Anticapitalisme - Lutte des classes

Sur le désespoir avec “Le choc de la victoire” de David Graeber

Ce mois-ci, renversé invite le groupe Lecture & Formation, qui est une composante du centre de luttes autonomes Le Silure, à Genève. Il se réunit une semaine sur deux, depuis une année environ, pour partager des lectures et des tentatives d’écritures. En ce moment, le groupe se concentre sur le thème des obstacles à un projet politique hégémonique et sur la question de la pertinence d’un tel projet.

USA |

“There are ways to tell a story which are more inspiring than others.”

Le penseur anarchiste David Graeber nous a inspiré dans la mesure où il propose des lectures du monde qui (re)donnent de l’espoir et des outils permettant de recadrer un phénomène pour le penser autrement. La capacité de percevoir et appréhender autrement n’est pas un simple jeu d’esprit mais va main dans la main avec nos actions pour transformer des situations, des relations et in fine le monde. Après L’espoir en commun, voici une traduction inédite du texte The Shock of Victory paru en 2007.

Le choc de la victoire questionne : ne saurions-nous pas reconnaître nos victoires ? Ce texte permet de réfléchir aux victoires et aux échecs de nos luttes et souligne l’intérêt de déceler des victoires intermédiaires. Graeber propose de distinguer, dans nos luttes, des objectifs à court, moyen & long terme. Les objectifs à court-terme sont presque toujours perdus, les flics de tout poil sont partout et le pouvoir ne peut pas se permettre de perdre ces batailles-là. L’objectif à long-terme est très simple et unique : abattre l’État et détruire le capitalisme. Ça a le mérite de rappeler que c’est bien ce qu’on vise. C’est donc toujours au moyen-terme qu’on trouve les victoires, mais ce moyen-terme a des contours flous et dynamiques, qui gagnerait à être défini, comme un outil à entraîner.

Le choc de la victoire

Ne pas savoir se saisir de nos victoires est le principal problème auquel se confrontent les mouvements d’action directe.

Cela peut sembler étrange à dire car aujourd’hui, beaucoup d’entre nous ne se sentent pas particulièrement victorieux·ses. La plupart des anarchistes constatent que le mouvement pour la justice mondiale ne fut qu’un soubresaut : inspirant certes, tant qu’il durait, mais dont l’issue n’aura pas été un mouvement capable de s’ancrer au niveau organisationnel, ou de faire bouger les lignes du pouvoir mondial. Le mouvement pacifiste amena encore plus de frustration, du fait de la marginalisation tant des anarchistes que des tactiques anarchistes. Bien sûr, la guerre s’achèvera un jour, parce que les guerres s’achèvent toujours. Et personne n’a le sentiment d’y avoir beaucoup contribué.
Je souhaite proposer une autre interprétation. Permettez-moi d’exposer ici trois propositions initiales :

1. Aussi étrange que cela puisse paraitre, les classes dirigeantes nous craignent. Elles sont hantées par la possibilité que des américain·e·s lambda aient vent de leurs agissements, et ainsi de finir pendues haut et court. Même si cela parait peu plausible, il est difficile de proposer une autre explication à la réaction de panique qui les gagnent à chaque fois que les signaux d’une mobilisation massive, et particulièrement d’action directe de masse, voient le jour, et à la façon dont elles détournent généralement l’attention en déclenchant une guerre ou une autre.

2. D’une certaine manière, cette réaction de panique est justifiée. L’action directe de masse – surtout lorsqu’elle est organisée de façon démocratique – est incroyablement efficace. Ces trente dernières années, aux États-Unis, on dénombre seulement deux exemples d’action de masse de ce type : le mouvement anti-nucléaire de la fin des années 1970, et le mouvement altermondialiste des années 1999-2001. Dans les deux cas, les objectifs politiques premiers furent atteints bien plus rapidement que ce que les protagonistes auraient pu imaginer.

3. Se faire surprendre par la rapidité à laquelle advient le succès initial est le véritable problème auquel ce type de mouvements se heurte. Nous ne sommes jamais prêts pour la victoire. Elle nous plonge dans la confusion. On se met à s’embrouiller les un·e·s avec les autres. La montée de la répression et l’attrait du nationalisme, qui accompagnent inévitablement chaque nouveau cycle de mobilisations pacifistes, jouent en la faveur des autoritaristes sur l’ensemble de l’échiquier politique. Il en résulte généralement qu’au moment où l’impact de notre victoire initiale devient évident, nous sommes trop occupé·e·s par notre propre échec pour même le remarquer. Lire la suite du texte

P.S.

Notes

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