Genève Analyses Antisexisme - Féminisme Grève

Pour des lieux de formation résolument féministes et révolutionnaires (3/5)

Cet ensemble de textes est une mise à l’écrit des discours de l’Assemblée Générale féministe du 17 avril 2019. Vous y trouverez donc certainement des formulations plutôt orales.
Nous vous proposons 5 textes pour vous faire part de nos réflexions sur les oppressions liées au genre dans nos lieux de formation :
1. Introduction
2. Langage
3. Formation
4. Espaces
5. Conclusion

Bonne lecture !

Formation

Le système d’oppression de genre ne s’arrête malheureusement pas aux portes de nos lieux de formations. Le cis-sexisme est très présent dans nos cours et les professeur.e.x.s ont la posture parfaite pour reproduire des oppressions systémiques. En effet, ces personnes transmettent un savoir, souvent devant un grand nombre d’étudiant.e.x.s et peuvent ainsi choisir la manière de le transmettre et le contenu, façonnant ainsi les mentalités. Toute notre éducation, depuis notre enfance, est genrée. Les jouets sont genrés, les espaces occupés sont genrés, la manière de réagir aux comportement des enfants est genrée. Ce texte est malheureusement très binaire et nous nous en excusons. Face à un système qui nous impose une binarité de genre, il est difficile de s’en défaire lorsque nous la dénonçons.

Une éducation genrée

Commençons simplement par le symbolique rose et bleu qui nous impose un système binaire et extrêmement genré et dont la plupart des personnes ont du mal à se défaire. Nous pouvons noter la construction de la virilité chez les petits garçons. Très tôt, ils sont poussés à dépenser leur énergie, à grimper aux arbres, à se mettre au skate. Les parents ont généralement tendance à les laisser prendre plus de risques et à leur laisser moins d’espaces pour l’expression de leurs émotions. Les petites filles sont quant à elles, poussées à être concentrées dans des jeux calmes et qui leur apprennent déjà le rôle que la société leur imposera : s’occuper des enfants, de la maison, être mère et femme.
Les jeunes garçons qui commenceraient à ne pas entrer dans les critères de masculinités sont moqués, insultés et remis à l’ordre par les autorités. De la même manière, les petites filles qui ne rentre pas dans les critères de féminité sont considérées comme des « garçon manqués », ne faisant pas assez attention à elles (ce qui est considéré comme un grand damne pour une femme) et sont également insultées.

Dans les hautes-écoles

Cette éducation genrée arrive jusqu’à nos lieux de formation supérieurs. On entendait

On entendait encore dernièrement un professeur nous expliquer lors d’une conférence qu’il prenait plus de temps à expliquer les statistiques à une femme

encore dernièrement un professeur nous expliquer lors d’une conférence qu’il prenait plus de temps à expliquer les statistiques à une femme. Nous flairons de loin l’attitude paternaliste, la main sur l’épaule non consentie, l’homme cis avec ses pleins pouvoirs expliquer toute l’étendue de son savoir. Non, cela n’est pas du sexisme « bienveillant », ton intention ne nous intéresse pas, le sexisme impact quel que soit ton intention. Ce qui nous importe c’est que ce sont tous ces comportements qui font que les femmes et les personnes trans* se sentent moins légitimes en cours de poser des questions, moins légitimes de prendre la parole pour des interventions, moins légitimes d’aller parler aux professeur.e.x.s (ce qui est souvent un des meilleur moyen de s’en rapprocher pour pouvoir obtenir des post d’assistant.e.x.s). Tout cela, nous souhaitons que les professeur.e.x.s puissent s’en rendre compte. Nous souhaitons pouvoir leur donner des outils pour mettre en place des espaces exempts de sexisme et dans lesquelles tout le monde se sente légitime de prendre la parole et se sente étudiant.e.x au même titre que les autres.

Manque d’information ?

Lors de cas de harcèlement sexiste et sexuel, les comportements des harceleurs sont souvent justifiés ou excusés au titre que ces derniers « ne savaient pas ». Leur « mauvaise compréhension » de la galanterie les aurait fourvoyés. Ils n’auraient pas compris que leurs blagues ne sont pas drôles mais sexistes. Que leurs regards ne sont pas « charismatiques » mais insistants. Que leurs gestes et commentaires ne sont pas « gentils » mais paternalistes et oppressants.
On déplore alors qu’il n’y ait pas « plus d’informations » relatives à ces questions.

