Luttes indépendantistes Zapatiste

Intergalactique zapatiste 1

Les zapatistes n’ont eu de cesse de chercher à étendre leur lutte au-delà des frontières régionales ou nationales. Contre la tyrannie néolibérale, iels appellent à construire « un monde où il y ait place pour de nombreux mondes"

Depuis leur soulèvement le 1er janvier 1994, les zapatistes n’ont eu de cesse de chercher à étendre leur lutte au-delà des frontières régionales ou nationales. Contre la tyrannie néolibérale, les zapatistes appellent à construire « un monde où il y ait place pour de nombreux mondes ». En deux volets, nous vous proposons deux extraits de textes fondamentaux du mouvement zapatiste et deux lettres de soutien à des luttes se déroulant sur le continent européen (Zad de NDDL/ manifestations en France contre les violences policières) parce que le vent de la solidarité internationale souffle aussi des Suds vers les Nords.

Extraits de :

PREMIÈRECLARATION DE "LA REALIDAD" CONTRE LEOLIBÉRALISME ET POUR L’HUMANITÉ

samedi 6 janvier 1996

Aux peuples du monde.

Frères,

Ces dernières années, le pouvoir de l’argent a présenté sous un nouveau masque son visage criminel. Par-dessus les frontières, sans distinction de race ou de couleur, le pouvoir de l’argent humilie les dignités, insulte les honnêtetés et assassine les espérances. Rebaptisé "néolibéralisme", le crime historique de la concentration de privilèges, de richesses et d’impunités, démocratise la misère et le désespoir.

Une nouvelle guerre mondiale se livre, mais contre l’humanité tout entière à présent. Comme dans toutes les guerres mondiales, ce qui est recherché, c’est un nouveau partage du monde. [...]

Le nouveau partage du monde exclut les "minorités". Indigènes, jeunes, femmes, homosexuels, lesbiennes, gens de couleur, immigrés, ouvriers, paysans ; les majorités qui forment les sous-sols du monde, le pouvoir ne les voit que comme des minorités superflues. Le nouveau partage du monde exclut les majorités. [...]

Contre l’internationale de la terreur que représente le néolibéralisme, nous devons élever l’internationale de l’espoir. L’unité, par-dessus les frontières, les langues, les couleurs, les cultures, les sexes, les stratégies, et les pensées, de tous ceux qui préfèrent l’humanité vivante.

L’internationale de l’espoir. Pas la bureaucratie de l’espoir, pas l’image renversée et, par là même, semblable à ce qui nous anéantit. Pas le pouvoir sous un signe ou un habillage nouveau. Mais un souffle le souffle de la dignité. Une fleur, la fleur de l’espoir. Un chant, le chant de la vie.

La dignité est cette patrie sans nationalité, cet arc-en-ciel qui est aussi un pont, ce murmure du cœur quel que soit le sang qui le vit, cette irrévérence rebelle qui se moque des frontières, des douanes et des guerres.

L’espoir est cette insubordination qui rejette le conformisme et la défaite. La vie, voilà ce qu’ils nous doivent : le droit de gouverner et de nous gouverner, de penser et d’agir avec une liberté qui ne s’exerce pas sur l’esclavage des autres, le droit de donner et de recevoir ce qui est juste. [...]

Il n’est pas nécessaire de conquérir le monde. Il suffit de le refaire. Nous. Aujourd’hui.
Démocratie ! Liberté ! Justice !

source : http://cspcl.ouvaton.org/article.php3?id_article=12

Du Mexique, lettre de soutien à la lutte de Notre Dame des Landes :

Mardi 30 octobre 2012
Aux gens de Notre-Dame-des-Landes et de la France en résistance
[...]
Aux luttes contre les mégaprojets et pour la défense de la Terre de toutes les parties du monde
Ici, au Mexique, c’est rage et indignation que nous ressentons après avoir été informés de l’expulsion et de la destruction de maisons, de forêts et de terres de culture par la police française à Notre-Dame des Landes, depuis le 16 octobre dernier. Une zone agricole est menacée par le gouvernement socialiste français et son premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui veut imposer sur ces champs de l’ouest de la France un nouvel aéroport de taille internationale, et ce malgré l’opposition des paysans et des paysannes, des jeunes et d’une bonne partie de la population. Nous savons que ce chantier est complètement inutile vu qu’il y a déjà beaucoup d’aéroports en France, et nous sommes au courant du réchauffement climatique global provoqué par la multiplication des avions que seuls les riches peuvent se payer. Nous savons aussi, car ils voulaient l’imposer aux villages d’Atenco dans l’État de Mexico, que la construction d’un aéroport entraîne à elle seule la convoitise pour les terres, l’urbanisation accélérée et l’implantation d’industries dans des zones encore rurales, où l’environnement a été préservé. Ce que ces projets amènent, c’est la division et le contrôle social de la population, et encore une fois ce sont les paysans qui se retrouvent spoliés par des constructions imposées de force et uniquement destinées aux gens de la ville ayant beaucoup d’argent.

