Luttes indépendantistes Zapatiste

Intergalactique zapatiste 2

Depuis leur soulèvement le 1er janvier 1994, les zapatistes n’ont eu de cesse de chercher à étendre leur lutte au-delà des frontières régionales ou nationales. Contre la tyrannie néolibérale, les zapatistes appellent à construire « un monde où il y ait place pour de nombreux mondes ». En deux volets, nous vous proposons deux extraits de textes fondamentaux du mouvement zapatiste et deux lettres de soutien à des luttes se déroulant sur le continent européen (Zad de NDDL/ manifestations en France contre les violences policières) parce que le vent de la solidarité internationale souffle aussi des Suds vers les Nords.

SIXIÈMECLARATION DE LA FORÊT LACANDONE ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE. MEXIQUE

vendredi 22 juillet 2005

[...]Nous sommes les zapatistes de l’EZLN. On nous appelle aussi les “néozapatistes”. Bien, alors nous, les zapatistes de l’EZLN, nous avons pris les armes en janvier 1994 parce que nous avons trouvé qu’il y en avait assez de tout ce mal que faisaient les puissants, qui ne font que nous humilier, nous voler, nous jeter en prison et nous tuer, sans que rien de ce que l’on puisse dire ne change rien. C’est pour cela que nous avons dit “¡Ya basta !” Ça suffit, maintenant ! Pour dire que nous ne permettrons plus qu’ils nous diminuent et nous traitent pire que des animaux. Et alors nous avons aussi dit que nous voulions la démocratie, la liberté et la justice pour tous les Mexicains, même si nous nous sommes surtout occupés des peuples indiens. Parce qu’il se trouve que nous autres de l’EZLN nous sommes presque tous des indigènes d’ici, du Chiapas, mais que nous ne voulons pas lutter uniquement pour notre propre bien ou uniquement pour le bien des indigènes du Chiapas ou uniquement pour les peuples indiens du Mexique : nous voulons lutter tous ensemble avec tous les gens humbles et simples comme nous et qui sont dans le besoin et subissent l’exploitation et le vol de la part des riches et de leur mauvais gouvernement, ici dans notre Mexique et dans d’autres pays du monde. [...]

Bien, alors maintenant nous allons vous dire ce que nous voudrions faire dans le monde et au Mexique, parce que nous sommes incapables de nous taire, sans plus, devant tout ce qui se passe sur cette planète, comme s’il n’y avait que nous qui étions là où nous en sommes.

Alors dans le monde, nous voulons dire à vous tous qui résistez et luttez à votre façon et dans votre pays que vous n’êtes pas seuls et que nous, les zapatistes, même si nous sommes tout petits, nous vous soutenons et nous allons chercher un moyen de vous aider dans vos luttes et de parler avec vous pour apprendre, parce que s’il y a bien une chose que nous avons apprise, c’est à apprendre. [...]

Et nous voulons dire aux frères et sœurs d’Afrique, d’Asie et d’Océanie que nous savons qu’eux aussi luttent et que nous voulons en savoir plus sur leurs idées et sur leurs pratiques.
Et nous voulons dire au monde que nous voulons le faire plus grand, si grand que puissent y avoir leur place tous les mondes qui résistent parce que les néolibéralistes veulent les détruire et qu’ils ne se laissent pas faire mais luttent pour l’humanité. [...]

Et nous disons à tous ceux et à toutes celles qui résistent dans le monde entier qu’il faut organiser d’autres rencontres intercontinentales, même si ce n’est qu’une seule de plus. En décembre ou en janvier prochain, peut-être, il faudrait y penser. Nous ne voulons pas fixer de date, parce qu’il s’agit de faire les choses en se mettant tous d’accord sur où, comment et qui. Mais il ne faudrait pas que ce soit ce genre de rencontre avec estrades où il n’y en a que quelques-uns qui parlent pendant que les autres écoutent, mais une rencontre sans formalités, tout le monde sur le même plan et tout le monde parle. Avec un peu d’ordre quand même, parce que, sinon, c’est rien que du bruit et on ne comprend rien à ce qui est dit, alors qu’avec un peu d’organisation tout le monde écoute et peut prendre note des paroles de résistance des autres pour pouvoir les rapporter à leurs compañeros et compañeras dans leur propre monde. Et nous avons pensé que ça pourrait se faire dans un endroit où il y a une grande prison, pour le cas où il y aurait de la répression et qu’on nous emprisonne et, comme ça, nous ne serions pas entassés les uns sur les autres. En prison, soit, mais bien organisés, et nous pourrions continuer en prison la rencontre intercontinentale pour l’humanité et contre le néolibéralisme. [...]
source ici

Lettre du Mexique pour les manifestations en France contre les violences policières

Mercredi 31 mars 2021

compañeras et compañeros,

Recevez un salut combatif des terres de résistance du Mexique. Nous sommes des femmes et des hommes indigènes nahuas habitant sur les versants du volcan Popocatepetl dans les États de Tlaxcala, Puebla et Morelos. Nous sommes les petites-filles et les petits-fils des zapatistes qui ont combattu avec Emiliano Zapata il y a cent ans pour la terre, l’eau et la liberté.

Aujourd’hui, ces acquis gagnés au prix du sang et de la vie de nos grands-mères et grands-pères sont menacés par les politiques extractivistes et les mégaprojets de mort qui s’imposent dans notre pays et dans de nombreuses régions du monde. Dans notre territoire, la dépossession a un nom, il s’agit du Projet intégral Morelos, qui touche plus de 90 villages des États de Tlaxcala, Puebla et Morelos, et qui a pour objectif un processus de méga-industrialisation dans des territoires historiquement agricoles.

