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Un point sur la situation de la Cantine

Vous avez probablement entendu parler de la Cantine ces derniers temps… En deux mots, il s’agit d’une association qui développe des activités artisanales, culturelles et sociales dans un ancien bâtiment industriel situé à Delémont, depuis début 2016. On y fonctionne en autogestion et sans subvention pour proposer une multitude d’espaces de travail collectifs et d’activités à prix libre, ouvertes à toutes et tous.

Ce projet est actuellement menacé.

Quatre années que nous faisons tout notre possible pour mener à bien l’aventure, dans une dynamique qui s’acharne à être constructive. Quatre années d’intensité humaine, de découvertes et de partages, quatre années que les propriétaires tentent de saboter cette expérience, se faisant aujourd’hui donner raison par le tribunal cantonal. Pourtant il n’y a eu aucune plainte à notre encontre chez les flics, les loyers sont payés rubis sur l’ongle et une quantité grandissante de personnes participent au projet ou l’apprécient simplement.

Notre crime ?

Accrochez-vous bien, c’est caustique : un poulailler, un abri de jardin, une cabane de tri et des caravanes disposées sur le parking que nous louons. Nous ne nous étendrons pas sur les trois premiers « mobiles » tant c’est pathétique de nous reprocher ces constructions à l’heure où la crise écologique et sociale s’étend à vue d’œil. Concernant les caravanes, il convient de reconnaître que nous avons pris le temps utile, avant de les retirer, de vérifier les arguments juridiques imprécis et mesquins de vonRoll. Ce qui est nécessaire dans une situation de défense est interprété ici comme un manque de réactivité par l’autorité judiciaire.

La Cantine est coupable de trop tarder à se soumettre à son propriétaire. La juge de première instance a confirmé toutes les plaintes de la direction de vonRoll qui invoque sa renommée internationale faire passer la Cantine comme un projet dont la présence est insupportable.

La dimension collective du projet, l’intérêt commun qu’il représente, ne sont pas considérés par la justice. Association non-lucrative, reconnue d’utilité publique contre industriel fortuné ? Que le meilleur gagne : du balais les expériences non-marchandes ! Aux suivants !

Relation avec la ville

La possible éviction d’un projet collectif et populaire comme la Cantine inquiéta, jusqu’ici, peu les autorités communales, soucieuses avant tout de protocoles favorisant le développement institutionnel et marchand de la ville. Mais celles-ci, suite à une récente motion du conseil de ville soutenue par une majorité d’élu·e·s, devront maintenant s’activer pour essayer de régler le litige favorablement à l’association. Une prise de position active de la part de la municipalité peut avoir une influence dans ce combat à armes inégales. Toutefois, vu l’incapacité des directeurs de vonRoll à voir plus loin que le bout de leurs dividendes, on ne se fait pas trop d’illusion sur l’issue des négociations.

La Cantine face aux tribunaux

Le sort de la Cantine dépend maintenant principalement du Tribunal cantonal de deuxième instance.

À ce stade, nous pensons qu’il est peu probable, mais pas impossible, que la Cantine voie la procédure d’appel tourner en sa faveur. Dans ce cas, la rupture du contrat de bail émise en décembre 2018 serait invalidée. Le bail continuerait donc, comme prévu, au moins jusqu’en 2026. Il est couru d’avance que vonRoll cherchera tout du long de nouveaux prétextes pour rompre le contrat de bail de manière anticipée.

Il se pourrait aussi que la justice confirme son premier jugement. Le bail serait alors rompu. L’association devrait donc vraisemblablement abandonner le combat judiciaire, une procédure au Tribunal fédéral étant trop onéreuse en énergie.

S’engager pour que la Cantine reste !

Le cas échéant, aurons-nous une conscience solidaire assez forte pour démontrer que la situation actuelle de notre société ne répond plus à certains besoins élémentaires pour vivre ensemble en préservant le commun ? Que des associations telles que la Cantine qui expérimentent, développent, promeuvent d’autres modes de fonctionnement sociaux et culturels, deviennent de plus en plus indispensables pour répondre aux différentes crises auxquelles nous faisons et allons faire face ?

La mise en commun, l’autogestion et la solidarité sont des bases à partir desquelles nous nous organisons pour façonner le présent sans saccager l’avenir.

Si vous souhaitez être acteur·rice, la Cantine est toujours là et vous accueille à l’occasion d’événements ponctuels ainsi qu’à l’improviste la plupart du temps. Si vous désirez rester spectateur·rice, nous ne pouvons que vous souhaiter un spectacle des plus divertissants !

