Genève Analyses Migrations - Frontières Témoignage

Premier numéro de Paroles en exil

A l’occasion de la manifestation contre le 6ème sommet des matières premières qui aura lieu à Lausanne le 27 mars, le Collectif Sans Retour donne la parole aux exilé.e.s en publiant un premier numéro de Paroles en exil. Ce numéro rapporte les propos d’un exilé ayant quitté l’est nigérian pour la Suisse. Il pose son regard sur l’exploitation des ressources et les connivences entre les Etats coloniaux et les dirigeants du Nigéria.

À propos.

Début 2015 à Genève, des requérants d’asile ont constitué le collectif Stop Bunkers pour dénoncer l’hébergement dans les abris souterrains, ouverts par les autorités suisses. Elles prétextaient un afflux sans précédent et imprévisible de demandeurs d’asile pour imposer des conditions de vie indigne aux personnes en exil, situation qui perdure encore aujourd’hui. Le collectif Sans Retour lutte depuis deux ans à leur côté et a participé à la construction d’un puissant mouvement de contestation de la politique migratoire et d’accueil à Genève et en Suisse.

Nous ne faisons pas face à un manque de planification en matière d’asile. Au contraire, l’État laisse volontairement pourrir les lieux d’hébergement et impose les pires conditions d’existence aux personnes en exil. Ce qu’on appelle abusivement politique d’asile s’apparente en réalité à un système pensé et organisé pour dissuader les réfugié.e.s de venir en Suisse en les isolant, les précarisant et les enfermant.

Cette politique insupportable n’est pas un dysfonctionnement du système. Elle est un aperçu d’une forme de gestion des plus démunis, d’une gouvernance des pauvres. Nous nous organisons pour lutter contre la violence et le mépris de la classe politique et de celles et ceux qu’elle sert. Nous croyons à la résistance collective face au gouvernement de nos vies par l’État et l’économie capitaliste.

Une des formes de cette résistance passe par le recueil et la publication de témoignages et de paroles d’exilé.e.s. Une parole d’en bas, presque nécessairement dissidente, et qui n’est jamais ou si peu donnée à celles et ceux qui sont les mieux placé.e.s pour raconter leur vie et décrire les mécanismes d’oppression à l’œuvre. La collection Paroles en exil répond à la nécessité de diffuser ces discours, récits de parcours de vie ou prises de position.

Ce numéro rapporte les propos d’un exilé ayant quitté l’est nigérian pour la Suisse. Il pose son regard sur l’exploitation des ressources et les connivences entre les États coloniaux et les dirigeants du Nigeria, qui maintiennent par intérêt les conflits et la pauvreté dans ces contrées. Ils ont été recueillis en vue de la manifestation contre la tenue du Sommet mondial des matières premières (Financial Times Commodities Global Summit) qui se tient pour la 6ème fois à Lausanne et qui rassemble les grandes compagnies de commerce, les banques et les investisseurs. Si la Suisse organise un tel sommet, c’est en tant que complice et responsable du pillage des ressources et de l’exil forcé des personnes qui franchissent les frontières européennes. En effet, une grande partie des transactions mondiales sur les matières premières (pétrole, céréales, café, etc.) se déroule sur son territoire, qui sert par ailleurs de refuge aux fortunes de nombreux dirigeants africains. La Suisse accueille à bras ouverts ces exploiteurs responsables de l’exil des populations du Sud vers le Nord et réserve un accueil ignoble à ces dernières avant de tenter à tout prix de s’en débarrasser.

Le Collectif Sans Retour
Genève, mars 2017

Cet entretien a été réalisé à Genève en mars 2017 et traduit de l’anglais.

Mon nom est Daniel, merci pour cet interview.

Je vais dire pour le moment que je suis Nigérian, puisqu’en tant que Biafras nous n’avons pas encore réussi à obtenir l’indépendance. J’ai vingt-cinq ans et j’ai quitté mon pays pour l’Europe il y a trois ans. D’abord, j’ai rejoint l’Espagne, puis la Suisse.

Comment décrirais-tu la situation au Nigeria et celle des Biafras ?
Les pays étrangers empêchent les Biafras d’accéder à l’indépendance. Il n’y avait pas de problème dans cette région avant que les Britanniques ne la colonisent. Pour obtenir plus facilement ce qu’ils voulaient, ils ont mis plusieurs communautés ensemble et ont combiné trois religions. Ils ont appelé ça « Nigeria ».

