Analyses Urbanisme - Transport

Anne Clerval : La « gentrification » : une lutte de classes dans l’espace urbain

Ce texte est une transcription retravaillée de la présentation "La « gentrification » : une lutte de classes dans l’espace urbain ?" par la géographe marxiste Anne Clerval datant de 2011. Clerval décrit les processus de gentrification propres aux métropoles occidentales, en présentant les facteurs, les dynamiques spatiales et les acteurs de ces processus. Elle se penche notamment sur les discours et modes de vie des gentrifieurs, et sur la complicité des pouvoirs publiques dans ces dynamiques de transformation.

Cette présentation parle de la gentrification, en l’occurrence à Paris intra-muros. Pour commencer, quelques éléments de définition.

La gentrification, c’est une forme particulière d’embourgeoisement qui concerne les quartiers populaires et qui passe par la transformation d’abord de l’habitat, puis d’un quartier dans son ensemble, en passant par les espaces publiques et les commerces. C’est une transformation sociale particulière d’un espace qui passe par une transformation matérielle. Les formes sont variées : réhabilitation d’habitats anciens, construction neuve sur des friches industrielles, etc. Ce qui fait l’unité de la notion, à mon sens, c’est qu’à chaque fois il s’agit d’une appropriation, à la fois matérielle et symbolique, d’un espace populaire – qu’il soit de résidence, ou de production – par une autre classe sociale, en l’occurrence mieux placée dans les rapports de classe. L’idée de lutte de classes dans l’espace urbain en découle.

Je vais présenter un travail de géographie, inspiré de la géographie marxiste, qui est aujourd’hui principalement anglo-saxone. Je vais tenter de comprendre comment replacer les dynamiques de gentrification dans les rapports de classe, et quelles sont les questions politiques que cela pose. Le fil conducteur sera de montrer l’importance du rôle de l’espace dans les rapports de classe, et donc de la prise en compte de la dimension spatiale de ces rapports, à la fois pour l’analyse et pour la lutte politique.

Je vais développer quatre points : 1. L’origine et l’intérêt de la notion de gentrification ; 2. Les facteurs et modalités de la gentrification à Paris ; 3. La place de la gentrification dans les rapports de classe ; 4. Critique des politiques publiques menées à Paris depuis 2001.

1. Origine et intérêt de la notion de gentrification

La gentrification est une forme particulière d’embourgeoisement, à distinguer d’autres formes telles que par exemple l’embourgeoisement des quartiers de classe moyenne sans transformation urbaine, ou encore le renforcement de l’exclusivité sociale des quartiers bourgeois. J’ai choisi d’utiliser ce terme en français, au lieu de parler d’embourgeoisement, pour plus de précision.

Ce mot est un néologisme inventé en 1964 par Ruth Glass, sociologue marxiste allemande établie à Londres et proche du parti communiste anglais. Le néologisme est formé à partir du mot gentry en anglais, qui signifie “la petite noblesse terrienne anglaise”, au sens littéral. Ce n’est pas tant ce sens qui est utile ici, mais plutôt son utilisation péjorative qui signifie “gens bien nés”, un peu comme on dirait “les bourges” en français. Donc d’emblée un terme qui désigne un processus tout en le critiquant. C’est devenu une notion scientifique théorisée par des chercheurs et chercheuses géographes anglo-saxons dès les années 1970 et 1980. Parmi ces chercheurs, on peut isoler un courant de géographie marxiste important, notamment avec Niel Smith, élève de David Harvey, qui analyse l’inscription spatiale des rapports de classe dans la ville, et l’utilisation de l’espace par le capitalisme pour sa survie. Ce courant de géographie marxiste anglophone s’est inspiré de la recherche urbaine marxiste française des années 1960 et 1970, avec notamment Henri Lefebvre et Le Droit à la ville, ou encore Manuel Castells, Francis Godard – qui était alors marxiste – qui analysaient et combattaient les grandes opérations de rénovation à Paris. Aux États-Unis, cette pensée s’inscrit dans un courant plus large de géographie radicale, qui s’intéresse à différents types de rapports de domination, notamment des rapports de domination de sexe et de race, et qui prend également en compte les questions écologiques et la critique de l’État. Dans la géographie radicale américaine, il y a une influence anarchiste et trotskyste, qui la distingue de la géographie urbaine de l’époque en France, plutôt proche du parti communiste.

