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Rassemblement en soutien à Matthias : photos et discours

Il pleuvait fort à Genève hier. Mais nous étions présent-e-s et déterminé-e-s à faire entendre nos voix en faveur de la justice sociale. Une trentaine de personnes sont venues montrer leur soutien devant le Tribunal des Mesures de Contrainte entre 8h et 10h du matin. Ielles ont pu repartir sans encombre à la fin de la manifestation, malgré la surveillance rapprochée de plusieurs pions en uniformes bleus. (//english below//)

Nous avons lu un discours à plusieurs reprises à l’attention des passant.e.s, tambouriné et scandé sans relâche quelques slogans, tout cela accompagné par une bande son de cris d’individu.e.s que cette société spéciste détruit chaque jour : cabris et cochons étaient à nos côtés pour rappeler la véritable violence, celle qui se déroule systématiquement derrière les murs bien épais des abattoirs, élevages et laboratoires du monde entier. N’oublions pas que pour les prisonnier-ère-s humain-e-s et animaux, c’est l’enfermement permanent. Et c’est cela qui doit nous révolter. Murs par murs, briques par briques, nous détruirons toutes les prisons !

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"8 mois. 8 mois, qui deviendront bientôt 10. 10 mois qui deviendront bientôt une année. 23 heures sur 24 passées derrière les barreaux de la prison de Champ-Dollon, c’est le quotidien de Matthias depuis le 29 novembre 2018. Le motif ? Cet activiste antispéciste est soupçonné d’avoir commis différentes dégradations matérielles et surtout, son idéologie politique dérange. Entendez des bris de vitres, des tags, des affiches arrachées et l’utopie de croire que les animaux sont des individus qui méritent d’être respectés dans leur intégrité.

Plus de 8 mois incarcéré pour être soupçonné d’avoir fait entendre leur voix dans une société qui fait systématiquement primer les intérêts économiques sur le droit à la dignité, humaine et animale. Cumulés sur le reste du monde, ces mois d’emprisonnement révèlent une réalité intolérable : celle des activistes criminalisé-e-s pour leur engagement aux côtés de populations opprimées. Celle des populations opprimées elles-mêmes, privées de liberté sous prétexte qu’elles ne seraient pas conformes aux attentes sociétales. Qu’elles seraient indignes de s’ émanciper. Qu’elles seraient les criminel-le-s à enfermer pendant que le système patriarcal, écocidaire, capitaliste et spéciste oeuvre en toute bonne conscience, en mettant à sac la planète et ses habitant-e-s, toutes espèces confondues.

Pour reprendre les mots d’Angela Davis, figure du mouvement de libération des personnes noires, elle même soumise à la répression politique et fer de lance de l’idéologie anticarcérale :
"Partout dans le monde, l’institution carcérale sert aujourd’hui de lieu où parquer les personnes qui incarnent les principaux problèmes sociaux. (...) À de nombreux égards, la prison fonctionne comme une institution qui conforte l’impuissance de l’État et son refus de s’attaquer aux problèmes sociaux majeurs".

En d’autres termes, le Tribunal des mesures de contrainte rejoue l’histoire sans en tirer les leçons. En décidant d’une énième prolongation de la détention de Matthias, il prouve son incapacité à oeuvrer contre les injustices réelles que Matthias et d’autres activistes égalitaristes dénoncent. Le spécisme. Le racisme. Le colonialisme. Le sexisme. Le capitalisme. L’attitude écocidaire des gouvernements et des lobbies. On s’en prend au petit militant en en faisant un exemple, tentant ainsi de faire taire un mouvement de lutte socio-politique majeur. Mais le Tribunal oublie une chose. Les luttes antispéciste, écologiste et antiraciste ne sont pas le propre d’un individu. Elles sont le fruit de mouvements systémiques qui se mobilisent partout dans le monde. La répression n’a jamais servi qu’à renforcer le sentiment d’injustice, la volonté de se rebeller, la détermination à prouver que les victimes et les coupables ne sont pas celles et ceux que l’on croit.

Nous ne sommes pas là pour vous convaincre du bien-fondé des luttes que nous menons. Nous sommes là pour dénoncer et nous opposer au système carcéral et à la répression politique révélatrice des dysfonctionnements principaux de notre société. La violence des oppressions institutionnalisées est incomparable aux quelques actions de sabotage matériel pour lesquelles Matthias est soupçonné. Aucune vitre n’équivaudra jamais à la vie d’un animal qui résiste à l’abattoir. Aucune frontière ne suffira à freiner le droit à la dignité humaine. Enfermer quelqu’un-e pour ses convictions politiques relève d’une violation grave de la liberté de conscience garantie prétendument par la Constitution fédérale et la Convention européenne des droits de l’Homme.

Alors que la législation actuelle autorise le meurtre par milliards d’êtres sensibles, elle condamne fièrement "le délit de solidarité". Elle considère que de venir en aide à des humain-e-s ou des animaux sur le point de mourir, relève de la délinquance. Tenter d’empêcher des massacres donc, est condamnable par ce système législatif prétendument exemplaire au regard du reste du monde. C’est ridicule. Pire. C’est une honte symptomatique d’un système incohérent et inégalitaire. Alors que les derniers rapports scientifiques sur la conscience animale, les conséquences de l’élevage et de la pêche sur le dérèglement climatique sont unanimes, on préfère jouer à la symbolique des trois singes : on ne voit rien, on n’entend rien, on ne dit rien. Et on achève à coup de sanctions pénales celles et ceux qui oseraient perturber l’ordre établi.