Que voulaient-ils ?
Les ressources évidemment. Le Nigeria a toutes les ressources dont tu peux rêver : pétrole, minéraux, noix de coco, tout…

Quelle est ta région d’origine au Nigeria ?
Je viens de la partie est, plus précisément de l’État d’Abia. L’est du pays est à majorité chrétienne. Dans l’ouest, il y a un mélange entre une majorité de musulmans et des chrétiens, tandis qu’au nord il n’y a quasiment que des musulmans.

Quelles sont les ressources les plus abondantes dans l’est ?
Il y a également de tout. En comparaison, il n’y a rien dans les pays occidentaux et en Europe. Il y avait des groupes rebelles mais ils ont arrêté le combat après la proposition d’amnistie du gouvernement. Aujourd’hui, les Biafras tentent de lutter pour leur liberté et leur indépendance. Mais quand ils protestent, ils sont tués. Le président a quitté le pays depuis plus de deux mois et personne ne sait où il est. Les gens pensent qu’il est mort ou en Angleterre pour un traitement médical. Il ne communique avec personne, il n’y a même pas eu un téléphone qui prouve qu’il est toujours vivant.

Qui dirige le pays en ce moment ?
Le vice-président, depuis trois semaines, sans être formellement président. Il est en train de négocier son accession au pouvoir avec les partis et les autres politiciens. Mais ça va être compliqué parce que ce sont principalement les Anglais et les Américains qui choisissent le président. Ils préfèrent toujours une personne du nord, plus à même d’assurer la préservation de leurs intérêts, que quelqu’un de l’est.

Pourquoi ?
Parce que quelqu’un de l’est parlerait des Biafras, voire d’un référendum sur l’indépendance. Ils ont peur de ça. Alors, ils favorisent quelqu’un du nord, puisque c’est la solution la plus simple pour obtenir ce qu’ils veulent. Ils instrumentalisent les tensions entre les musulmans et les chrétiens. C’est une crise permanente. Le gouvernement fédéral reste passif. Et lorsque les chrétiens tentent de se défendre, ils sont accusés de terrorisme même lorsqu’ils répondent à une attaque des musulmans.

Tu as dit plus tôt que ce sont les Anglais et les Américains qui dirigent le Nigeria. Peux-tu développer ?
Oui, c’est encore le cas aujourd’hui. Ils influencent les politiciens nigérians et les utilisent dans leur propre intérêt. Par exemple, il n’y pas de raffinerie qui fonctionne au Nigeria. Ils exportent le pétrole brut à l’étranger pour le raffiner. Sur un million de barils de brut, seulement 400’000 seront consommés au Nigeria et 600’000 auront disparu. Le système est corrompu et ils n’ont aucun scrupule à tuer quiconque tente de protester. Toujours pour défendre leurs intérêts.

Quels sont ces intérêts ?
Leur intérêt principal est de conserver l’État du Nigeria et son territoire actuel. Les problèmes que cette situation crée sont entretenus volontairement, qu’ils soient d’ordre religieux ou politique. Les politiciens habitent des maisons de luxe et conduisent de belles voitures sous protection. Mais le Nigeria n’a ni route, ni éducation libre et gratuite. Tout y est très cher.

Où habitent ces politiciens ?
La plupart habitent au Nigeria et vont souvent dans les pays occidentaux pour leurs vacances. Les ministres et gouverneurs ont leurs comptes en Suisse, en Europe et aux États-Unis. L’argent ne reste jamais dans le pays, et on voit de nombreuses personnes émigrer. Il n’y aucune raison objective pour ça, tant le pays est riche en ressources naturelles, comme le reste de l’Afrique. Le problème vient de ces politiciens. Et les pays occidentaux ne veulent pas agir. S’ils le désiraient, ils pourraient bloquer l’argent, sanctionner les personnes coupables de corruption, mais ils profitent au contraire de cette situation et l’encouragent. Il y a tant de personnes au-dessus des lois, qui ont des relations et peuvent agir comme bon leur semble.

Comment fonctionne ce système de corruption ?
Par exemple, un gouverneur arrive au terme de ses huit ans de mandat, quelqu’un l’accuse de corruption et veut le traduire en justice. Alors, il paie et s’offre un procès truqué. Quand il reçoit des fonds pour l’État qu’il dirige, il les détourne. Il envoie l’argent sur son compte en Suisse. Personne n’est inquiet face à la justice, parce qu’ils s’en sortent toujours.

