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Porteous : retour sur les négociations et avenir

Le collectif de Porteous accepte les propositions de l’Etat : si nous prenons le pari de faire confiance à l’Etat, c’est aussi car nous y voyons la possibilité d’ouvrir une nouvelle voie que celle de la répression face aux actions collectives qui dénoncent les manquements de nos politiques. Ainsi par une occupation, nous sommes parvenu-e-x-s à faire comprendre à l’Etat la nécessité d’un centre socio-culturel en lieu et place d’un centre pénitencier. Aujourd’hui, en acceptant de sortir du bâtiment, nous espérons que nous saurons leur montrer la nécessité de laisser émerger des lieux collectifs se construisant avec et pour les gens !

Il y a maintenant 6 mois, le bâtiment Porteous, situé sur la presqu’île d’Aïre, est occupé par le mouvement Prenons La Ville (PLV). Lire la brochure de Prenons la Ville. Depuis, le collectif des occupant-e-x-s s’est autonomisé et détaché du mouvement PLV, qui reste cependant un soutien important de l’occupation. En 6 mois, de nombreuses choses ont changé, et nous voudrions rappeler ici celles qui représentent pour nous les deux victoires majeures de cette occupation :

- Un projet de centre carcéral de réinsertion est remplacé par un centre socio-culturel,
- Un lieu laissé à l’abandon durant 22 ans a repris vie, et s’est fait connaître de la population genevoise.

Comme vous l’avez peut-être appris récemment par les medias, nous, le collectif d’occupation de Porteous, avons accepté un accord négocié avec le Conseil d’Etat.
Pour bien comprendre ce qui nous a mené à cette décision, commençons par un petit historique des échanges entre le collectif et le Conseil d’Etat :

Dès le lendemain de l’occupation qui eut lieu le 25 août 2018, nous avons invité le Conseil d’Etat à discuter du futur de Porteous, en particulier de l’abandon du projet carcéral qui concernait ce bâtiment. Lire la lettre au Conseil d’Etat.

La première rencontre officielle a lieu le lundi 29 octobre. Une délégation des occupant.e.x.s de Porteous c’est rendue dans les bureaux du département de la sécurité (DS) pour discuter avec M. Apothéloz et M. Maudet, alors représentants le Conseil d’Etat, en présence de représentants de l’office des bâtiments (OBA). (À savoir que c’est l’OBA qui a déposé une plainte envers les occupant-e-x-s, quelques semaines plus tôt.) Lors de cette première rencontre officielle, le Conseil d’Etat demande que le collectif des occupant-e-x-s tienne secret le contenu des négociations, en échange de la garantie d’une absence d’évacuation durant le temps des discussions. Ensuite, le conseil d’Etat nous a demandé de vider les lieux pour des raisons de sécurité.
La seconde rencontre officielle eut lieu le 12 novembre dans une composition et un contenu similaire.

À la suite de ces rencontres, nous avons accepté que des représentant de l’OBA viennent visiter le site, afin d’y mener une analyse des risques sur les polluants et la sécurité générale du bâtiment. Ces analyses se sont révélées plutôt réjouissantes pour le futur du bâtiment : pas de peinture au plomb, très peu d’amiante (et surtout sous forme de colle de faïence), quasiment pas de traces de PCB.

Il est alors amusant de constater que l’essentiel du rapport d’analyse des risques se centre sur la dangerosité des installations électriques faites par nos soins, ou sur la présence de poêle à bois, dont la fonction était de pallier au manque d’électricité, que l’Etat nous a refusé malgré des demandes répétées. L’accès à l’électricité aurait pourtant économisé la moitié des pages du rapport… Les réponses du Conseil d’Etat aux demandes techniques des occupant-e-x-s, telles que l’électricité, la reconnaissance de la sécurisation déjà effectuée, ou encore l’accès pour des véhicules, en plus d’être de plus en plus laconiques, ont toujours été : « Nous, politique. Pas technique. »