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L’intérêt d’utiliser cette notion de gentrification est qu’elle permet une vision dynamique de la division sociale de l’espace. C’est un processus de transformation et d’adaptation de l’espace urbain ancien à l’état actuel des rapports de classe. C’est une dimension qui ne va pas de soi, qui est conflictuelle et qui implique une action volontaire d’acteurs assez variés. La notion de gentrification permet de montrer que l’espace urbain est un enjeu majeur dans les rapports de classe, un enjeu de lutte entre les classes sociales, que ce soit pour la reproduction sociale du pouvoir de classe des dominants, ou pour les solidarités de classe et la capacité de résistance des dominé.e.s, qui ne se joue pas que sur le lieu de travail.

2. Les facteurs et modalités de la gentrification à Paris

Je vais venir maintenant au cas de Paris. La spécificité de cette ville est que le processus de gentrification arrive avec un décalage de vingt à trente ans par rapport à des villes occidentales comme Londres ou New York. Pourtant, on peut isoler les mêmes facteurs structurels que pour ces villes là, mais avec des freins que je vais vous présenter.

Les facteurs structurels de la gentrification, à Paris comme ailleurs, sont d’abord la transformation de la base économique de l’agglomération. Cela modifie la structure d’emploi, et donc de la structure de classe. Grosso modo, ce sont des processus connus : désindustrialisation drastique de Paris, qui était le premier pôle de production industriel en France, et qui est aujourd’hui la région la moins industrialisée de France. Donc un déclin très fort des emplois ouvriers. Parallèlement à cette désindustrialisation, on retrouve un processus qu’on appelle la métropolisation, c’est à dire la concentration des activités tertiaires stratégiques – finance, banques, assurances… mais aussi recherche, culture – dans un petit nombre de grandes villes des pays capitalistes avancés ou émergeants. La conséquence, dans ces villes là, est le développement considérable du nombre d’emplois cadres, ingénieurs, ou les professions culturelles. Des gens qui se distinguent donc par un haut niveau de diplôme, avec une rémunération généralement plus importante que celle des classes populaires.

Ces tendances de métropolisation et désindustrialisation sont observables dans tous les pays capitalistes avancés, mais elles ne sont pas pour autant naturelles ni inéluctables comme on les présente la plupart du temps. Elles sont le résultat de stratégies d’entreprises multinationales qui délocalise la production, mais aussi de politiques publiques qui vont dans leur sens. À commencer par la décentralisation industrielle en France entamée dans les années 1960, avec, souvenez vous, un déplacement d’usines de Paris à la Bretagne, où la main d’œuvre avait l’avantage d’être féminine, moins syndiquée, moins revendicative et moins payée. Aujourd’hui, on va jusqu’à l’Indonésie. Ces tendances sont également accélérées par le programme néo-libéral que nous connaissons bien, qui favorise la libre circulation des marchandises et des capitaux. Je rappelle que ces politiques ne sont pas imposées par les multinationales, elles sont bel et bien menées par les États, à l’intérieur de l’Union européenne comme de l’OMC.

Résumons. D’un côté, nous avons des restructurations du système capitaliste international sous l’effet de politiques publiques et de logiques privées. Ces restructurations entrainent la transformation de la structure des emplois et donc de la structure de classe, ce qui provoque in fine une redistribution territoriale des classes sociales. Aujourd’hui, il y a une concentration des professions cadres dans les grandes villes, tandis que les ouvriers vivent dans les espaces ruraux périphériques. C’est donc un retournement complet du territoire, puisque traditionnellement les ouvriers étaient surreprésentés dans le cœur des villes. Ce phénomène a des implications importantes pour la lutte politique, car la mobilisation du prolétariat dans des espaces ruraux périphériques est bien plus compliquée à mettre en place que dans le centre des villes.

