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La dernière piste : subvertir les codes du western pour questionner le mythe étasunien

Survival movie contemplatif, La dernière piste raconte l’errance d’une caravane de pionnier·ère·s perdu·e·s sur la route qui devait les mener aux terres promises du grand Ouest étasunien à la fin du 19ème siècle. Sélectionné à la Mostra de Venise en 2011, le western composé par Reichardt a été salué par la critique comme un renouvellement salvateur du genre. Interrogeant tout à la fois le péché originel de sa nation – la spoliation des terres des autochtones par les colons blancs – et la complexité des rapports de domination au sein de la micro-société qu’elle met en scène, la réalisatrice étasunienne signe une fresque hypnotisante qui résonne comme une question à ses compatriotes. Un film politique à plusieurs égards, puisqu’il nous montre les angles morts d’une histoire qui n’a que trop longtemps été racontée que d’un seul point de vue : celui de l’homme blanc occidental.

Sur un mode très binaire et caricatural, le western se construit autour d’un certain nombre d’oppositions : Est/Ouest, cow-boys/Indiens, bien/mal, fort/faible, sauvagerie/civilisation, nature/culture. Dans sa période dite « classique », le western est un genre que l’on peut qualifier de raciste et misogyne et qui raconte avec grandeur et héroïsme la spoliation des terres autochtones par les pionniers blancs – la « conquête de l’Ouest » donc. L’homme blanc civilisé, armé et conquérant fait figure de héros face aux autochtones qui sont eux représentés comme des sauvages que l’on extermine en masse et sans scrupules. Les femmes sont, quant à elles, souvent moins importantes que les chevaux. Cantonnées à des rôles passifs, elles n’occupent qu’une place superficielle.

Dans La dernière piste, Kelly Reichardt ne renverse pas ces codes de façon brutale et évidente, et c’est une des forces de son film : elle se les approprie pour mieux revisiter le mythe. Déjouant subtilement le discours mobilisé par les westerns, elle conserve une structure intacte en apparence pour mieux pouvoir l’ébranler.

La projection sera suivie d’une discussion avec Stéphane Mitchell, scénariste et co-fondatrice du Swiss Women’s Audiovisual Network (SWAN). Son expertise de professionnelle permettra d’inscrire les réflexions suscitées par le film dans la problématique générale de l’appropriation des codes des genres cinématographiques par les femmes. Les débats pourront se poursuivre autour d’un verre au bar du cinéma à l’issu de la discussion.

Rendez-vous le 04 avril à 19h30 aux Cinémas du Grütli et dès maintenant sur La VostokE pour le podcast Les sœurs Lumière consacré à La dernière piste.

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