Ce projet vise à nous priver de l’eau de la rivière Cuautla qui alimente la vie agricole de milliers d’agriculteurs de l’État de Morelos ; ce projet polluera l’air, la terre et l’eau, et nous obligera à adopter un mode de vie qui n’est pas celui que nous souhaitons, qui n’a rien à voir avec notre façon de vivre et notre relation avec la terre, la nature et les communautés. Ce projet nous expose, les communautés habitant sur les versants du volcan le plus actif de notre pays, au grand risque d’une bombe à retardement que signifie pour nous ce gazoduc. Ce projet considère nos territoires comme de simples marchandises, il a mis à prix nos eaux, nos montagnes, nos terres et même nos propres vies, pour promouvoir les centrales thermoélectriques, les usines et les mines.

C’est pourquoi nous arrêtons depuis presque dix ans tout cet engrenage de dépouillement de nos peuples. Les mauvais gouvernements et leurs patrons, les entreprises, n’ont pas pu nous déposséder. Depuis 2012 ils espéraient démarrer l’opération de leurs projets mais ils n’ont pas réussi jusqu’à présent. Ça n’a pas été facile de les arrêter, nous nous sommes battus avec les lois, l’organisation communautaire et la lutte dans les rues. Pendant ces années, nous avons vécu la répression de trois gouvernements de partis politiques différents, nous avons été emprisonnés, réprimés dans les villes, torturés, menacés, dépouillés de nos radios communautaires et notre frère Samir Flores a été assassiné en 2019. Mais malgré tout cela, malgré la douleur, l’indignation et la fureur que nous ressentons, nous continuons à lutter, nous continuons à défendre nos territoires et l’avenir de nos filles et de nos fils, mais aussi l’avenir en tant que peuples que nous sommes.

Compas, le capitalisme, maître de tous les États-nations, a déclaré la guerre aux populations et au peuple d’en bas. C’est une guerre qui dure depuis des siècles mais qui s’est intensifiée et étendue. Des États qui défendent et génèrent des politiques de mort et d’asservissement de la dignité humaine, qui parlent d’égalité, de droits de l’homme, de justice dans leurs discours, mais qui font tout le contraire dans la réalité et dans l’application de leurs politiques et décisions gouvernementales. Ils utilisent tous les rouages de l’État pour contrôler et dominer les populations, ils perpétuent la haine raciale et de classe, les inégalités économiques et la politique de terreur contre celui qui est différent, pense différemment, a une couleur de peau différente. L’utilisation de la force publique et de la police en toute impunité pour développer cette guerre, pour battre, mutiler, violer, torturer et assassiner, est autorisée par les discours et les lois qui justifient cette violence contre les gens d’en bas, tout en disant « ce n’est pas de la répression, c’est seulement pour maintenir l’ordre ; ce n’est pas un meurtre, la police ne faisait que son travail », et en refusant même le statut de victimes aux personnes qui ont été la cible de cette violence policière.

Les chiens de garde du capitalisme, autrement appelés « police », ont pour seul but de veiller aux intérêts de ce système, de ces mauvais gouvernements ; dire qu’ils sont là pour veiller sur nous c’est un mensonge, nous savons sur quoi ils veillent, nous savons qui protège le monopole de la violence. Dans nos sociétés, nous devons parfois faire davantage attention à la police qu’aux autres risques. Et c’est vrai dans le monde entier, que ce soit au Mexique ou chez vous, en France. Nous sommes tou·te·s confronté·e·s aux mêmes situations avec ces chiens dressés à la haine, à la violence et à l’impunité.

Pour cette raison, compas, vous qui êtes aujourd’hui dans les rues pour exiger que justice soit faite et l’arrêt total de la violence des forces de l’ordre, nous vous adressons notre solidarité, notre courage, notre force et notre espoir. Aucune société ne peut se dire démocratique si elle permet et perpétue cette violence, cette impunité et ce mépris pour les gens d’en bas, pour les travailleurs, pour nous tou·te·s qui ne sommes pas fait·e·s pour les moules de ce qui est normal, acceptable et correct pour le pouvoir.

Nous voulons surtout dire aux familles des victimes de la violence d’État de continuer à avancer, de ne pas se décourager face à tant d’injustice, de mensonges ou d’attaques contre vous, la lutte que vous entreprenez est d’une grande importance pour transformer ce monde, la justice seulement viendra lorsque auront cessé tant d’impunité et de violence. Que votre douleur devienne la force pour continuer, qu’elle soit le cri pour demander justice. La transformation ne viendra pas des gouvernements mais de personnes organisées, avec la dignité et la force de changer ce monde.

Votre lutte et la nôtre sont liées parce que nous luttons pour une vie digne, nous luttons contre la violence de ce système capitaliste, qu’il s’agisse de mégaprojets ou de violence policière, parce que nous croyons qu’il peut y avoir un avenir différent pour nous tous, parce que votre lutte, la nôtre et celle de beaucoup d’autres dans le monde finiront par élargir la fissure qui brisera ce système de mort. [...]

Front des peuples en défense de la terre et de l’eau
des États de Morelos, Puebla et Tlaxcala

source ici

Une délégation zapatiste va venir en Europe cet été. Plus d’infos ici

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