Cela dit, ces facteurs que l’on trouve partout ne suffisent pas à expliquer la gentrification de Paris, car il y a un écart très fort entre les emplois offerts à Paris et les actifs résidents à Paris. Quelques chiffres. Les emplois d’employés et d’ouvriers, qui correspondent à la classe populaire, représentent 38% des emplois exercés à Paris. De l’autre côté, 32% des emplois sont occupés par les cadres et professions intellectuelles supérieures. Mais en revanche, si on prend les actifs résidents, c’est à dire les gens qui vivent à Paris, on n’est plus qu’à 28% pour les ouvriers et employés, donc 10 points d’écart, et on atteint 44% pour les cadres et professions intellectuelles supérieurs, c’est-à-dire 12 points en plus. Cela montre que la distorsion du rapport de classe est encore plus forte dans l’espace résidentiel que dans l’espace des emplois. En plus de la transformation de ces rapports de classes, il y a bien une sélection résidentielle à l’œuvre. Cette sélection est liée à la spéculation immobilière, à l’augmentation des loyers, etc. Voilà donc des facteurs structurels que l’on retrouve dans toutes les villes, et qui montre bien le fort potentiel de gentrification à Paris.

Comment expliquer cette modification tardive, et quels ont été les freins ? La spécificité de ces freins est qu’ils viennent principalement des politiques publiques. Le premier frein fut le contrôle des loyers, instauré par la loi de 1948, valable en France jusque dans les années 1980. C’est seulement dès ces années là que les loyers sont libéralisés, principalement au moment du renouvellement du bail, ce qui permet une hausse générale des loyers. Cette hausse encourage les ménages à s’endetter pour devenir propriétaires. La copropriété se développe, ce qui freine la démolition d’immeubles entiers au profit de leur réhabilitation.

De l’autre côté, un frein un peu paradoxal, qui est celui des politiques de rénovation. Ces politiques de démolition-reconstruction des quartiers populaires dégradés, dans les années 1960-70 et jusque dans les années 1980, ont été dénoncées avec force par les géographes et sociologues marxistes de l’époque. Même si au départ il y avait une volonté de tertiairiser la ville, de la moderniser et de l’adapter à l’automobile, et donc de favoriser l’arrivée de la classe moyenne dans les quartiers populaires, avec le recul, on se rend compte qu’on a quand même créé beaucoup de logements sociaux dans les quartiers populaires, notamment dans les années 1980, sous l’égide de la ville. Finalement aujourd’hui, ces îlots de logements sociaux rénovés sont un frein à la gentrification et contribuent partiellement à maintenir les classes populaires à Paris. Cette politique de rénovation fut officiellement abandonnée en 1995 par Jean Tiberi qui remplace Jacques Chirac à la mairie de Paris.

La rénovation fut remplacée par un soutien public à la réhabilitation privée, incitative, sans réelle contrepartie. La production de logements sociaux s’est donc effondrée. C’est en 1995 seulement – je rappelle qu’à New York par exemple, ce processus commence en 1960 – qu’on passe à une politique de soutien de la gentrification. Les freins ont été levés, ce qui permis de lancer de nouveaux cycles de spéculation immobilière. La hausse des loyers et des prix entame un premier cycle de 1986 à 1991, suivi d’un crack immobilier lié à la spéculation sur les bureaux. Puis reprend à nouveau, depuis 1998 jusqu’à aujourd’hui – avec toutefois une petite pause en 2009 due à la crise financière – et on ne sait aujourd’hui pas quand est-ce qu’elle va s’arrêter. Cette hausse est également favorisée par la stratégie des banques, qui baissent considérablement leurs taux d’intérêts, ce qui permet l’accession à la propriété dans le parc privé.

