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Gréve féministe et travailleureuses du sexe.

Ce texte a pour vocation de répondre à l’explosion de commentaires putophobes et abolitionnistes qu’il y a eu sur les réseaux sociaux suite à la campagne d’affichage du salon érotique le Venusia. Il est le produit d’une réflexion collective, féministe et queer, et nous ne cherchons pas à ce que vous le validiez.

Alors que la grève féministe approche (et non pas la grève des femmes astérisque), nous souhaitons prendre un peu d’espace aujourd’hui, au nom de notre féminisme queer décolonial et pro-sexe. Un peu d’espace pour dénoncer la disparition presque systématique du « * » de « femme » ou du mot « féministe ». Un peu d’espace pour aborder d’une autre manière cette affiche et critiquer les discours putophobes et abolitionnistes. Il n’est pas question de parler au nom des personnes travailleuses du sexe, par contre nous souhaitons manifester notre soutien à toutes les personnes qui ne peuvent pas faire la grève et à celleux qui vont décider de ne pas la faire parce qu’iels ont été invisibilisé.e.x.s par les discours grévistes (les personnes trans*, non-binaires, les femmes sans papiers, les travailleureuses du sexe, les personnes subissant le racisme, le validisme, l’islamophobie, la grossophobie et autre).

La grève féministe du 14 juin ne parle que peu, voire pas du tout, du statut des personnes travailleuses du sexe. Pourquoi soudainement s’indigner ? Est-ce que la grève s’intéresserait finalement à un sujet qui a été laissé pour compte jusqu’à présent ? Alors que les affiches, jugées sexistes, ont été censurées par la Ville de Genève, qu’en est-il des autres affiches sexistes que l’on voit 24h/24, sur nos téléphones, dans nos villes, dans nos lieux de travail ? (mettre un exemple) Depuis quand est-ce que l’on souhaite précariser des personnes oppressées au nom du féminisme ? Depuis quand y a-t-il un « deux poids, deux mesures » concernant les affiches sexistes ? Pourquoi celle-ci et pas une autre ?

De nombreuses personnes semblent avoir été choquées par le slogan « Nos femmes ne feront pas grève, pour vous ».

  • « Nos femmes ». Oui, les femmes ne sont pas la possession d’un tel ou d’une telle. Les femmes n’appartiennent à personne on est d’accord, et l’utilisation du pronom possessif « nos » est problématique. Cependant, il n’aurait pas été interprété de la même manière (donc avec autant de haine) si cela avait été un autre corps de métier ou si celles-ci avaient déclaré faire grève. Si l’on prend l’exemple des personnes travaillant dans la petite enfance, le personnel y est composé à 90% de femmes. Si celles-ci avait déclaré « nos femmes ne feront pas grève » est-ce qu’on les aurait tout de suite assimilé à du « sexisme », « misogynie », « objectification », « la honte », etc. ? Certainement pas. Parce que ce sont des travailleuses du sexe, le pronom « nos » est de suite renvoyé à l’imaginaire de la travailleuse du sexe, soumise et « femme objet ». Or, ce mode de pensée est problématique. Le travail du sexe peut être un choix, pas une contrainte, le travail du sexe est un métier comme un autre, le travail du sexe ne fait pas de toi une « femme objet » et est encore moins une insulte. C’est à travers le système patriarcal, sexiste et misogyne que ces personnes vivent, ne les précarisons pas. Finalement, certain.e.x.s diront que c’est un homme qui a lancé cette campagne d’affiche du Venusia or ; c’est une femme.
  • « Ne feront pas grève ». Est-ce le fait que des femmes ne puissent pas ou ne veulent pas venir à la grève qui choque, ou est-ce plutôt le fait que ce sont des travailleuses du sexe ? Il ne suffit pas de faire grève pour se déclarer « femme* libérée ». Les formes de libérations sont multiples. La libération, c’est également détenir l’autonomie de et sur son propre corps, d’avoir le libre choix d’en disposer, et ce, même s’il est rémunéré. Des femmes, des personnes queers, non-binaires, trans*, sans papier, racisées, travailleuses du sexe, comme d’autres, ne feront pas grève ce jour-là. Nous ne serons pas toutexs dans la rue, et nous n’aurons pas toutexs le choix ou l’envie. Alors qui suis-je pour dire à d’autres femmes ou d’autres personnes, ce qu’iels doivent faire pour atteindre leur libération ? Une femme perd-elle son « statut  » de « bonne féministe » en ne se rendant pas à la grève ? On peut voir aussi la situation d’une autre manière. Si l’on prend l’exemple inverse : « Pour vous, nos femmes feront grève », alors nous aurions applaudit de joie. Si l’affiche a été critiquée d’une telle violence, c’est parce que les termes « nos femmes » et « ne feront pas grève » ont été associés à leur corps de métier. C’est parce que certains mouvements féministes continuent à faire l’apologie de l’abolitionnisme et à le banaliser, sans y réfléchir. Pour rappel, les femmes* UDC ne feront pas grève ce jour-là. Pire, elles seront accompagnées d’une association anti-avortement. Pourtant les voix indignées semblent moins marquées sur les réseaux sociaux. Ainsi, après avoir vu les nombreux appels à actions contre l’établissement ou les affiches, une question nous a travaillé : pourquoi pas aller caillasser les bureaux de l’UDC, pourtant ouvertement fascistes et anti-féministes, au lieu de vouloir viser le Venusia ?

    Arrêtons de faire des travailleureuses du sexe nos ennemi.e.x.s, arrêtons de se désolidariser de leurs expériences, soyons des allié.e.x.s.

Rappel : « L’abolitionnisme considère que toutes les personnes qui se prostituent sont des victimes, et que si elles n’en ont pas conscience, c’est qu’elles sont aliénées ou qu’elles mentent. Cela revient à les nier en tant que sujets politiques. Notre logique est de dire que ce sont les individus concernés par la question qui savent mieux que les autres ce dont ils ont besoin" (https://www.revue-ballast.fr/griselidis-porter-parole-prostitue-e-sprostitue-e-s/)

Finalement : « Il faut au contraire se demander de quel droit nous posons des restrictions à la liberté des personnes. Et c’est là où l’abolitionnisme tombe dans tous les panneaux du moralisme et se révèle complètement contradictoire avec un projet féministe d’émancipation des femmes. Le droit de chaque femme à disposer de son corps est l’une des revendications qui fait le moins débat, du moins dans le principe, parmi les féministes. Se battre pour ce droit, c’est aussi se battre pour la reconnaissance des capacités de chaque personne à décider pour elle-même. Ce droit inclut la confiance en l’intelligence de chacun-e. Mona Chollet, comme nombre d’abolitionnistes, témoigne au contraire d’une volonté systématique de dévaloriser, stigmatiser, délégitimer les travailleuses et travailleurs du sexe et s’en prend avec violence à leurs organisations, accusées d’être des mascarades trahissant la lutte des classes et des sexes. » (https:// lecourrier.ch/2014/09/15/nous-sommes-toutes-des-putes/) !!!!!!

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