensant que leurs auditrices.eurs n’ont aucune idée de ce qu’est l’anarchisme !

Pourquoi vous conservez toutes ces affiches, ces livres, etc. ?
Marianne : Un des buts de notre centre, c’est de conserver toutes les publications qui concernent l’anarchisme, sans aucune censure. C’est pourquoi on a aussi des choses très stupides ou très mauvaises ici... (tout le monde rigole). Mais bien sûr, cela provoque parfois
des discussions, pour déterminer si les choses que l’on reçoit rentrent encore dans la catégorie
de l’anarchisme – ou si elles traitent d’un autre thème.
Gap : On a parfois des situations où on nous a dit : « C’est quoi cette merde ? ». Mais notre
principe est la suivante : si l’auteur.e se considère comme anarchiste ou y fait explicitement
référence, on va garder son ouvrage, même si on n‘est pas forcément d‘accord avec
ses positions. Notre lectrice est assez grande pour juger par elle-même. Après, c‘est vrai
que si on reçoit des livres anarcho-capitalistes, on va peut-être mettre un peu plus de temps à les cataloguer... (il sourit)

Comment se remplissent vos archives ? Achetez-vous les livres ?
Marianne : On n’achète pas de livres – nous recevons des cadeaux. Ce sont des affiches, des journaux, des livres, des bulletins, etc. Si les choses ont un rapport direct avec l’anarchisme, on va le prendre. On fait aussi des exceptions parfois, par exemple tout le monde aime beaucoup les écrits de George Orwell, donc on garde ses livres.

Comment êtes-vous organisé.e.s ? Quel sont vos tâches au quotidien ?
Gap : Tout le monde travaille bénévolement, mis à part nos deux civilistes. Nous sommes une dizaine de personnes qui s’organisent sur une base horizontale. On se voit tout.e.s une fois par mois pour une réunion d‘équipe. Le CIRA est ouvert, de mardi à vendredi, les après-midi. Une fois par mois, nous organisons une discussion ouverte au public concernant un texte, une brochure ou autre, qu’on a diffusé et lu au préalable. Sinon, on s’occupe de collectionner, matériel qu’on reçoit.

Je pense que nous vivons tou.te.s dans notre carré. Alors moi je n’ai pas un aperçu, vers quoi le mouvement anarchiste suisse et international tend. Est ce-que vous remarquez une certaine
tendance ou une certaine direction à travers les livres et journaux selon la période à laquelle vous les recevez ?

Gap : On n’a pas un aperçu exact, non. Bien sûr, l‘arrivée des outils informatiques a rendu plus facile la publication de journaux et de livres par des petites structures, mais ce changement date d‘il y a quelques années déjà. Il est difficile de dire précisément quels sont les thèmes les plus discutés, d’autant plus que souvent des sujets différents sont abordés dans une même publication.
Marianne : Moi je note que les insurrectionnalistes publient beaucoup plus qu’avant ; ils
publient énormément…
Gap : …mais la moitié est écrite par Bonanno !(rigolent)
Marianne : On traite moins de l’antimilitarisme et du pacifisme : on voit les ouvrages qui en parlent diminuer un peu aujourd’hui. D’autre part, les sujets comme l’intersectionalité et l’antispécisme sont devenus plus importants. Nous n‘avons pas de chiffres précis, mais nous pourrions une fois essayer de faire une recherche là-dessus ! Par ailleurs, il n’est pas toujours écrit explicitement dans un ouvrage qu’il a été rédigé par un.e anarchiste, même si c‘est le cas, par exemple dans des publications qui traitent des personnes sans-papier.

Comment évolue le nombre de demandes que vous recevez ? A-t-il augmenté en raison de votre présence en ligne ?
Gap : Oui, maintenant chaque titre d’ouvrage peut apparaître individuellement sur les moteur de recherches. Cela donne pas mal de visibilité en ligne à notre bibliothèque, et peut amener des gens à se rendre au CIRA pour emprunter ou consulter des documents.
Marianne : Malheureusement, notre présence sur internet a aussi eu un effet négatif. On reçoit des demandes, par exemple de Paris, pour pouvoir imprimer quelques pages d’un livre et l’envoyer par la poste, parce que – nous a-t-on dit – la personne était trop paresseuse pour se déplacer à la bibliothèque nationale de Paris.

Vous dites que vous êtes principalement une bibliothèque. Avez-vous quand-même eu des problèmes avec l’Etat et la répression ?
Marianne : A l’époque de « Fischen-Fritz », surtout dans les années 70, on a eu une fiche énorme. On a eu des visites de la police, qui ont pris des photos de nos réunions. Ils étaient habillés avec des « Trench-Coats », très classique et facile à reconnaître. Une fois, ma mère a ouvert la porte, vu un homme habillé ainsi, et lui a directement demandé : « Vous êtes flic ? » Il a répondu : « Non, mais je suis employé du département militaire fédéral » (Marianne imite un accent suisse-allemand, probablement bernois). Il était assez sympathique ! (tout le monde rit)
Gap : Notre ancien site internet, hébergé par anaracha-bolo.ch, était bloqué dans les écoles à Genève – où on était considéré comme une « page extrémiste ».

Comment êtes-vous reliés avec le mouvement ici à Lausanne ?
Marianne : Depuis quinze ans, on a eu beaucoup de contact avec les squats. Ils étaient
vraiment un soutien essentiel pour nous : ils nous aidaient avec l’archivage, le jardin,
la construction « de choses acrobatiques » dans le jardin. On a notamment fait beaucoup
de projets avec un squat qui s’appelait « la Laiterie » , pas loin d‘ici, qui malheureusement
n’existe plus. Avec l’Espace Autogéré, on a aussi organisé des pièces de théâtre, des soirées-cinéma, etc. Bon, on ne peut pas dire que le CIRA serait loin dans les nuages (tout le monde rit). Beaucoup de gens réalisent que c’est aussi grâce au soutien des squats que le CIRA perdure.

Auriez-vous une recommandation de lecture à nous proposer ?
Gap : J‘aime beaucoup Panaït Istrati, un auteur roumain qui a écrit en français dans les années 1920, après une carrière de vagabondage et de métiers variés. Il était révolutionnaire, d‘abord proche des communiste, puis tout-à-fait anti-stalinien après un voyage en Russie. Très beaux textes à lire.
Marianne : Je conseillerais plusieurs personnages complètement différents : Premièrement,
Fritz Brupbacher, il était « 60 Jahre lang Ketzer », avait été exclu du PS puis du Parti communiste suisse. B. Traven, bien sûr. Et aussi Jens Björneboe, un écrivain norvégien, qui a écrit des livres plus sombres, assez nihilistes, mais que je trouve tout-à-fait passionnant.

Note : Alfredo Bonanno, *1937, insurrectionalist italien. Il propage la révolte armée individuelle ou dans des groupes d‘affi nité. Bonanno était quelques années au prison, par exemple a cause des hold-ups.

P.-S.

www.cira.ch ; www.megafon.ch
Das Interview auf Deutsch : www.barrikade.info.
Cet interview était publié dans le megafon actuel (Mai 2018).
Vous trouvez aussi une traduction en allemand. Regarde pour ca www.barrikade.info.

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