Malgré l’énorme distance qui nous sépare, nous voulons vous dire que nos luttes sont semblables : votre lutte est un miroir de la situation de pillage que nous vivons sur nos terres. Il est important pour nous de nous informer de ce qui arrive en Europe, parce que ce sont des modèles qu’on veut nous imposer ici aussi et que nous non plus, nous ne voulons pas perdre nos terres, nos territoires et nos modes de vie.

Nous voulons vous dire également qu’au Mexique, nous luttons aussi contre le pillage des terres, comme c’est le cas des communautés de Tila et de Bachajon au Chiapas, où les terres sont menacées d’être spoliées pour des projets touristiques, ou bien encore dans l’Isthme de Tehuantepec, où les terres sont enlevées aux villages indigènes ikoots et binniza, et où sont imposées des centaines et des milliers d’éoliennes produisant de l’énergie pour les multinationales et où, tout comme à Notre-Dame des Landes, la police est envoyée pour surveiller les chantiers ; ou encore à Huexca, dans l’État de Morelos, où des CRS ont été envoyés il y a quelques jours pour imposer un gazoduc et une usine thermo-électrique d’une entreprise espagnole, et cela malgré les risques liés à la proximité du volcan Popocatépetl ; comme à Atenco, où le projet d’aéroport est toujours d’actualité ; comme ce qu’il se passe contre les communautés zapatistes au Chiapas, que le gouvernement veut déposséder des terres récupérées grâce au soulèvement de 1994 ; comme, enfin, dans des dizaines et des centaines d’autres villages et de communautés partout au Mexique, où ils nous dépossèdent de la terre et nous imposent des projets de mort, mines à ciel ouvert, barrages hydroélectriques, autoroutes, “villes rurales”, et tant d’autres projets de “développement” qui cherchent à en finir avec nos communautés et nos terres collectives. [...]

Partout dans le monde, chaque jour nous voyons plus clairement jusqu’à quel point peuvent en arriver ceux d’en haut afin de mettre en place des politiques qui piétinent les peuples au bénéfice du pouvoir économique. Ils sont capables d’inventer une guerre d’extermination contre tous ceux qui s’opposent comme nous à leurs plans de mort. Mais chaque fois qu’ils nous frappent, nous sommes encore plus conscients du système destructeur auquel ils veulent nous soumettre.

Compagnons et compagnes, nous ne fraternisons pas seulement dans la lutte contre la répression : nous voyons aussi que nous partageons la même conscience que notre planète n’appartient pas aux hommes politiques et aux riches qui sont leurs collègues, mais bien aux peuples et aux êtres vivants qui l’habitent. Nous partageons aussi la pleine conscience du fait que nous luttons partout contre ces gouvernements qui se disent démocratiques mais qui nous imposent ces projets, nous divisent et nous détruisent pour satisfaire la dictature de l’argent.

C’est pour cela que nous voulons vous donner du courage dans votre lutte, dans cette étape difficile où ils saccagent vos maisons et vos terres. Nous voulons vous dire que bien que nous ne soyons pas près de vous, vous n’êtes pas seuls et seules. Nous sommes très nombreux à lutter jour après jour contre ces projets de mort pour défendre nos terres, nos territoires et nos façons d’être, c’est-à-dire pour défendre la vie. Nous sommes très nombreux à lutter contre les entreprises transnationales et les gouvernements corrompus. Ce qu’il nous manque seulement, c’est de nous rencontrer, nous écouter et mieux nous solidariser dans la lutte. C’est le moment de réfléchir et de nous organiser face à la soumission à laquelle ils nous condamnent. C’est le moment de nous retrouver sur cette planète qui se rebelle. [...]

P.S.

Sources ici

Une délégation zapatiste va venir en Europe cet été. Plus d’infos ici

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