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200 tentes à Plainpalais contre la fermeture des abris d’urgence

Ce matin, en signe de protestation, plus de 200 tentes ont été montées sur la plaine de Plainpalais par les associations en charge de l’accueil d’urgence à Genève. Elles réclament notamment un minimum de 400 places d’hébergements d’urgence en surface ouvert à l’année.

Lundi, fermait officiellement et dans l’indifférence générale deux abris d’urgence pour les personnes sans domicile. En cause, la fin de la saison hivernale, un agenda imposé par la ville. Alors que les nuits printanières restent encore glaciales, c’est environ 150 places d’accueil qui ont été supprimées. Durant la nuit de lundi à mardi déjà, on pouvait voir les répercussions directes sur les structures ouvertes à l’année comme l’Accueil de nuit de l’Armée du Salut du chemin Galif. En effet, 30 personnes se sont vues refuser une place d’hébérgement.

Les organisateur.ice.s de l’action ont déployé plus de 200 tentes sur la plaine de Plainpalais pour dénoncer "une situation intolérable" et revendiquer le "droit à un toit". Sur les tentes, on pouvait lire quelques slogans tel que "Précarité cachée", "Genève terre d’accueil... Mon oeil !" ou encore "À Genève, il n’y a pas que les morts qu’on enterre !". Un.e des particpant.e.s a par ailleurs souligné le paradoxe que repésente ces tentes. En effet, elles peuvent permettre à une personne sans-abri de dormir dans des conditions moins extrêmes, mais le risque encouru est une amende pouvant aller jusqu’à 1000.- CHF et des jours amendes si cette dernière n’est pas réglée.

Dans le communiqué distribué sur place, les associations alarment les autorités et pointent du doigt une politique déconnectée de la réalité dont iels sont les témoins sur le terrain. "La précarité ne s‘estompe pas avec l’arrivée du printemps. La seule réponse apportée ne saurait donc se limiter à des dortoirs sous terre durant une période donnée. Un abri digne comme levier de toute forme d’insertion est une nécessité...".

A Genève, aucune perspective durable n’est proposée aux personnes qui ont besoin d’un toit. Le seul lieu d’accueil en surface ouvert à l’année ne dispose que d’une quarantaine de places d’hébergement. Pour pallier le danger que l’hiver représente, la ville n’a réussi à proposer qu’une solution "provisoire", 200 places supplémentaires dans des bunkers, et ce depuis 17 ans ! A quel moment arrête-t-on d’utiliser le terme "provisoire" ? Les abris PC de Richemont et Vollandes ne sont pas des lieux de vie dignes. Souvenons-nous de cette lutte menée entre 2015 et 2016 par le collectif No Bunkers [1] qui avait permis la fermeture de plusieurs bunkers. Alors que les voies s’élèvent à nouveau pour dénoncer cet acharnement à proposer des solutions intolérables, le canton s’évertue avec malhonnêteté à offrir des hébergements indignes menant ainsi une politique qui maintient délibérément les personnes dans une précarité extrême. Les signataires de l’appel dénoncent par ailleurs le manque d’engagement des communes et plaident "pour un décloisonnement des politiques entre le Canton et les Communes, et pour un partenariat renforcé entre les acteurs publics et associatifs.".

Leurs revendications détaillées dans l’appel que nous reproduisons ci-après sont claires : 400 places d’hébergements d’urgence en surface ouvert à l’année.

Genève, le 2 avril 2019

A Genève, les sans-abris n’ont toujours pas de perspective durable pour se sentir en sécurité la nuit. Les associations signataires dénoncent une situation intolérable qui se réitère chaque année, et ce malgré les interpellations régulières à nos élus depuis dix ans déjà (voir encadré). A chaque fin d’hiver, les deux abris de protection civile que la Ville de Genève met à disposition des sans-abris ferment. Une telle situation ne peut perdurer encore dans notre canton. Les associations sont unanimes : à l’instar de Lausanne, il faut trouver des solutions viables en remplaçant les abris de protection civile au profit d’alternatives pérennes et en surface.

Les abris PC, une solution provisoire... depuis 17 ans

La précarité ne s‘estompe pas avec l’arrivée du printemps. La seule réponse apportée ne saurait donc se limiter a‘ des dortoirs sous terre durant une période donnée. Un abri digne comme levier de toute forme d’insertion est une nécessité, afin de permettre a‘ chacun-e de ne pas augmenter son seuil de vulnérabilité. Les multiples tensions vécues, chaque année, dans les abris de protection civile sont le symptôme d’une violence vécue au quotidien par des personnes sans perspectives d’avenir qui subissent une extrême précarité matérielle.

