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[France] Nouvel arsenal de la BAC et expulsion de la jungle de Calais

Le recours systématique à la menace terroriste, point Godwin de la politique du 21ème siècle, permet de faire passer tout et n’importe quoi. C’est donc ce 29 février que le ministre de l’intérieur a procédé au vernissage du nouvel arsenal de la BAC. Aux tasers, flashballs et autres armes de poing s’ajoutent donc aujourd’hui des fusils d’assaut...

Politique Mitrailleuse

204 fusil d’assaut HK G 36, réservés jusqu’à présent aux forces d’intervention d’élite, 1 474 casques et visières balistiques, 1 835 gilets pare-balle porte plaque et 241 boucliers balistiques souples, tous deux résistant aux Kalachnikov, 116 pistolets à impulsion électrique (Taser), 134 lanceurs de balle de défense, 981 bâtons télescopique de défense, 25.200 munitions de défense courte portée.(1)

Conférence de Presse de Bernard Cazeneuve ce 29 Février..

Surfant sur une vague qui n’en finit pas de déferler, le ministre de l’intérieur prononçait ce 29 février cette phrase lors d’une intervention devant les policiers de la BAC parisienne :

« Aux exigences habituelles de votre cœur de métier – la lutte contre le crime organisé et contre la délinquance – s’ajoute désormais, avec une intensité inédite, la réponse exceptionnelle que nous opposons à la menace terroriste, qui est, je le rappelle, plus élevée qu’elle ne l’a jamais été. »(2)

Des unités de police et gendarmerie sensées s’occuper de la menace terroriste existent pourtant déjà sous les sigles RAID, GIGN, GIPN. La BAC elle, et particulièrement depuis la suppression de la police de proximité en 2003, a pour terrain de jeu les cités et banlieues où elle est sensée s’occuper de petite et moyenne délinquance. Mais pour le ministre : « Face à la délinquance et à la criminalité, il n’y a pas, vous le savez mieux que quiconque, de petites interventions. »

La menace terroriste, à nouveau prise comme prétexte pour criminaliser toute délinquance en l’assimilant à des formes de terrorisme, justifie de fournir des armes lourdes à des policiers patrouillant en civil dans les banlieues et ce afin que : « les délinquants et les criminels qui s’en prennent à nos valeurs et à notre pacte social soient tout simplement mis hors d’état de nuire. »

Face à ces menaces, Bernard glorifie ses molosses en les élevant au rang de représentants de l’état de Droit, de garants « de la force du droit » comme un aveu de la caducité prochaine du judiciaire sous un régime d’urgence permanent, dans lequel l’exécutif et sa milice ont tous pouvoirs et toute légitimité.

Exit les déterminismes sociaux de la criminalité ou la possibilité d’une dissidence justifiable. En ces périodes de crise, tout ce qui s’opposerait encore au rouleau compresseur étatique, dealers de banlieue, éco-terroristes ou coupable de migration, se mettra en joue de la foudre légitime des Heckler & Koch G36…

Politique Bulldozer

Dans le grand pot pourri de la militarisation de la politique dont transpire le discours de Bernard, on trouve aussi en haut rang « la lutte contre l’immigration irrégulière et contre les filières criminelles de passeurs, ces acteurs de la traite des êtres humains, qui en tirent profit. »

La crise politique que vit le néocolonialisme connaît d’étranges résurgences odieusement signifiantes. Alors que la police française s’arme de fusils d’assaut ayant servis dans les guerres d’Irak et d’Afghanistan, le petit bout de tiers monde qu’est la jungle de Calais est violemment expulsé par des centaines de CRS.