Alors en conclusion, cher-ère-s juges, nous sommes ici pour vous le demander : comment vous regarderez-vous dans la glace, quand l’effondrement sera devenu palpable sur nos terres, et que vos enfants vous demanderont comment vous vous étiez positionné-e-s quand des militant-e-s et des collectifs unissaient leurs forces pour provoquer un changement essentiel en vue de la préservation de la vie sur terre ? Nous n’attendons bien entendu aucune réponse, mais vous encourageons à vous la poser, cette question. Si nous sommes ici aujourd’hui, ce n’est pas pour implorer votre pitié, mais pour vous le crier haut et fort : notre amour pour la signification véritable de la justice et notre détermination à défendre les populations que vous opprimez dépassent les barreaux des cellules de détention et les frontières.

Nous sommes partout. Nous ne lâcherons rien. Et nous ne laisserons pas ce système continuer à réprimer l’engagement vers la liberté. Vers l’égalité. Vers la vie sur terre."

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//English//

’’8 months. 8 months, which will soon become 10. 10 months, which will soon become a year. 23 hours out of 24 spent behind bars in Champ-Dollon prison, this has been Matthias’ daily life since 29 November 2018. The motive ? This antispeciesist activist is suspected of having committed various material degradations and, above all, his political ideology is disturbing. Hear broken windows, tags and posters ripped off and the utopia of believing that animals are individuals who deserve to be respected in their integrity.

More than 8 months in prison on suspicion of having made their voices heard in a society that systematically puts economic interests ahead of the right to human and animal dignity. Taken together with the rest of the world, these months of imprisonment reveal an intolerable reality : that of criminalized activists for their involvement with oppressed populations. That of the oppressed populations themselves, deprived of their freedom on the pretext that they are not in conformity with societal expectations. That they would be unworthy of emancipation. That they would be the criminals to be locked up while the patriarchal, ecocidal, capitalist and specist system works in all good conscience, by destroying the planet and its inhabitants, all species combined.

In the words of Angela Davis, a figure of the black people’s liberation movement, who was herself subjected to political repression and spearheaded the anti-carceral ideology :
"All over the world, the institution of the prison is now used as a place to park people who embody the main social problems. (...) In many respects, prison functions as an institution that reinforces the powerlessness of the state and its refusal to address major social problems."

In other words, the Court for Coercive Measures is replaying history without drawing any lessons from it. By deciding on yet another extension of Matthias’ detention, he is proving his inability to work on the real injustices that Matthias and other egalitarian activists are denouncing. Speciesism. Racism. Colonialism. Sexism. Capitalism. The ecocidal attitude of governments and lobbies. The small activist is attacked by making an example of him, trying to silence a major socio-political struggle movement. But the Court forgets one thing. Antispeciesist, ecological and antiracist struggles are not an individual’s own. They are the result of systemic movements that are mobilizing all over the world. Repression has only served to reinforce the feeling of injustice, the will to rebel, the determination to prove that the victims and the perpetrators are not the ones we believe.

We are not here to convince you of the merits of the struggles we are waging. We are here to denounce and oppose the prison system and the political repression that reveals the main dysfunctions of our society. The violence of institutionalized oppression is incomparable to the few acts of material sabotage for which Matthias is suspected. No glass will ever be equivalent to the life of an animal that resists slaughter. No single border will be enough to curb the right to human dignity. To confine someone for his/her/their political beliefs is a serious violation of the freedom of conscience supposedly guaranteed by the Federal Constitution and the European Convention on Human Rights.

While current legislation allows the murder of billions of sentient beings, it proudly condemns "the crime of solidarity". It considers that helping people or animals about to die is a crime. Attempting to prevent massacres, therefore, is reprehensible by this allegedly exemplary legislative system in the eyes of the rest of the world. This is ridiculous. Worse. This is a shame symptomatic of an incoherent and unequal system. While the latest scientific reports on animal consciousness, the consequences of breeding and fishing on climate change are unanimous, we prefer to play with the symbolism of the three apes : we see nothing, we hear nothing, we say nothing. And criminal sanctions are being imposed on those who would dare to disrupt the established order.

So in conclusion, dear judges, we are here to ask you : how will you look at yourself in the mirror, when the collapse will have become palpable on our lands, and when your children will ask you how you positioned yourself when activists and collectives joined forces to bring about essential change for the preservation of life on earth ? We are of course not waiting for an answer, but we encourage you to ask yourself this question. We are not here today to beg for your pity but to cry out loud and clear to you : our love for the true meaning of justice and our determination to defend the people you oppress transcend the bars of detention cells and borders.’’

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P.-S.

L’avocat de Matthias a fait appel à la décision du TMC, nous devrions connaître la décision avant le 22 août 2019. Restez connect.é.s.

Cagnotte de soutien face à la répression :
https://www.cotizup.com/cagnotteantirepression?fbclid=IwAR2kveuFW29tquNeZewVjDu2M-3xFlZHBwxnPjnwZjBXlEIWxDnocrzLXGM

Contact du collectif :
soutienauxactivistes@protonmail.com
page facebook.

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