Pour la deuxième année consécutive, l’abri PC de Richemont « la succursale des HUG » reste ouvert pendant la période estivale. Certaines personnes y sont hébergées depuis une année et demie, alors que ces espaces sont prévus en cas de guerre ou de catastrophes naturelles. La situation socio- sanitaire de ces personnes nécessite qu’une réponse adaptée et digne soit proposée.
Les associations soussignées plaident pour privilégier un accès à un logement pour tou-te-s avec comme objectif de mettre en place ce que certains pays envisagent à présent, « le logement d’abord ». Une stratégie crédible doit être établie pour répondre a‘ cette situation invivable. Une telle problématique ne eut plus être portée uniquement par la Ville de Genève. L’ensemble des Communes et le Canton doivent impérativement prendre leurs resonsabilités. Le soutien aux plus précaires passe par l’aide à la survie. Sans espoir de Iogement pérenne il n’y pas de travail possible. Les deux sont intimement liés. A ce titre, pour que se développe une véritable politique publique du logement pour tou—te-s à Genève, les associations plaident pour un décloisonnement des politiques entre le Canton et les Communes, et pour un partenariat renforcé entre les acteurs publics et associatifs.

Impacts physiques et psychiques

Les personnes sans-abri souffrent de multiples problématiques. Parmi les plus vulnérables à Genève, on compte notamment des familles avec enfants, des mineurs non-accompagnés, des personnes en souffrance physique et/ou psychique, des personnes âgées, etc. Certaines d’entre elles sont hébergées depuis une année et demie a‘ l’abri PC de Richemont. Elles auraient besoin de soins et de lieux de vie adapte’s à leurs différentes problématiques. Certaines personnes devraient avoir accès à des établissements médico-sociaux tant leur situation est grave, afin de vivre dignement ou finir leur vie paisiblement. Cela n’est pas le cas aujourd’hui. Il est inacceptable de confiner autant de personnes dans cet état dans les conditions actuelles.
Alors qu’il est très probable que l’hébergement des familles se fasse sous terre dès le 1er mai prochain plusieurs études démontrent que la vie en abri de protection civile est anxiogène et insoutenable. Améliorer les conditions de vie des personnes sans-abri est essentiellement un devoir moral et un enjeu majeur pour la cohésion sociale et la réputation de Genève.

En résumé

Les associations soussignées en appellent à une politique publique cohérente et à long terme dont la réflexion a déjà été initiée dans le sillage du « Rapport pauvreté » genevois (2016) et doit être fondée sur une vision systémique. Outre le développement du logement social, il est nécessaire :
>De mieux prévenir le risque de perte de logement pour les personnes en situation de précarité >D’aménager des solutions adaptées aux besoins des personnes les plus vulnérables
>D’offrir aux plus précaires des perspectives viables leur permettant de s’affranchir du stress vécu dans les situations d’urgence sociale.

Le droit à un toit est fondamental. La sécurité minimale qu’il offre permet aux personnes vulnérables de se mobiliser pour d’autres préoccupations que celle de trouver un endroit ou‘ dormir au quotidien.

Par conséquent, les associations signataires, de par leur expertise des problématiques liées à la précarité, réclament un minimum de 400 [2] places d’hébergements d’urgence en surface ouvert à l’année. Pour compléter ce dispositif, une Halte de Nuit devrait être créée sans délai.

Chacun-e a le droit à un toit :

En 2013 déjà, le collectif de la Genève Escamotée présentait un constat de la politique d’hébergement d’urgence et du logement social, afin de proposer des solutions concrètes pensées dans une perspective systémique et transversale :

>Des hébergements d’urgence à l’année pour toutes et tous dans des conditions dignes et avec des accès facilités ;
>Des dispositifs-passerelles pour permettre a‘ toute personne en difficulté de sortir des lieux d’hébergement d’urgence le plus rapidement possible ;
>Une extension de l’offre de logement pour toutes et tous, avec des soutiens pour les personnes les plus démunies, en facilitant la mise à disposition de surfaces constructibles en vue de projets immobiliers à buts non spéculatifs (coopératives d’habitation, associations et fondations) ;
>Des mesures innovantesfllpour éviter que des locataires en difficulté économique ne perdent leur logement et se retrouvent à la rue.

« Le droit au logement est garanti. Toute personne dans le besoin a le droit d’être logée de manière appropriée. » Article 38 de la Constitution de la République et canton de Genève.

Associations signataires :
Armée du Salut, Bateau Genève, Caritas, Centre de la Roseraie, Centre social protestant, Espace Solidaire Pâquis, Le CARE, Première Ligne.

Notes

[2Durant le premier trimestre 2018, lors des grands froids 400 personnes ont été dénombrées dans divers lieux d’hébergements de fortune.

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