Lors de la troisième rencontre qui s’est déroulée le 27 novembre, nous avons présenté au Conseil d’Etat une ébauche de dossier (en annexe sous le texte) expliquant le projet socioculturel que nous avons imaginé à force d’évoluer dans cet espace insolite. Le seul retour que nous avons reçu à propos de ce dossier est « le manque d’aspects culturels ».
C’est aussi ce que les représentants du Conseil d’Etat nous ont transmis lors de la dernière rencontre officielle. Le débat s’est vite clos, alors que nous avions l’espoir de pouvoir discuter des solutions techniques que nous avions imaginées avec des architectes, afin de sécuriser une partie du bâtiment, et pour rassurer les craintes de responsabilité en cas d’accident, sans cesse mises en avant par le Conseil d’Etat.

Mais, là encore, l’Etat montre qu’il n’a des compétences techniques que lorsqu’il s’agit de pointer les problèmes de sécurité. Lorsque des solutions sont proposées, il refuse de rentrer en matière en affirmant qu’il ne veut pas rentrer dans les détails pratiques du sujet.

Enfin, début janvier, nous apprenons que le bâtiment est officiellement transféré au département de la cohésion sociale (DCS), dirigé par le conseiller d’Etat Thierry Apothéloz. C’est une première victoire contre la vision du « Genève tout carcéral » instaurée depuis quelques années par Pierre Maudet. Cette vision implique notamment la multiplication des centres d’enfermement, un renforcement de la répression comme mode de gestion de la société ainsi que les systèmes de pouvoirs et d’oppressions qui marginalisent toujours plus les personnes en situation déjà précaires.

Un aspect important reste encore à déterminer pour l’avenir de Porteous. Nous ne voulons pas d’une coquille vide de plus à Genève.

Nous voulons que ce projet socio-culturel réponde non seulement aux besoins de Genève, mais surtout à celleux de cette zone décentralisée qui abrite une très grande population.

Malgré cette victoire "commune", M. Apothéloz ne compte pas en premier lieu composer avec nous puisqu’il annonce que si nous ne vidons pas le lieu, les cabanes qui ont poussé sur le toit seront totalement détruites après notre expulsion.

Malgré ces menaces, nous sommes resté-e-x-s. Et nous avons continué à ouvrir le lieu et à profiter des cabanes. Nous avons fait une deuxième semaine de chantier participatif, qui a permis un grand nettoyage et des travaux de sécurisations. Nous avons été rejoint-e-x-s et soutenu-e-x-s par de nombreuses personnes, et notamment par des architectes qui nous ont aidé-e-x-s pour la réalisation des plans de sécurisation et des travaux.

Si nous acceptons, la plainte est levée. Sinon, évacuation et destruction.

Puis nous avons, à nouveau, été contacté-e-x-s par l’Etat, qui nous a invité-e-x-s, le vendredi 15 février dernier, à une rencontre, dans les locaux du département de la cohésion sociale cette fois-ci. Pensant pouvoir enfin avancer sur les questions d’une réaffectation, temporaire ou non, des espaces sécurisés durant la semaine de chantier, nous sommes venu-e-x-s en compagnie du comité de soutien formé des architectes qui nous ont aidé-e-x-s durant les dernières semaines. Lors de cette dernière rencontre, M. Bandler, accompagné par l’OBA et de la culture, nous a soumis une proposition du Conseil d’Etat : quitter le bâtiment le 15 mars et nous installer dans des containers placés à leurs frais sur le site, en échange de quoi, trois membres de notre collectif feront partie d’une commission chargée du futur du bâtiment. Si nous acceptons, la plainte est levée. Si nous refusons, ils nous menacent d’une évacuation imminente, impliquant la destruction des cabanes et de tout ce qui a été acheminé jusqu’à Porteous ces 6 derniers mois.

Comme à l’habitude, aucun autre point n’a pu être discuté lors de cette dernière rencontre. Même lorsqu’une architecte atteste que la mise aux normes du café situé au rez du bâtiment (le fameux Chic&Schlag) pourrait être effectuées très rapidement, et nous permettrait de rester sur le site à un coût bien moindre que celui de l’installation de containers. À nouveau, la seule réponse obtenue est que les aspects techniques ne seront discutés que dans la commission.
Nous repartons donc avec cette proposition, et un délai de cinq jours pour y répondre.