Je souligne cette importance de l’immobilier, redevenu un secteur spéculatif lucratif à Paris grâce à la levée de ces freins, car ce mouvement est relevé par David Harvey, qui montre que c’est un secteur économique clé qui permet l’immobilisation du capital en circulation – capital en constante augmentation – et qui rend le système instable. Or les villes peuvent être vues comme une grande concentration de capital fixe, et aussi un lieu de rentabilisation maximale du capital. C’est un secteur clé à avoir à l’œil. Un des moyens de faire de l’argent par l’immobilier est de revaloriser des espaces dévalorisés, afin de faire du profit plusieurs fois sur le même espace. C’est un fondement de ce que Harvey appelle le développement géographique inégal, qui est valable au niveau du monde entier.

3. La place de la gentrification dans les rapports de classe

Donc la gentrification n’est pas que l’affaire d’une classe sociale qui en remplace une autre. C’est aussi quelque chose qui concerne la dynamique du capital dans le monde. Ce qui m’amène au troisième point, et la place de la gentrification dans les rapports de classe. Aujourd’hui, l’ensemble du territoire parisien est concerné par la gentrification. D’un point de vue des rapports de classes, on peut voir la gentrification comme le témoignage de l’ascension d’un nouveau groupe social, la petite bourgeoisie intellectuelle, pour reprendre les mots du sociologue et urbaniste Jean-Pierre Garnier. C’est à la fois l’ascension de ce groupe social et sa prise de pouvoir sur la ville. Les ménages gentrifieurs, ceux qui s’installent et particulièrement ceux qui se portent acquéreur de logements dans les quartiers populaires en réhabilitant ces logements, ne sont pas des bobos, comme on l’entend souvent.

Je me permets d’ailleurs une petite parenthèse. L’expression bobo vient de David Brooks, qui considère que les bourgeois et les bohèmes ne sont aujourd’hui plus deux classes séparées, donc qu’il n’y a plus de classes sociales et que tout va mieux dans le monde. Alors le terme bobo peut être utilisé dans le langage courant, mais quand on est très sérieux on évite d’utiliser ce terme, qui est réactionnaire. Je préfère parler de petite bourgeoise intellectuelle, la même que Bourdieu en 1979 appelait la petite bourgeoisie nouvelle.

Ce sont des gens qui occupent des positions intermédiaires dans les rapports de classe, comme la petite bourgeoisie traditionnelle. Ce ne sont plus des petits propriétaires ou petits commerçants, mais des gens qui ont un rôle d’encadrement et d’inculcation idéologique. Ce sont des personnes qui travaillent dans les médias, dans la culture, dans l’enseignement – donc nous même, aussi. Ces gens sont une huile dans les rouages de l’exploitation sur laquelle est fondée le système capitaliste, et leur rôle est d’autant plus important aujourd’hui que les conditions de travail sont de plus en plus difficiles, et que les inégalités augmentent. C’est grâce à ces travailleurs qu’on a appris que le capitalisme ne pouvait plus être remis en cause, que peut-être que maintenant, la seule chose à faire était de se divertir, qu’il y avait plein de choses sympathiques à faire et qu’on pouvait aussi acheter des iPads et la vie serait belle.

Donc ces gentrifieurs, qui appartiennent à cette petite bourgeoisie intellectuelle, sont à la fois le produit du système capitaliste et de ses reconfigurations contemporaines, et sont parmi les acteurs importants de la transformation de la ville, à travers leur accession à la propriété et la réhabilitation de leurs logements. Certains ménages ont un véritable parcours d’acquisition-réhabilitation successives, c’est à dire qu’ils l’ont fait deux, trois, quatre fois, jusqu’à que ça devienne une sorte de hobby, d’acheter un vieux logement et de le réhabiliter. À chaque fois qu’ils le font, ils laissent derrière eux un logement inaccessible aux classes populaires. La réhabilitation et la décoration intérieure du logement est devenue un secteur commercial et un loisir à part entière. Pour preuve de cela, les magazines et magasins dédiés, certains s’installant symptomatiquement en plein cœur de Paris, comme Leroy Merlin qui s’installe dans les années 1990 juste à côté du Centre Pompidou. On ne peut pas comprendre l’installation d’un trivial magasin de bricolage à côté d’un haut lieu de culture si on ne comprend pas la gentrification. Ces mouvements sont profondément liés et ne sont pas anodins puisque, comme Garnier l’a bien montré, le Centre Pompidou joue un rôle de lancement majeur du processus de gentrification de la rive droite parisienne, deux décennies auparavant.