D’où vient l’argent, et comment font-ils pour se l’approprier ?
La plupart de ces gens sont ministres, sénateurs, gouverneurs. Donc, l’argent provient des fonds de l’État fédéral. Ils ont aussi les impôts et d’autres moyens d’extorquer de l’argent des masses.

Quel est le rôle des pays étrangers dans ce système ?
Ils ne font rien contre. Au contraire, ils soutiennent ces personnes pour s’assurer que le Nigeria reste un seul pays, et que les gens ne parviennent pas à s’unir. Sans cette unité, il est facile pour l’Occident de protéger ses intérêts.

Quels avantages tirent les pays étrangers de ce système de corruption ?
L’accès aux ressources. C’est l’unique raison. Si les Biafras et d’autres groupes avaient leur propre pays, ils savent que cet accès serait rendu plus difficile. Ils sont prêts à tuer pour éviter ça.

Et comment ça fonctionne actuellement ?
Chaque mois, les pays africains paient un pourcentage aux maîtres coloniaux [Colonial Masters] : la France, la Grande-Bretagne, l’Espagne, etc. Tu n’es pas au courant ? Ils prennent tout pour eux, alors que les Africains meurent de faim et de pauvreté. Tous les pays colonisés continuent de payer à leurs anciens maîtres.

En échange de quoi ?
De rien. Uniquement parce qu’ils sont les maîtres ; pour garder les hommes esclaves, comment savoir.

Sais-tu comment fonctionne l’exploitation des ressources ?
Il y a une compagnie nigériane et de nombreuses autres compagnies étrangères qui viennent principalement de Grande-Bretagne et des États-Unis. Des contrats sont signés entre elles, qui permettent ensuite de faire sortir l’argent. Les managers sont étrangers. Les travailleurs autochtones sont très peu payés. Les seuls qui gagnent beaucoup sont les managers étrangers, qui s’entourent d’un important dispositif de sécurité.

Quelles sont les conditions de travail sur les sites ?
Le travail est très dur. Pour pouvoir travailler là-bas, tu dois connaître quelqu’un, sinon tu ne seras jamais engagé. Au final, tu gagnes mieux que partout ailleurs. Les habitants du Nigeria gagnent un salaire minimum, quelque chose comme 40-50 francs par mois. Ensuite, ils doivent encore payer leur loyer. Les jeunes avec un diplôme universitaire ne trouvent pas de travail. C’est pourquoi, de nombreuses personnes se tournent vers les activités criminelles, comme les kidnappings et les braquages. Et là tu peux espérer un niveau de vie moyen et la protection des politiciens, qui te paieront pour que tu travailles pour eux. Dans ces boulots, tu gagnes le triple, donc tu es plus riche que la plupart des gens, mais ça reste très peu. Les politiciens, eux, ont des millions de dollars, et la police et l’armée pour t’éliminer.

Peux-tu décrire une journée dans une mine ?
Tu ne pars pas tant que tu n’as pas fini. Les gens finissent au milieu de la nuit et recommencent le matin, tous les jours.
Vois-tu un lien entre cette situation au Nigeria et l’émigration vers l’Europe et d’autres pays ?
L’émigration pourrait être stoppée s’il y avait une volonté de le faire, un intérêt. Mais, visiblement, il n’y en a pas. La plupart des émigrants sont diplômés. Ils ne trouvent aucun travail et vivent dans pays avec des infrastructures pourries : les routes, l’électricité, etc. Ils préfèrent prendre le risque de traverser la Méditerranée, parce qu’un visa est très difficile à obtenir et coûte très cher sans les bons contacts. Ils espèrent pouvoir gagner un peu d’argent et soutenir leur famille au pays.

Pourquoi es-tu parti ?
Parce que rien ne marche là-bas. Tu finis l’école, l’université et tu ne trouves aucun travail. Ou alors, tu trimes pour un salaire minimum réduit à rien après avoir payé les factures.

Comment les compagnies choisissent leurs ouvriers ?
Toujours en passant par un intermédiaire. Souvent un politicien. En contrepartie, il demande à ceux qu’il pistonne de l’aide pour les élections ; il fournit argent et armes afin de voler les votes en menaçant de mort les électeurs.

Du 27 au 29 mars à Lausanne, un sommet mondial des matières premières est organisé par le Financial Times avec de nombreuses grosses compagnies invitées. Qu’en penses-tu ?
Je ne sais pas vraiment. En tout cas, il doit y avoir une raison d’avoir choisi la Suisse pour ce rendez-vous. Ils essaient peut-être de s’unir pour mieux protéger leurs intérêts.