Le mercredi suivant nous répondons donc en posant nous aussi des demandes qui ont pour but d’assurer quelques garanties (mail en annexe). Nous voulons : que la commission se réunisse une première fois avant notre départ et qu’elle comprenne un-e architecte du comité de soutien ; que les travaux effectués par nos soins soient recensés ; que la possibilité de s’installer plutôt dans le Chic&Schlag que dans les containers soit examinée ; et qu’un accès aux cabanes soit rapidement sécurisé et assuré aux membres du collectif.

Si le Conseil d’Etat a accordé qu’un-e architecte du groupe de soutien se joigne à la commission, il y a en revanche renvoyé toutes les autres demandes à la commission, qu’il ne nominera que lorsque nous serons sorti-e-x-s du bâtiment.

Ainsi nous nous sommes réuni-e-x-s autour de l’une des tables du Chic&Schlag pour prendre cette décision difficile. Des personnes d’horizons différents, et toutes terriblement attachées à ce lieu par le temps passé, ont exprimé des doutes, des craintes, des envies, des stratégies, de l’espoir aussi et beaucoup d’écoute.

Nous décidons finalement d’accepter en nous donnant un mandat clair. Nous voulons que ce lieu reste vivant !

Pour cela nous avons une programmation qui se complète et se précise chaque semaine (et qui est toujours ouverte à proposition) pour ces six prochains mois. Le printemps et l’été à Porteous nous permettra de nous organiser à l’extérieur, comme l’été passé sur les quais mais avec, en prime, l’électricité !

Nous nous donnons aussi des objectifs pour cette commission :
- Tout d’abord faire en sortie qu’elle se réunisse le plus rapidement possible afin que le projet que nous réalisons depuis bientôt 6 mois soit enfin entendu.
- Depuis le début, le volume du bâtiment nous a incité à utiliser la technique du « grignotage ». Nous avons travaillé sur l’aménagement pièce par pièce. Nous souhaitons poursuivre cette démarche à travers les travaux de sécurisation qui auront lieu pendant que nous serons à l’extérieur du bâtiment. Ainsi le bâtiment pourra être réinvesti au plus vite, et petit à petit au fur et à mesure des travaux.
- Nous allons tenter d’instaurer au mieux la démarche participative dans les travaux. Cela nous paraît être une nécessité pour que l’Etat ne fasse pas de ce lieu une coquille vide et rutilante dont les espaces seront cédés au plus offrant. Nous souhaitons garantir l’accès et l’utilisation de Porteous au plus de monde possible en mettant en place des activités dans une démarche non marchande, et en proposant les espaces à des utilisations collectives.
- Nous souhaitons également être transparent-e-x-s sur l’avancée de la commission et inclure les personnes le désirant au processus de décision. Ainsi, chaque dimanche précédant les séances de la commission, nous souhaitons convier qui le désire à un brunch à Porteous lors duquel nous ferons un point sur la situation et où nous pourrons recueillir les propositions, volontés et conseils de toute personne intéressée.

Si nous prenons le pari de faire confiance à l’Etat, c’est aussi car nous y voyons la possibilité d’ouvrir une nouvelle voie que celle de la répression face aux actions collectives qui dénoncent les manquements de nos politiques. Ainsi par une occupation, nous sommes parvenu-e-x-s à faire comprendre à l’Etat la nécessité d’un centre socio-culturel en lieu et place d’un centre pénitencier. Aujourd’hui, en acceptant de sortir du bâtiment, nous espérons que nous saurons leur montrer la nécessité de laisser émerger des lieux collectifs se construisant avec et pour les gens !

Document de présentation de projet pour Porteous :

PDF - 6.7 Mo

P.-S.

Les documents cités en annexe sont disponibles sur notre page facebook.

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