Partie Sud de la jungle de Calais le 1er Mars 2016

Bernard annonçait pourtant la semaine dernière :

« Contrairement a ce qui a été dit au cours des derniers jours, et je le redis solennellement, parce-qu’en ces matières la vérité compte, il n’a jamais été question, pour le gouvernement, de procéder à l’évacuation brutale, de la zone sud de Calais, par la mobilisation de bulldozers, en décimant les migrants partout sur le territoire du nord de notre pays »(3)

Ou le ministre qui pense enseigner « à la langue française » aux migrant.e.s mineur.e.s », confond les verbes décimer et disséminer, ou il se fout ouvertement de notre gueule comme le montrent les témoignages qui arrivent de Calais et qui font bien état de l’usage d’une « violence brutale » de la part des CRS (gaz, matraques, interdiction de documenter…) et de bulldozers.

« Gaz lacrymo à proximité de l’école et interdiction des CRS de mettre les enfants à l’abri dans l’école. »
« Ça gaze de partout
C’est horrible »(4)

L’évacuation de la partie sud de la jungle de Calais promet de se poursuivre de la même manière qu’elle a commencé, à l’image de la façon dont est gérée la situation depuis plusieurs années : pas vraiment dans la douceur. La violence avec laquelle sont attaqués et criminalisées les personnes migrantes est telle que le seul terrain de lutte qu’il leur reste est bien souvent leur propre corps. Le site CalaisMigrantSolidarity relevait ce matin du 2 Mars qu’ « à Calais, 12 Iraniens ont commencé une grève de la faim, certains se sont cousus les lèvres... (5) »

Politique Barbelé

Alors que les institutions européennes s’enfoncent toutes entières dans l’insultant déni de leurs responsabilités dans la crise que subissent aujourd’hui les personnes migrantes, les puantes politiques de gestion du flux migratoire, visibles des kilomètres de barbelés qui déchirent les mains aux prisons de containers à verrous biométriques, devrait rappeller à l’Europe un douloureux passé xénophobe.

De la Grèce à la Belgique les frontières se crispent honteusement et l’occident rechigne à assumer le chaos qu’il crée. Et pendant que les tapis de bombes se font de plus en plus lourds dans les régions que fuient les migrant.e.s, de la Macédoine à Calais on arrose copieusement de gaz lacrymogène celles et ceux qui arrivent jusqu’à nous.

Ce que les gouvernements se plaisent à nommer la crise des migrants, ou des réfugiés suivant le vent médiatique et les opportunités politiques qu’il offre, est le fruit des stratégies économico-militaires occidentales en Afrique et au moyen orient. Les migrants arrivant sur notre sol sont la partie visible des dégâts du néocolonialisme occidental. La guerre dans laquelle ils et elles sont pris.es sur le sol européen est la même que celle qu’ils et elles ont fuit. Elle se justifie au gré des instrumentalisations des événements qu’ont été par exemple la mort d’Aylan ou le nouvel an à Cologne.

La violence de cette guerre ne permet plus de cacher les cadavres sous cette carpette de république que l’état brandit à tout bout de champs en espérant une unité nationale dans le bain de sang. La sécurisation se fait de plus en plus forte pour protéger la misérable forteresse. Ce sont les soldats occidentaux qui nous tirent dessus, ce sont de leurs bombes que nous ressentons les ondes de chocs. Aux guerres qu’ils mènent en notre nom là-bas, il nous faut répondre en luttant ici.

Gladiators – 2004. Martha Rosler. Photomontage. De la série Bringing the War Home : House Beautiful

La violence est la patte de ce gouvernement dont le palmarès militaire et policier est accablant. À Sivens, puis à Calais, en armant la police municipale, avec la mise en place et de l’état d’urgence et son usage lors des mobilisations contre la tenue de la COP21 puis la mise en place de la déchéance de la nationalité, le tapis rouge sécuritaire que ce gouvernement continue de dérouler à l’extrême droite invite à retourner à ce cher Bernard sa tirade :

« En 2016, nous ne relâcherons pas nos efforts : au contraire, nous continuons de monter en puissance. Cet engagement, nous vous le devons. »(2)

(1)Bienpublic.com
(2)Intérieur.gouv
(3)Dailymotion.com
(4)Passeursdhospitalites.wordpress.com
(5)Humanite.fr

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