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Violences policières devant la Reitschule

Durant la nuit de samedi 1er septembre à dimanche 2 septembre, la police cantonale bernoise a pris pour cible la Reitschule. Après une arrivée dite "préventive", les forces de l’ordre ont tiré sur la foule avec des flashballs, des balles en caoutchouc et des balles à blanc. Elles ont également fait usage de bombe lacrymogène et de spray au poivre contre les personnes présentes devant la Reitschule.

Face au parti pris des médias ne relatant que la version de la police cantonale bernoise et de sa porte-parole, il nous - deux jeunes femmes voulant simplement aller passer un moment sympa au centre culturel - semble essentiel de partager notre expérience et la version officielle de la Reitschule. Nous sommes arrivées sur place au moment des derniers raids de la police contre les personnes présentes et avons essayé de rentrer en communication avec certains des membres des forces de l’ordre. Ces derniers nous ont violemment repoussé à plusieurs reprises en arguant que c’était pour notre propre sécurité et qu’il fallait que nous prenions nos distances. Beaucoup d’entre eux ne savaient même pas pourquoi ils tiraient sur la foule et "obéissaient aux ordres" ou "remplissaient leur mission". Nous avons ramassé des poignées entières de petits projectiles noirs en caoutchouc que nous leur avons déposées sous les yeux, provoquant à peine leur honte, mais bel et bien leur brutalité. Au moment d’un des derniers raids, alors que la police a foncé sur des gens qui levaient les bras pacifiquement devant elle, certain.e.s policier.e.s, remarquant que nous filmions la scène, s’en sont encore brutalement pris à nous.

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Cartouche semi-rigide SIR 40 x 46 mm (dite aussi "balle de défense") "marquée" d’un smiley (selon des témoignages, certains projectiles arboraient des inscriptions comme celle-ci avant d’être tirés)

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Cartouche de balle à blanc et projectile en caoutchouc