Quel est le contenu des discussions qui s’y tiennent à ton avis ? Par exemple au sujet du Nigeria ?
Un Nigeria sans sécession indépendantiste est le seul moyen de protéger leur argent. Mais aujourd’hui la situation est délicate. Ils pourraient se dire que les habitants ont assez souffert. Ils doivent en tout cas trouver un moyen de maintenir leurs intérêts dans une nouvelle situation, en négociant leur pourcentage. En cas de refus, ils tueront comme d’habitude.

Penses-tu que ces réunions ont pour objectif d’aider des pays comme le Nigeria ?
Ces gens n’ont pas un cœur d’être humain. Dans leur esprit, il n’y a que du sang. Je pense qu’ils vont seulement trouver des stratégies pour maintenir le Nigeria tel qu’il existe aujourd’hui.

Quelles sont les responsabilités de ces compagnies dans la situation du pays ?
La plupart d’entre elles ont déjà quitté le Nigeria. Celles qui restent travaillent avec le gouvernement fédéral. Mais elles sont focalisées sur leurs propres intérêts. Si elles avaient de bonnes garanties, elles pourraient tout aussi bien soutenir les revendications d’indépendance.

Donc l’indépendance n’est qu’une question d’intérêts des compagnies étrangères ?
Exactement. Parce qu’elles sont liées aux élus du parlement. Donc leurs propres décisions sont dictées par les notions de bénéfices. Je pense de toute façon qu’il est impossible d’obtenir l’indépendance sans conserver leurs pourcentages. L’ONU et les grandes organisations sont tout aussi corrompues et on y trouve le même type de personnes. Toutes connaissent très bien la situation et n’ont jamais voulu rien faire. Je ne crois pas en ces organisations internationales. Elles n’ont d’utilité que pour les pays occidentaux, pas en Afrique.

Comment considères-tu ce pourcentage que gagnent les compagnies étrangères ?
Je pense que tout ça devrait s’arrêter. Mais je sais que ça n’arrivera pas. Ils viennent et peuvent te faire président si tu acceptes leur offre. Donc tu l’acceptes…

Qu’est-ce qui devrait changer en premier lieu dans ce système ?
Au Nigeria, tu as toujours un chef au-dessus de toi. Tu ne décides rien tout seul. Les problèmes sont réglés par l’argent, il n’y a pas de lois. Rien ne peut être fait là-contre, ça existe depuis si longtemps. Qui va faire changer les choses ? Essaie, et tu es tué. La seule solution est de diviser le pays.

Que se passerait-il, s’il était possible pour les habitants d’éjecter des compagnies étrangères ?
Ce serait la fin du Nigeria, parce qu’elles ne produisent rien sur place. Ils prennent juste les ressources. Ils achètent quelque chose deux francs et le vendent cinq à l’étranger. Au final, ça fait des millions.
Donc, sans ces compagnies, tout le système s’effondrerait ?
Exactement. Tout est connecté aux compagnies et aux pays étrangers. Le raffinage du pétrole par exemple. Sur les deux ou trois raffineries nigérianes, aucune ne fonctionne. Les compagnies préfèrent prendre le brut que de le raffiner sur place.

Tu peux décrire un site d’exploitation minier ou pétrolier ?
Autour, c’est très pauvre. Il y a des genres de petites ou même de moyennes villes. La terre est polluée. Normalement, tu devrais pouvoir cultiver, planter et récolter quelque chose, mais une fois que l’exploitation commence, le pétrole pollue la terre, l’eau et l’air. Les habitants alentours sont malades.

Et ça pourrait se passer autrement ?
Ils pourraient déplacer les gens et leur donner des maisons plus loin.

J’ai lu dans un article qu’en 2004, 20 % de la population nigériane possédait 99 % des richesses…
Tu as lu ça où ?
Dans un article…
Ah ouais, un article.
Oui, un papier universitaire…
Ce n’est pas vrai. Tu ne devrais pas croire ces trucs. Si tu veux la vérité, va au Nigeria parler aux gens dans la rue. Fais des interviews et demande-leur leur avis. Ils sont là-bas toute l’année. Eux, tu peux les croire.

Mais toi, tu penses quoi de cette inégalité ?
Tout d’abord, je ne pense pas que c’est autant que 20 %. Je dirais plutôt quelque chose de l’ordre des 5 %. Et c’est toute une histoire de corruption, comme on l’a vu plus tôt.

