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Les procès du rap français 2/3

Ce mois de juin 2021, renversé s’intéresse au Hip-hop, un mouvement populaire dans tous les sens du terme. Pour la deuxième partie de notre dossier sur les procès emblématiques du Rap français nous parlerons des années 2000.

Ce mois de juin 2021, renversé s’intéresse au Hip-hop. Ce mouvement culturel - populaire dans tous les sens du terme - traverse les époques puisqu’il est bientôt quinquagénaire. Qu’il reste underground, en marge à l’ombre du show-business ou qu’il trouve sa place jusqu’aux Victoires de la musique, le rap s’est imposé, sans rémission, telle une cerise sur le ghetto au panthéon des musiques les plus écoutées dans le monde. De mémoire, le hip-hop a toujours été indissociable de la contestation sociale. En effet, qui peut prétendre faire du rap sans prendre position ? Si ce n’est pas toujours aussi évident aujourd’hui, c’est du moins ce dont on va parler ici. Le rap qui lutte, qui a la rage, qui fuck les cops et qui met du coeur à l’outrage.

A cette occasion voici la deuxième partie d’un petit dossier sur les procès emblématiques du Rap français, vous pouvez lire la première partie ici

Aah le début des années 2000, alors que les américains larguent des bombes en Afghanistan et bientôt en Irak... Pendant que les radios diffusent Daddy DJ ou Manhattan Kaboul, en France un sale type fait son apparition sur le devant de la scène. Nicolas Sarkozy, qui était bien ministre de l’intérieur avant d’être délinquant se lance dans un acharnement judiciaire contre plusieurs groupes de rap.

La Rumeur

En 2002, la rumeur sort son premier album, “l’ombre sur la mesure”, un album intelligent et riche de contenu qui ne peut être considéré autrement qu’un classique du rap français. Pour accompagner sa sortie, le groupe publie "La Rumeur Magazine no 1". C’est cette démarche que sera attaquée par le ministère de l’intérieur, dirigé par Nicolas Sarkozy, qui porte plainte contre le groupe pour « diffamation publique envers la Police nationale » à propos de l’article “Insécurité sous la plume d’un barbare”, écrit par Hamé, notamment pour cette phrase.

Les rapports du ministère de l’intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété.

En 2004, Hamé est relaxé une première fois mais le ministère de l’intérieur et le procureur font appel en 2005. En 2006 il est à nouveau relaxé mais l’accusation se pourvoit en cassation et obtient l’annulation de la relaxe. En 2008 la cour d’appel relaxe encore une fois Hamé. Le ministère public se pourvoit une ultime fois en cassation, mais la cour rejette le pourvoi mettant fin à un marathon judiciaire de 8 ans.

Rappelons qu’entre temps un soulèvement d’une ampleur inédite à secoué la France, les émeutes de 2005 qui faisaient suite à l’assassinat de Zyed et Bouna par la police. Puis en 2007, des émeutes ont lieu à Villier-le bel suite au parchocage [1] meurtrier de Laramy et Moushin par une voiture de police. Nous n’avons évidemment pas besoin de l’avis de juges pour valider la justesse du propos de Hamé. D’année en année la liste des morts s’allonge en France comme en Suisse. Et franchement on ne voit pas très bien pourquoi on resterait calme.

La Rumeur - P.o.r.c

Sniper

En 2003, le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy porte plainte contre Sniper pour des texte soit disant “racistes et antisémites”. Le groupe vient de sortir son deuxième album, gravé dans la roche qui marquera à vie le rap français comme un tag à l’acide. Devant le succès retentissant du groupe, le bloc identitaire s’agite pour mettre la pression aux mairies des villes où ont lieu les concerts. S’ensuit une lettre d’un syndicat de policier qui demande au ministère de l’intérieur de porter plainte contre Sniper pour leurs propos sur les forces de l’ordre. C’est ainsi que le petit Nicolas porte plainte et met en cause deux morceaux, la France et jeteur de pierre et traite le groupe de « voyous qui déshonorent la France ». Sniper sera relaxé en 2005 mais des groupuscules d’extrême droite obtiendront l’annulation de certains concerts. En France, la liberté d’expression n’est pas la même pour tout le monde.

La France

Au moment de la plainte, le morceau, un classique de rap révolutionnaire des années 2000 est déjà sorti depuis deux ans sur l’album du rire aux larmes. Et en analysant le texte, on se dit qu’il n’est pas si étonnant que les ministres et les fachos n’aient pas apprécié le fait qu’on ait "Pour mission exterminer les ministres et les fachos". Tout comme il n’est pas étonnant que les racistes n’aient pas apprécié qu’on veuille voir "bientôt à l’Élysée des Arabes et des Noirs au pouvoir". Le morceau parle aussi de solidarité et d’aspiration à être considéré "en tant que citoyen et non en tant que chien". Mais le ministère de l’intérieur avait déjà choisi sa stratégie envers les jeunes des quartiers populaires : la tolérance zéro. Ce qui lui vaudra un petit retour de flamme en 2005.

Sniper - La France

Jeteur de pierre

Comme il est dit dans le texte, “contredis les sionistes et tu passes pour un antisémite en deux s’condes”. Il n’y a pas d’ambiguïté dans ce morceau, le propos est mesuré et précis. Il énumère des faits et parle du désespoir des Palestiniens. L’objectif de l’attaque en justice de ce morceau vise, d’un côté renforcer l’amalgame entre antisionisme et antisémitisme afin d’affaiblir l’opposition au colonialisme israélien, de l’autre salir l’image d’un groupe qui rencontre un succès monstrueux auprès des jeunes avec des paroles contestataires.

Sniper - Jeteur de pierres

L’histoire racontée par le groupe :

Sniper - La France, itinéraire d'une polémique (Clip Officiel)

P.S.

Retrouve le premier procès du rap français ici !

Notes

[1la technique du « parchocage » consiste à percuter volontairement un véhicule pour arrêter ses occupants

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