Cette petite bourgeoisie intellectuelle gentrifieuse est porteuse d’une autre vision de la ville que celle de la bourgeoisie traditionnelle. Dans les lieux où ils habitent, ces gentrifieurs se font les promoteurs d’un nouveau mode de vie et se réapproprient en partie des éléments de la sociabilité populaire, notamment en valorisant la sociabilité d’immeuble, de proximité, les repas de voisins, etc. Ils portent le plus souvent la vision d’une ville plus axée sur la qualité de vie que sur l’efficacité économique, en essayant par exemple d’avoir une certaine proximité entre leur maison et leur travail, ce qui permet d’aller au travail avec des moyens de circulation non-motorisés. Ils soutiennent l’importance des espaces verts, l’importance des services publiques, etc., et surtout promeuvent la mixité sociale.

Cette promotion de la mixité sociale est assez problématique dans leur cas, puisqu’il n’y a pas de réelle pratique du mélange social. Au contraire, leur présence même dans ces quartiers tend à remettre en cause la mixité sociale de ces derniers, à terme. En général les gentrifieurs pratiquent l’évitement scolaire généralisé. On peut même voir la suppression de la carte scolaire comme répondant en partie à la demande de ces ménages petits-bourgeois, que le marché immobilier a contraint à s’installer dans des quartiers populaires, et pour qui l’école publique de quartier peut être vécue comme un déclassement. Sur cette question, il faut se référer à Jean-Christophe François et Franck Poupeau, qui ont théorisé ça. Ce discours qui valorise la mixité sociale peut être vu comme une stratégie de distinction sociale, de la part de ces ménages, qui justifient leur propre présence dans les quartiers populaires par retournement, puisqu’ici, la mixité sociale, c’est eux qui la font. C’est aussi une façon pour eux de se distinguer des classes moyennes pavillonnaires qui vivent tous entre eux, et de la grande bourgeoisie des beaux quartiers qui vivent aussi dans l’entre-soi.

Ce qu’on saisit ici, c’est l’émergence d’une concurrence avec la bourgeoisie des beaux quartiers, notamment en termes de vision de la ville. On refuse le tout-automobile, on valorise – même si c’est ambigu – les quartiers populaires, on soutient l’immigration – beaucoup de gentrifieurs s’engagent aux côtés des sans-papiers – et on défend les services publics. Il y a là une concurrence politique qui soutend une volonté hégémonique sur la ville, et c’est un moment clé, le moment où ces petits-bourgeois, ces gentrifieurs, ne remettent plus en cause la définition des politiques macro-économiques. Celles-ci ne paraissent plus accessibles et contestables. La plupart des gentrifieurs interrogés se disent de gauche réaliste, c’est à dire qu’ils adhèrent pleinement au tournant libéral de la gauche parlementaire. Donc si on ne peut pas changer la vie, on peut changer la ville, et c’est ce qu’on s’emploie à faire chaque jour.

Pour prendre le pouvoir sur la ville, la petite bourgeoisie intellectuelle s’appuie notamment sur son pouvoir médiatique, puisque c’est elle qui travaille dans les médias, qui définit les sujets à la mode, et donc qui a une influence idéologique assez importante. La vision du monde promue par la petite bourgeoisie intellectuelle se focalise sur la qualité de vie, sur les sujets de société abordés sans référence aux rapports de classe, ceux-ci complètement passés sous silence. Même l’immigration, quand il y a un engagement aux côtés des sans-papiers, est envisagée sous un angle antiraciste, dans une perspective des droits de l’homme, plus qu’anticapitaliste, en dénonçant les conditions d’exploitation de ces travailleurs.

