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Un film sur la grève générale... sans les grévistes

Dimanche 25 mars, histoire vivante diffuse un film inédit sur la grève générale de 1918 en Suisse. Le visionnage de ce document pose une question : comment faire de l’histoire sans prendre position ?

La grève générale de 1918 n’est pas, comme on pourrait le croire, le point culminant de la révolte du mouvement ouvrier Suisse au début de 20ème siècle. Il s’agit plutôt du début de sa pacification comme l’explique l’article La grève générale de 1918 comme début de la pacification. C’est d’ailleurs tout le propos de ce documentaire qui reconstitue une histoire très partielle de ces événements puisque presque tout tourne autour de deux personnages : Robert Grimm, leader incontournable de la social démocratie Suisse et Emil Sonderegger, colonel divisionnaire de l’armée Suisse. D’un côté il y a un réformiste qui semble tout faire pour que les choses se passent calmement et de l’autre un Colonel paranoïaque dont le seul rêve est de tirer sur une foule de « Bolchéviques ». Si les deux personnages paraissent cohérents il manque tout de même un rôle au casting ; c’est comme si on avait fait un film sur la contre-révolution sans parler des révolutionnaires. C’est cinq lignes publiées dans un journal socialiste zurichois qui sont interprétées par l’armée comme un appel à l’insurrection. Elles déclenchent l’intervention de l’armée à Zurich, à l’origine de la grève générale. Mais on ne comprend pas qui les a écrites, ni dans quel but. Y avait-il des révolutionnaires organisés à l’époque en Suisse ? Combien étaient-ils ? Étaient-ils crédibles ? Le film s’intéresse uniquement à Robert Grimm, qui semble être le seul représenant de la classe ouvrière.

Le colonel divisionnaire mange des spaghettis

Nous savons désormais comment Robert Grimm a rencontré sa femme et que la femme de Emil Sonderegger était italienne. Mais qu’avons nous appris sur ceux et celles qui ont mené cette grève ? Quelles étaient leurs aspirations, quelles tendances existaient au sein du mouvement ouvrier, quelle place ont pris les femmes ou encore les travailleurs immigrés dans la grève ? On a pris la peine de reconstituer des scène de vie des personnalités de l’époque mais très peu celle du prolétariat. À la fin de la Première guerre mondiale partout en Europe, mais aussi en Suisse, le prolétariat est affamé et des mouvements révolutionnaires puissants, parfois victorieux, se développent. En présentant Sonderegger comme un paranoiaque irrationnel, on oublie que la répression sanglante est une réaction systémique de la bourgeoisie face au mouvement ouvrier à cette époque et pas le fait de quelques illuminés.

C’est les vainqueurs qui écrivent l’histoire

La fin du film montre comment Sonderegger, désormais un leader d’extrême droite après avoir quitté l’armée, accroche un portrait de Mussolini dans son salon. Alors que Grimm écrit un discours prônant l’alliance nationale qui permetra, selon le film, aux bourgeois et aux sociaux démocrates de lutter main dans la main contre le fascisme, et plus tard de créer l’AVS. Si les 80 ans de paix du travail qui ont suivi ont permis l’obtention de nombreux acquis sociaux pour les travailleur.euses, ils ont surtout permis à la bourgeoisie de garder le pouvoir. Ce partenariat social à également facilité le démantèlement progressif d’un militantisme de base étendu dans les syndicats. Ce militantisme semble manquer aujourd’hui lorsqu’il s’agit de faire face aux attaques du patronat. L’histoire qui est décrite dans ce film est celle de l’ordre dominant Suisse, celle de la pacification, pas celle des ouvriers et de la contestation sociale.

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