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Libérons-les ! L’affaire de la voiture de police brûlée quai de Valmy vue de Suisse

Le procès de la voiture de police brûlée à Paris, le 18 mai 2016, s’est ouvert mercredi dernier – avec un jour de retard grâce à la mobilisation des soutiens qui ont exigé une plus grande salle – et devrait durer jusqu’au 29 septembre, avec un rendu la semaine prochaine. Neuf personnes ont été renvoyées par les juges devant le tribunal correctionnel de Paris. Parmi elles, deux sont toujours en détention, six sont sous contrôle judiciaire et une neuvième personne de nationalité suisse étant sous mandat d’arrêt en France ne s’est pas présentée au procès.

Revenons à cette journée de mai 2016. En plein acmé du mouvement contre la Loi Travail et de Nuit Debout, le syndicat de police Alliance avait cru bon de s’approprier la place de la République pour y organiser un grand rassemblement en défense de leur corporation. L’opération de communication était d’une simplicité enfantine : apparaître comme les « bons » flics et dénoncer l’inaction présumée des autorités contre les « mauvais », c’est-à-dire toutes celles et ceux qui ont osé défier les injonctions du maintien de l’ordre durant le mouvement du printemps 2016. Lors du rassemblement d’Alliance, quelques journalistes triés sur le volet avaient alors pu assister au spectacle effarant de policiers se prenant en selfies avec les élus FN Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen. Ce rassemblement policier se tenait lui-même sous haute protection policière puisque la Place de la République était entourée de fourgons anti-émeute destinée à empêcher tout contact entre les membres d’Alliance et les contre-manifestant-e-s ayant répondu à l’appel du collectif « Urgence notre police assassine ». Provocation ultime, cette contre-manifestation avait été interdite par la préfecture de police de Paris (même si la plupart des manifestant-e-s n’étaient pas en mesure de le savoir).

Après une charge de la police, une manifestation spontanée se déplace sur le quai de Valmy, elle croise sur son passage une voiture de police sérigraphiée qui finira brûlée à cause d’un fumigène lancé dans l’habitacle.

Rappeler le contexte de cette voiture brûlée, et l’enchaînement véritable des événements, est d’une grande valeur politique car toutes les diffamations ont été dites et écrites sur la question. Des discours de l’ancien premier ministre Manuel Valls jusqu’aux mensonges des scribouillards helvétiques du journal Le Temps, il est de première nécessité de briser la chape de plomb que le pouvoir veut poser sur cette affaire. C’est-à-dire aussi, attaquer en tout point la « version officielle » que la justice veut aujourd’hui aplatir sur les accusé-e-s, à grands coups de flèches rouges sur des captures d’écran.

La voiture de police incendiée le 18 mai 2016 est au contraire l’un des grands moments de vérité du quinquennat de François Hollande, le choc de cette journée est celle d’un conflit social, d’une bataille de rue dans laquelle ceux qui président les institutions veulent absolument avoir le dernier mot. Comme le dit Lundi Matin, la vraie question n’est pas de savoir si ces personnes sont « coupables » mais bien de savoir si une cour de justice peut juger un mouvement en y prélevant une poignée d’individus.

Du côté judiciaire lui-même, il apparaît de plus en plus clairement que la plupart des informations se basent sur les dires d’un obscur « témoin 142 », membre de la police politique parisienne qui déclare avoir été dissimulé au sein des manifestant-e-s ce jour-là, qui refuse de répondre aux questions des avocats et qui a changé sa version des faits plusieurs fois. Concernant le genevois, il semble que ce soient les dires des renseignements locaux qui ont influencés la procédure. Pas surprenant, étant donné que la BRIC [1] (police politique genevoise) est, tout comme le policier parisien, particulièrement réputée pour son acharnement ciblé sur des militant-e-s.

En 1926 déjà, Victor Serge énonçait dans Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression, l’un des principes évident de toute défense : « si l’accusation se base sur un faux, ne pas s’en indigner : la laisser plutôt s’enferrer avant de la réduire à néant ».

De Paris jusqu’en Suisse et ailleurs, il va sans dire qu’une solidarité entière et sans faille est nécessaire pour obtenir l’abandon des poursuites contre l’ensemble des prévenu-e-s.

Salut à toutes les personnes qui furent engagées dans la bataille du 18 mai 2016, et celles à venir. Pensées solidaires avec tout-te-s les accusé-e-s.

Groupe antirep Genève

Pour finir, un petit passage en revue de quelques publications intéressantes sur ce procès :

Le site Lundi Matin propose un suivi en temps réel du procès sur son compte Twitter (il n’est pas nécessaire d’avoir un compte pour le lire).
Par ailleurs, le même site propose chaque jour un compte-rendu de l’audience par plusieurs écrivains issus de domaines très divers : Frédéric Lordon, Nathalie Quintane, Alain Damasio et Serge Quadruppani. A lire absolument.
Les enjeux du procès sont bien résumés par la journaliste Marie Barbier dans l’article « Quai de Valmy : après une enquête à charge, un procès expéditif » publié sur le site de L’Humanité, mais qu’elle a republié sur son blog pour les non-abonné-e-s.
Ce procès a conduit plusieurs chercheurs en sciences humaines à prendre position dans des tribunes libres. C’est le cas de l’historienne Vanessa Codaccioni dans un article intitulé « L’affaire du quai Valmy : un procès politique ».
« Affaire du Quai de Valmy : nous demandons l’abrogation du délit de participation à un groupement->[https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/120917/affaire-du-quai-de-valmy-nous-demandons-l-abrogation-du-delit-de-participation-un-grou] » (tribune signée entre autres par Robin Campillo le réalisateur de « 120 battements par minute »).
Enfin, le sociologue Geoffroy de Lagasnerie a publié la tribune intitulée « En défense des accusés du quai Valmy » dans Libé.
Quand les syndicats policiers commentent le procès, le WTF n’est jamais loin.
D’autres actions plus improbables ont eu lieu, ici à Limoges (Haute-Vienne).
A Grenoble, un incendie volontaire s’est déclaré dans un garage de gendarmerie. Leur parc automobile a été entièrement détruit.
Les soutiens ont multiplié les meetings ces derniers jours. Ici, deux des personnes mises en examen avec Assa Traoré, sœur d’Adama qui est mort entre les mains de la police en 2016.

Pour aller plus loin :
Lettre à Adama, d’Assa Traoré, éd. du Seuil, 2017.
La domination policière, de Matthieu Rigouste, éd. La Fabrique, 2012.
L’arme à l’oeil. Violences d’Etat et militarisation de la police, de Pierre Douillard-Lefevre, éd. Le Bord de l’eau, 2016.

Notes

[1Brigade de Renseignement et d’Ilotage Communautaire

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