Nous vous invitons à rejoindre les assemblées de défense qui auront lieu tous les deux jeudis jusqu’à la victoire (ou jusqu’à nouvel ordre) ! Un maximum de compétences et de motivations sont bienvenues et nécessaires pour mener à bien la défense de ce lieu !

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Chronologie du conflit

Avril 2016 Le premier contrat de bail est signé par Rolf Schmid, cadre chez vonRoll. Ce premier contrat portait sur 35 ans ! Après moins d’une année de présence dans les locaux, l’association la Cantine apprend que R. Schmid souhaite rompre le contrat car il l’avait signé sans l’accord de sa hiérarchie. Le litige ainsi créé entre membres de la direction de vonRoll pousse R. Schmid à tenter d’évacuer l’association. Ses principaux prétextes concernent l’entretien des alentours et des manquements dans le calendrier des travaux. La Cantine dépose une première fois le dossier en justice pendant qu’elle démontre au propriétaire que c’est principalement de son côté que le bail n’est pas respecté, que les travaux n’avancent pas car il les bloque, qu’il reste immobile concernant le changement d’affectation nécessaire au respect des statuts de l’association. Jürg Brand, directeur de vonRoll, intervient pour éviter le tribunal et signe un nouveau bail avec l’association la Cantine : moins long, moins cher.

Décembre 2016 La Cantine est reconnue d’utilité publique par le Canton du Jura.

Juin 2017 Un nouveau contrat est signé, qui court sur 10 années. J. Brand s’y engage notamment à enfin mettre en conformité l’affectation urbanistique du site ainsi qu’à poser un compteur électrique interne au bâtiment pour que l’association puisse avoir un suivi de sa consommation électrique. Juste après avoir signé le contrat, la Cantine dépose pour la troisième fois le dossier d’urbanisme chez vonRoll. Il est convenu entre J. Brand et la Cantine que les problèmes à venir seront réglés en discutant. Cette résolution s’avérera par la suite être de la pure ironie : à partir de ce moment, il ne répondra plus jamais au téléphone ni aux courriers de l’association qui se montrera, elle, toujours ouverte au dialogue.

Juillet 2017 La Cantine installe quelques caravanes sur le parking qu’elle loue, seule solution pour offrir des lieux de repos à ses artistes et artisan·e·s en résidence de création dans des lieux en cours de rénovation. L’association installe également un poulailler pédagogique et un abri extérieur pour le tri des déchets.

Décembre 2017 – janvier 2018 La Cantine relance vonRoll concernant le compteur électrique et le changement d’affectation. L’entreprise répond par des menaces de résiliation bâclées et confuses où il est évident qu’il joue la même stratégie qu’en 2016. La direction pousse l’incompétence au point de laisser R. Schmid signer à la place de J. Brand, allant même jusqu’à reprocher à la Cantine la présence sur son terrain d’une poche de fonte déposée là par vonRoll bien avant 2016. Le poulailler, la cabane de recyclage et les caravanes sont petit à petit ajoutées aux griefs. La Cantine cherche à contacter J. Brand à de nombreuses reprises pour comprendre le fond du problème et régler la situation. Sans succès.

Décembre 2018 Le contrat de bail est rompu par l’entreprise sur la base d’arguments juridiques mi-bricolés, mi-menaçants. L’association fait opposition, certaine que la mauvaise foi de vonRoll sautera aux yeux de l’institution judiciaire.

Janvier 2019 La municipalité de Delémont menace vonRoll d’une amende pouvant s’élever jusqu’à 70’000 CHF pour ne pas s’être conformé à l’affectation. À cette fin, elle reprend mot pour mot certains des arguments de vonRoll. La Cantine ne comprend pas bien cette stratégie, pour le moins peu claire, et non suivie d’effets.

Octobre 2019 malgré l’absence du signataire J. Brand à l’audience, la juge de première instance lui donne raison, validant l’éradication de l’association et la reprise de son bâtiment, généreusement rénové par cette dernière.

Janvier 2020 L’association la Cantine continue de développer ses activités, de s’organiser pour rester et fait appel de la décision de justice. Le conseil de ville de Delémont approuve une motion qui contraint les autorités à soutenir activement la Cantine dans le cadre du litige avec vonRoll. Lors d’un échange informel précédant la motion, J. Brand aurait glissé aux autorités communales vouloir récupérer la Cantine pour en faire… un espace culturel !

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