On entend souvent dire ici que le Nigeria est déchiré par les violences : entre les religions, les oppositions politiques, les classes. Est-ce vrai et si oui, qui sont les responsables de ces violences ?
C’est le gouvernement le responsable. Quand tu n’assures pas le minimum aux gens, alors qu’ils ont voté pour toi dans ce but, que penses-tu qu’ils vont faire ? Les gens sortent de l’université après 6-7 ans et ne trouvent pas de travail. Qu’est-ce que tu crois qu’il arrive ? Tu trouves des amis et tu te lances dans des activités criminelles, des gangs. Moi je ne les blâme pas, mais le gouvernement oui. Ce n’est pas un choix. Les gens ne sont pas heureux de faire ça. Simplement, ils gagnent plus. Et ensuite tu peux acheter tout ce que tu veux, cash.

Environ 80 % du PIB vient du pétrole. Qu’est-ce que ça t’évoque ?
La majorité de cet argent provient de l’est biafra. Je pense pourtant que l’agriculture pourrait être une source importante de revenus. Mais dès le moment où on découvre du pétrole, on oublie l’agriculture et les autres ressources possibles, parce que ça prend plus de temps à se construire.

Que serait-il préférable pour les habitants ?
Que le gouvernement prenne de bonnes décisions et laisse les gens qui furent « amalgamés » par les maîtres coloniaux suivre leur propre chemin.

De nombreuses ONG sont présentes en Afrique et au Nigeria. Que penses-tu d’elles ?
Elles ont de bonnes intentions. Mais quand elles arrivent au Nigeria, elles se plient à la volonté des chefs locaux. Et ceux-ci prétendent que tout va pour le mieux, qu’il n’y a pas de violence. Et ils poursuivent ainsi leur business.

Donc ils mentent ?
Ils mentent parce que ces politiciens gagnent tant d’argent en une semaine, que tu ne pourrais même pas l’espérer en une vie de travail en Suisse.

Mais ces organisations sont au courant du système de corruption en place ?
Tout le monde sait. Mais personne ne veut la division du Nigeria. Il y a seulement les citoyens des pays étrangers qui ne savent rien et qui croient ce que les médias prétendent. Comme le fait que « l’Afrique est très pauvre ». Ce n’est pas vrai. L’Afrique est plus riche que l’Europe ou les États-Unis. Mais le problème reste la corruption. Sans elle, tu verrais des Européens immigrer en Afrique.

S’ils étaient au courant, penses-tu qu’ils feraient quelque chose ?
Peut-être qu’ils protesteraient. Le gouvernement veut à tout prix l’éviter et empêche la vérité d’émerger en contrôlant les médias et en diffusant des mensonges.

Que pensent les habitants de Suisse des Nigérians ?
Je ne sais pas vraiment. Des sommes colossales sont déposées dans les banques suisses par les politiciens du Nigeria, donc je pense que le gouvernement helvétique ne dira rien. Tant qu’il peut bénéficier de la corruption du système, il s’en fiche.

Donc personne ne désire un réel changement : ni le gouvernement nigérian, ni les compagnies étrangères, ni les pays occidentaux. Qui peut réaliser ce changement ?
C’est la vraie question. Personne. Tu seras tué si tu essaies.

Et que peut-on faire depuis l’Europe en tant que personnes qui désirent que les choses changent ?
Tout ce que tu peux tenter. Aller dans les parlements, à l’ONU et protester. Mais ils ne feront rien. Peut-être qu’ils espèrent qu’on s’entre-tue avant de faire quoi que ce soit. Mais se battre est aussi un moyen de leur donner plus d’argent, puisqu’ils vendront les armes, les véhicules et les avions de combat. Un autre moyen de gagner d’énormes sommes.

Veux-tu ajouter quelque chose en conclusion ?
La seule chose que je veux ajouter, c’est que si l’ONU et les autres organisations internationales ne veulent pas agir de manière juste, il vaut mieux qu’elles soient dissoutes, plutôt que de rester muettes aux prix de vies humaines. Elles savent ce qui se passe et ne font rien. C’est vraiment mal. Elles devraient avoir honte et se dissoudre.

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P.-S.

Pour pousuivre sur la même thématique, le collectif Sans Retour vous invite à la projection du documentaire Miner Shot down du réalisateur Rehad Desai, 2014. Dimanche 26 mars 2017, 17h à l’ABARC, 151 route de Vernier.

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