Sans vouloir cautionner cet argumentaire ou ces agissements, nous constatons qu’il est parfois difficile pour certaines personnes d’appréhender la portée de leurs actions et de leurs dires. La majorité des personnes qui enseignent dans nos lieux de formation sont des hommes cisgenres blancs. En d’autres termes, ce sont des personnes qui bénéficient de privilèges sociaux et qui ne sont pas toujours conscients des avantages qu’ils leur procurent.

Nombreux sont les cas de harcèlement sexiste et sexuel non sanctionnés. Souvent, et pour diverses raisons que nous ne développerons pas ici, ils ne sont même pas notifiés.
Par exemple, et nous nous référons à l’UniGe, en réaction à ces agissements infâmes, nous avons eu droit à des réponses uniquement médiatiques pour ne pas ternir l’image de l’Université tout en ignorant les personnes ayant vécu des oppressions.

C’est sans parler de l’invisibilisation d’à peu près tout le monde sauf les hommes cisgenres blancs dans nos lieux de formations, que ce soit dans les bibliographies, dans les références, sur les questions de point de vue, des théories ou des personnes qui enseignent. Impossible également de dénombrer tous les exemples sexistes montrés et enseignés dans notre formation : que ce soit lors de cas en droit, d’exemples en sociologie ou en science politiques ; les hommes cisgenres sont les personnes qui « font l’histoire », qui la créent et qui sont actives professionnellement, socialement et physiquement. A croire que le monde n’a été pensé et créé que par et pour les hommes cis.
Le système universitaire est profondément binaire et ciscentré et nos cours en sont le désolant constat. Les personnes qui enseignent sont majoritairement des hommes cisgenres ; ce sont eux qui ont du pouvoir dans nos lieux de formation et décident à notre place ce qui nous est transmis.

Comment se fait-il qu’en Relations Internationales on ne parle de colonialisme que brièvement, comme pour évoquer quelques échanges commerciaux ?

Et puis : comment se fait-il qu’en Relations Internationales on ne parle de colonialisme que brièvement, comme pour évoquer quelques échanges commerciaux ? Cela nous met profondément en colère et nous gêne. Comment se fait-il qu’on ne parle pas des personnes qui ont lutté conjointement contre les rapports oppressifs de genre, de race et de classe ? Comment est-il possible d’être aussi malhonnête et de nier une réalité qui n’échappe plus à personne ? Comment est-il possible de passer cela sous silence et de ne pas réfléchir aux conséquences que cela a eu et a encore ?

C’est pour toutes ces raisons que nous demandons :

Une formation obligatoire et gratuite pour toute personne qui enseigne dans un lieu de formation.
Avec une formation obligatoire et gratuite suivie, il sera impossible de dire « je ne savais pas que ce n’était pas consensuel, je suis quelqu’un de bien » ou « mais je suis gentil moi, je ne comprends pas pourquoi c’était du harcèlement sexiste ».
Cette formation permettra non seulement de communiquer des informations, d’éclaircir ce qu’est le harcèlement sexiste et sexuel pour les personnes qui ne le comprennent pas encore et de penser les questions de genre, de prendre conscience de ses privilèges et de comment ils affectent les rapports sociaux.

Cela ne veut pas dire que cette formation va rendre tout le monde automatiquement ultrasensible aux oppressions et qu’ils vont se remettre immédiatement en question, mais au moins, les personnes oppressives ne pourront plus dire qu’elles ne savaient pas, surtout si tout le monde suit la même formation.

Nous souhaitons mettre en place des espaces exempts de sexisme et dans lesquelles tout le monde se sente légitime de prendre la parole et se sente étudiant.e.x au même titre que les autres.

Qu’est-ce qui est mis en place ailleurs ?

A Montréal, à l’UQAM, à l’initiative d’étudiant.e.x.s en droit qui ont réagi à des cas de harcèlement sexiste et sexuel semblables à ceux qui ont eu lieu à l’UniGE, une formation a été mise en place pour le corps étudiant. A l’origine, cette formation était dispensée selon le bon vouloir des membres du corps enseignant. Certains membres enseignants la soutenaient et intégraient la formation à leur plan de cours, d’autres non. Mais cette semaine, et dans le cadre de la politique n° 16 visant à (nous citons) « prévenir et combattre le sexisme et les violences à caractère sexuel », le vice-rectorat a demandé à ce que cette formation soit obligatoire dans tous les plans de cours. Petite victoire.

