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Une vie digne pour les MNA

Compte rendu de la manifestation de ce vendredi 23. Nous étions 450 dans les rues de Genève à manifester pour exiger non pas la Lune mais une vie digne pour les mineur.e.s non accompagné.e.s censé.e.s être protégé.e.s par le Canton de Genève.

La manifestation est partie de la place des 22 cantons où le discours ci-dessous a été lu et traduit du français à l’arabe. Puis la manifestation s’est poursuivie dans les rues basses et s’est arrêtée devant l’Hôtel de Ville où des parties des témoignages (ici) ont été lus. La manifestation s’est terminée par les discours de deux soutiens à la lutte soit l’association Super Licorne et SolidaritéS.

Le Discours !

Ce lundi 26 août 2019, vos enfants, vous, vos frères et sœurs, cousins et cousines, feront leur rentrée scolaire, pendant ce temps, les Mineurs Non-Accompagnés (MNA), eux, n’auront à nouveau pas de rentrée scolaire. On se souvient du triste suicide d’Ali Reza au foyer de l’Étoile tant décrié, qui a mis en lumière la situation alarmante de ces jeunes mineur.e.s non accompagné.e.s, requérant.e.s d’asile ou non.

Qui sont ces MNA ?
Il s’agit de jeunes, principalement originaires du Maghreb, qui quittent leurs familles (pour ceux qui en ont encore une), qui laissent tout derrière eux dans l’espoir d’une vie digne, et ce, au péril de leur vie. Illes embarquent sur des petits bateaux et traversent cette frontière meurtrière, la Méditerranée. Pour celles et ceux que l’Europe ne tue pas en mer, c’est petit à petit qu’elle les laisse mourir sur les territoires de « l’espace Schengen », dont la Suisse fait partie.

La Suisse excelle dans ses politiques racistes d’exclusions et de répression. Les mots d’ordre de la politique suisse de « prise en charge » de ces jeunes sont : isolement, précarité, répression et enfermement. Dans ce cadre, le Service de Protection des Mineur.e.s (SPMi) semble remplir sa fonction à merveille.

Alors qu’en 2018, la Conseillère d’État en charge du DIP, Madame Anne Emery-Torracinta, rend la formation obligatoire jusqu’à 18 ans pour tou.te.s les mineur.e.s sur le territoire genevois, les MNA s’en verront toutefois exclus. La Suisse est également signataire de la Convention des Droits de l’Enfant, dont l’article 28, assure l’accès à l’enseignement pour toute personne mineure. Toutefois, aux yeux des autorités compétentes, il semblerait que ces mineurs ne soient pas des sujets de droit. Au lieu de ça, le SPMI les force à aller tous les jours à Paidos – sous peine de perdre leur prise en charge – structure dans laquelle ils sont astreints à des activités très éloignées de leurs besoins réels, et qui les empêchent entre autres de suivre des cours de français dans des structures adaptées.

Les MNA sont logés dans le meilleur des cas dans des hôtels dont les tenancier.e.s ne sont premièrement pas formé.e.s pour s’occuper de jeunes, mais qui de surcroît ont des comportements et des paroles racistes. « Tu sens le mouton » ou « Tu vas retourner dans ton pays ». Voilà deux exemples parmi tant d’autres de la violence qui est exercée quotidiennement sur les jeunes dans ces établissements inadéquats dans lesquels ils sont, en toute connaissance de cause, placés par l’État. D’autres sont logés dans des foyers pour majeur.e.s, et ce sans aucun encadrement socio-éducatif. Tous ont été forcés à dormir dans la rue pendant des jours, des semaines, voire des mois. Le SPMI, comme seule réponse, leur a donné un sac de couchage en leur souhaitant cyniquement : Bonne chance dans la rue. C’est une honte !

Mais en prime, ces jeunes sont également la cible de la police raciste du canton de Genève. Ils subissent des contrôles quasi quotidiens, des gardes à vue pour le simple fait de ne pas avoir les bons papiers, alors qu’ils sont reconnus par les autorités, ils sont parfois même mis en détention à l’établissement pénitencier de la Clairière pour « séjour illégal ». Cette répression disproportionnée est inacceptable.

Accès à la santé limité, pas d’aide financière, pas de possibilité de manger 3x par jour, pas d’abonnement TPG, pas d’habits, bref... la liste de la honte est longue.

Ainsi, en répondant par la négligence organisée sans trouver de solutions réelles, le responsable légal de ces jeunes, à savoir l’état, se dérobe, temporise jusqu’à ce que ces jeunes atteignent leur majorité, âge auquel l’État pourra légalement et sans scrupules, les abandonner et les incarcérer jusqu’au vol spécial. Comme le rappelle la Ligue Suisse des droits humains dans une lettre au Conseil d’État adressée il y a quelque jour, la Conférence des directeurs et directrices cantonaux des affaires sociales ,il est inscrit que « Les prestations prévues par les politiques de l’enfance et de la jeunesse doivent bénéficier aux enfants et aux jeunes jusqu’à 25 ans. »

À ces violences, les personnes en charge des départements compétents ajoutent la violence des mots. Leurs réponses dans la presse sont odieuses. Poggia se défend en brandissant trois arguments tristement connus : ces jeunes seraient des menteurs et ils seraient majeurs ; l’argument de la soi-disant personnalité criminelle de certains jeunes qui, si cela devait s’avérer être vrai, n’est strictement pas pertinent au regard de l’obligation qu’à l’État de prendre en charge dignement ces jeunes sur tous les aspects évoqués auparavant ; et finalement, il évoque l’argument classique de l’appel d’air, qui est la version fallacieuse de « nous devons mener des politiques de dissuasion pour que ces jeunes quittent le territoire et que d’autres ne viennent pas. » Les autorités décident d’oublier que la raison de leur présence ici ne dépend pas des conditions d’accueil, mais bien des conditions de vie qui les ont poussés au départ. Mais bon, au vu de la situation intolérable dans laquelle Genève laisse ces jeunes, on peut comprendre que Poggia n’ait rien d’autre à rétorquer de mieux.

Quant à Torracinta, elle exprimait par voie de presse que Berne devait prendre ses responsabilités sur la question. Et bien nous ne lui donnons pas tort, pourtant nombre des problématiques évoquées avant, si ce n’est toutes, relèvent de la compétence du canton et c’est à elle de prendre ces responsabilités. À nouveau, on nous sort un beau discours bien huilé pour justifier l’injustifiable. Cette dernière essaye de refourguer la responsabilité à d’autres. Torracinta mentionnait aussi que seules les personnes dans le système de l’asile pourraient avoir accès à la formation... On en parle de nos camarades de classe sans statut légal avec qui nous avons pour beaucoup fait toutes nos années d’école... Ne pas offrir un accueil digne à ces jeunes est déjà une violence inouïe en soi, ne rendez pas leur situation encore plus insoutenable.

Pour une rentrée scolaire sans frontières !
Pour une vie digne !

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