Qu’en est-il des classes populaires dans les quartiers gentrifiés ? Là où j’ai pu mener mes recherches, celles-ci sont très fragmentées, notamment à Paris. Si on prend l’exemple du Faubourg du Temple, en bas de Belleville, on a parmi les classes populaires, des ménages d’employés et d’ouvriers, d’origine parisienne ou rurale, qui ont commencé à travailler très jeunes, qui sont installés dans le Faubourg depuis des décennies. Aujourd’hui à l’âge de la retraite, ils voient d’un très mauvais œil la disparition des commerces traditionnels et du tissu social qu’ils connaissent. La disparition des usines, de l’artisanat, le départ en banlieue des habitants qu’ils ont connus suite à la construction de logements sociaux en dehors de Paris, et la reprise des commerces par des immigrés, sont les facteurs qu’ils perçoivent comme problématiques. Ils sont d’ailleurs beaucoup plus focalisés sur l’arrivée d’immigrés dans leur quartier que sur l’arrivée d’éventuels gentrifieurs.

Les immigrés qui vivent au Faubourg du Temple sont principalement issus de l’immigration maghrébine arrivée dans les années 1980, suite à un repli de Belleville au moment des opérations de rénovation. Ils s’installent et reprennent des commerces. Ces ménages des classes populaires, français de naissance, voient les immigrés comme responsables de la fermeture des petits commerces – lecture simplifiée de la situation. Il y a différentes strates d’immigration au Faubourg du Temple, par exemple une immigration chinoise de la région de Wenzhou qui s’étend de Belleville et qui reprend également des commerces dans le quartier. L’immigration maghrébine, installée depuis plus longtemps, perçoit plus l’immigration chinoise qui s’installe et s’empare des commerces que les éventuels gentrifieurs, donc il y a une fragmentation forte en termes d’intérêt et de position dans ces rapports. On comprend donc que la gentrification apparait largement invisible pour les classes populaires. Quand un mouvement de nouvelles arrivées est perçu, il n’est pas lu d’un point de vue social, mais il est plutôt d’un point de vue ethnique, ce qui n’est pas étonnant au vue du contexte médiatique dans lequel on est aujourd’hui.

Les intérêts de ces ménages sont assez divers et parfois contradictoires. Quelques ménages populaires ont réussi à accéder à la propriété il y a très longtemps. Ceux-ci voient d’un bon œil les processus de valorisation de leur bien immobilier. Des commerçants réussissent à relooker leurs commerces et donc à tirer profit de l’arrivée des gentrifieurs. Ces éléments expliquent sans doute qu’il n’y a pas de résistance ouverte à la gentrification à Paris, résistance qui existe par exemple aux États-Unis. Finalement ce sont plus les gentrifieurs eux-mêmes qui ont su résister aux opérations de rénovation dans les années 1990, ou alors des locataires très aisés qui ont pu se mobiliser contre la vente à la découpe, au début des années 2000. Sinon, il y a des luttes militantes pour le droit au logement, mais elles ne sont pas ancrées spécifiquement dans tel ou tel quartier. À une exception près peut-être, qui fut l’utilisation du canal Saint Martin pendant l’hiver 2006-7 dans le mouvement des sans-abri, où on s’installe sur un haut lieu symbolique de la gentrification pour dénoncer le manque d’accès au logement pour une partie de la population.

Néanmoins, il existe une résistance passive, c’est à dire non-organisée et non-politisée, des classes populaires à Paris. Cela passe par le fait de s’approprier la rue et les commerces, des commerces dynamiques sur le plan économique, comme on voit à Belleville, dans le Faubourg du Temple, à Château Rouge… et cela contribue tant bien que mal à maintenir la fonction d’accueil que remplissent ces quartiers populaires dans le centre de l’agglomération. Car n’oublions pas que la fonction d’un quartier populaire n’est pas seulement de permettre à des classes populaires de s’y maintenir. C’est aussi un lieu d’accueil, et cela n’est jamais pris en compte par les politiques publiques. Pour maintenir un tel quartier vivant, il faut qu’il ait la capacité de se renouveler et continuer d’accueillir d’autres classes populaires. Et aujourd’hui, ceux qui arrivent, ce sont des personnes migrantes. Il ne s’agit pas seulement de sanctuariser ceux et celles qui vivent là, mais il s’agit de permettre l’arrivée de nouvelles personnes. L’immigration joue donc un rôle de frein à la gentrification, mais ne constitue pas pour autant un obstacle complet.