Cette formation a été créée par des membres du corps étudiant et le regroupement CALACS qui est un organisme à but non lucratif luttant contre le harcèlement sexiste et sexuel. C’est une très bonne formation qui ne ménage pas les personnes oppressives, qui est faite par des personnes concernées et où l’implication étudiante est forte.

Cependant, nous pensons que ce n’est pas à nous de faire, encore une fois, un travail gratuit pour notre lieu de formation comme le font les membres du corps étudiant à l’UQAM. De plus, nous pensons qu’au vu du rapport asymétrique entre corps enseignant et corps étudiant, la priorité doit être mise sur une formation pour le corps enseignant. Cela ne va pas sans dire et on est assez d’accord là-dessus, idéalement, il faudrait une formation pour toute personne étudiant ou travaillant dans nos lieux de formation.

Ce qu’on demande concrètement :

Une formation gratuite et obligatoire pour tou.te.x.s les professeur.e.x.s des lieux de formation, ainsi que des collaborateurices de la recherche et de l’enseignement. En bref, toute personne qui, par son travail, transmet du savoir à des personnes en formation. Nous exigeons cette formation en tant que première étape (et nous insistons là-dessus). Nous ne sommes de loin pas opposé.e.x.s à ce qu’une formation soit également proposée à toute personne lors de son cursus. Cependant, dans un premier temps et étant donné cette nature asymétrique de pouvoir entre corps enseignant et personnes en formation, la priorité est mise sur la formation pour les personnes qui enseignent. Pourquoi ? Du fait de ce rapport asymétrique, les abus de pouvoir sont plus fréquents et peuvent conduire à mettre sous silence des réactions. Il est absolument vital que les personnes qui enseignent soient au courant et comprennent ce qu’est le harcèlement, ce qu’est le sexisme, et comment agir pour ne pas être une personne oppressive. Car il est toujours plus difficile de réagir lorsque le rapport de force est inégal.
Voilà pourquoi nous demandons que cette formation soit dispensée en premier lieu aux personnes enseignantes.

Nous demandons donc une formation obligatoire et gratuite pour toutes les personnes enseignantes

Nous demandons donc une formation obligatoire (car sinon personne n’irait) et gratuite (car il ne faut pas qu’elle engendre des coûts personnels pour les personnes qui la suivent).

Nous demandons que cette formation soit faite par des personnes concernées par ces questions et que ce travail soit rémunéré. Encore une fois, ce n’est pas à nous de faire un travail énorme d’enseignement gratuit ! Ce n’est pas à nous de faire le travail de redorer le blason de nos lieux de formation pour que ceux-ci en profitent, d’ailleurs souvent à notre insu.

Par conséquent, nous demandons à ce que des postes de membres étudiants soient ouverts dans tous les lieux de formation pour que ces personnes puissent s’organiser entre elles afin de proposer une formation adéquate. Ces postes pourront dialoguer avec d’autres instances, mais doivent rester indépendants. Le pouvoir doit rester entre les mains des personnes concernées, et non des personnes qui font subir ce genre d’oppressions. De plus, les lieux de formation à Genève sont ceux qui ont les moyens économiques, matériels et juridiques, ce sont eux qui ont les ressources pour créer ce genre de postes et en assurer la longévité.

Pour finir, notre revendication n’a pas pour but d’englober tous les problèmes liés à la formation, mais plutôt de les faire émerger et de les questionner. Il s’agit de porter une revendication claire, applicable rapidement et qui pourrait être mise en place dès le semestre prochain.
Il ne va pas sans dire que nous revendiquons également : plus de personnes non mecs cis blancs dans l’enseignement, dans les bibliographies, dans les références, etc.

Enfin, au sein du collectif, on s’est également posé la question des privilèges sociaux : qui a accès à l’Université, aux formations, aux écoles ? Car le fait d’avoir accès à une formation post-obligatoire relève souvent de privilèges. Bien que dans ce collectif, on lutte pour nos droits dans nos lieux de formation, on a conscience du biais et de la limite que cela peut avoir dans les luttes féministes. Il ne s’agit pas de prioriser les luttes, mais de lutter contre les oppressions qui nous affectent au quotidien. Il ne s’agit pas de se limiter à cela bien sûr mais de se constituer en tant que force d’opposition puissante aux personnes qui ont du pouvoir.

P.-S.

Touxtes en grève le 14 juin !

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