Communiqués de la Reitschule

La Reitschule, de son côté, a publié plusieurs communiqués de presse, des photos, des vidéos et des témoignages de personnes présentes lors des faits. Voici un extrait de communiqué de presse relatant les faits, traduit par nos soins :
" Les faits de l’affaire :
Aux environs de 19 heures environ, deux policiers cantonaux ont patrouillé dans la Schützenmatte dans des gilets pare-balles pendant des heures. Il n’y avait aucune raison apparente à cela.
De là, logiquement, les premières conversations avec les invités du NeustadtLab et de la Reitschule ont suivi.
Des groupes de personnes « potentiellement défavorisé.e.s » se sont déplacés vers la cour intérieure et à travers la Reitschule, de peur d’être contrôlés personnellement.
Un peu après 23 h sont arrivés des renforts en uniforme et en civil pour la police. Interrogée sur l’intention de marcher sur la Reitschule, la police a répondu en annonçant que plusieurs personnes avaient échappé à un contrôle personnel et que la situation devait être surveillée pour cette raison.
Minuit. L’ambiance est lentement mais sûrement électrique, les premiers conflits commencent - des conflits de puissance et un corps martial de Mob-Gren (grenadiers) après quelques accrochages, les premières bouteilles volent - consternation, rage, interrogation.
Le reste est une histoire bien connue et toujours identique : des balles en caoutchouc au niveau de la tête, des attaques au gaz poivré au hasard, des policiers visiblement dépassés et des arrestations excessives. Bref, l’escalade unique de la police lorsqu’elle se rend à la Reitschule.
"
Autre extrait : La Reitschule Bern est outrée par le recours à la violence de la police de cette nuit [du samedi au dimanche]. Nous condamnons ce recours disproportionné et dangereux.
Des témoins oculaires, indépendants les uns des autres, ont confirmé au groupe Medias que des personnes présentes ont ordonné verbalement à la police de partir avant minuit. En quelques minutes, la police cantonale est arrivée avec une demi-douzaine de camionnettes et au moins 30 policiers. La police a tiré des balles en caoutchouc au niveau de la tête. "Ils tiraient sur tout ce qui bougeait", a déclaré un témoin oculaire choqué au groupe Medias. La police a aggravé la situation en faisant recours à la violence physique et a blessé des dizaines de personnes. Des balles en caoutchouc, du gaz au poivre et du gaz lacrymogène ont été utilisés. Au moins une personne est encore à l’hôpital : les balles en caoutchouc de la police l’ont touché directement dans la zone génitale. La police a arrêté plusieurs personnes. [...] Les visiteurs et les employés de la Reitschule et du NeustadtLab ont remarqué bien avant minuit que plusieurs grosses camionnettes étaient garées dans la Hodlerstrasse. Elles sont normalement utilisées lors d’événements majeurs tels que des manifestations. Cela suggère que la police a planifié une intervention à la Reitschule et a voulu provoquer une escalade [de violence]. Un employé de longue date de la Reitschule, qui était là durant toute la soirée, a dit : "S’il existe une politique 3D* (politique de dialogue, de désescalade et de répression), aujourd’hui nous avons fait l’expérience du contraire. Il me manque les mots pour décrire ce qu’a fait la police.
""
Autre extrait d’un.e responsable média : "Nous sommes déconcertés par le fait que la police cantonale exclut catégoriquement les fautes commises par ses agents de police. Les policiers.ères ne sont que des personnes, eux aussi, et ils ne suivent pas toujours les règles.
Nous avons reçu diverses photos et du matériel vidéo documentant ces utilisations d’hier. Il s’agit notamment de deux exemples de violation directe des règles par la police cantonale.
Le premier exemple est une vidéo sur laquelle un policier tire avec son fusil d’assaut des balles en caoutchouc au niveau de la tête en direction de la Reitschule. En raison du risque élevé de blessures à la tête, ceci est interdit aux forces de l’ordre.
Le deuxième exemple est une photo d’un coup à la tête qui nous a été envoyé par un invité. Selon ses propres informations, il a été touché par plus de 10 balles, dont 2 au visage et 3 presque sur les parties génitales. L’un de ces coups à la tête a laissé une blessure clairement visible près de l’œil.
"


Témoignages

Les témoignages des victimes de cette brutalité policière font froid dans le dos :
"Lorsqu’un policier m’a demandé de faire quelque chose, je n’ai tout d’abord pas réalisé, puisque j’étais au téléphone. Il est venu à ma rencontre. Lorsque j’ai terminé mon appel – en une langue étrangère, il me dit : « Tu ne comprends apparemment pas le suisse-allemand « sale » étranger. » Finalement, il voulait seulement que je reste éloigné de lui. (Même s’il était à plus de 5 mètres de moi. [J’avais] les deux mains visibles, mon visage n’était pas dissimulé.) [...] Un nombre incalculable de balles en caoutchouc ont été tirées dans notre direction, alors même que nous nous étions éloignés de 20-30 mètres des maximum 7-8 personnes qui lançaient des bouteilles dans la direction de la police."
Autre témoignage : "Alors que la police, en uniforme intégral, se tenait déjà sous le pont depuis environ 1h, j’ai vu comme une personne qui filmait a été brutalement frappée par un policier. La personne n’avait rien fait d’autre que de se tenir à côté de la police avec un téléphone dans la main et de filmer. Un policier a, avec sa main, frappé le smartphone contre cette personne qui filmait et l’a poussée violemment. Le policier a ensuite discuté avec elle et voulait voir le téléphone. J’imagine que la personne a ensuite été obligée de supprimer la vidéo sur laquelle on pouvait voir les actions de la police de son point de vue."

Il est important que nous soyons solidaires avec nos camarades de Berne et que nous leur montrions notre soutien !

P.-S.

Si vous avez des photos, vidéos ou témoignages, veuillez s’il-vous-plaît les transmettre à la Reitschule : https://www.facebook.com/Reitschule/

Nous vous invitons également à regarder les vidéos et photos recueillies, qui parlent d’elles-mêmes, sur la même page de la Reitschule.

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