4. Critique des politiques publiques menées à Paris depuis 2001

On peut maintenant observer les politiques publiques menées à Paris depuis 2001 et comprendre si celles-ci ont renforcé ces freins ou si elles tendent à les lever. Premièrement, on peut observer un paradoxe. La gauche revient à Paris au moment où la ville n’a jamais été aussi gentrifiée. Quelque part, c’est bizarre. Cela dit, ce passage à gauche qui a eu lieu en 2001 et qui a été confirmé en 2008, donc ce n’est pas un accident de l’histoire, c’est l’arrivée du Parti Socialiste qui est devenu libéral depuis le tournant de la rigueur en 1983, c’est le parti communiste qui est en net déclin et qui dépend du PS, et c’est les Verts qui étaient en pleine ascension et donc en concurrence avec le PS. À une ou deux exceptions près, tous les gentrifieurs que j’ai rencontrés se sont dit électeurs du Parti Socialiste, satisfaits de la politique menée par le maire Bertrand Delanoë. Donc c’est intéressant d’analyser cette politique en regard avec les attentes des gentrifieurs, qui sont aussi les électeurs de cette gauche là, à l’inverse des personnes migrantes qui, comme vous le savez, n’ont pas accès au vote.

Première chose, la gentrification n’est pas prise en compte par la politique municipale, il n’est pas question de l’embourgeoisement de Paris dans les discours. L’objectif affiché de la nouvelle municipalité n’est pas de remettre en cause l’embourgeoisement accéléré de la ville, mais de garantir la mixité sociale. L’un des outils de maintient de la mixité sociale c’est la relance de la production de logements sociaux. Juste avant l’arrivée de la gauche au pouvoir, la production de logements sociaux tombe au plus bas, après l’abandon de la rénovation. L’objectif de la mairie de Delanoë est d’atteindre 20% de logements sociaux à Paris –– il y en avait 14% à l’arrivée de la gauche au pouvoir en 2001. Pourquoi 20% ? Les classes populaires correspondent pourtant à 40% des emplois de la capitale. Ces 20% correspondent en réalité à la loi SRU –– Solidarité et Renouvellement Urbain –– votée par la gauche en 2000 et aussitôt vidée de ses dispositions les plus contraignantes par la droite. Qu’en est-il de cette relance du logement social ? Elle est réelle, et il y a un effort, notamment budgétaire. La mairie de Paris dépense pour le logement social presque autant que ce que l’État dépense pour toute la France. Paris peut se le permettre, parce que c’est une ville riche. Cette relance n’est pas que de la construction neuve. Ce qui est nouveau, c’est qu’on peut produire du logement social de plusieurs manières. Soit on construit, soit on acquiert d’anciens immeubles et on les conventionne en logement social. On peut également acquérir de vieux immeubles dégradés, les réhabiliter et en faire du logement social. C’est important, car la construction neuve à Paris aujourd’hui n’intervient principalement qu’après une démolition.

La production de logements sociaux se heurtent donc à une limite structurelle, car il n’y a plus beaucoup d’espaces à bâtir à Paris. Finalement, la production actuelle de logements sociaux permet seulement d’améliorer – en l’occurrence, considérablement – les conditions de logement de la minorité des classes populaires qui peuvent y accéder. En revanche, cette production ne permet pas de maintenir les classes populaires à Paris, car ils sont insuffisants en nombre. Et sans compter que tous les logements sociaux ne sont pas destinés aux classes populaires. Une partie de ceux-ci s’adressent aux classes moyennes. Il y a toujours 100’000 demandeurs de logements sociaux à Paris. Le problème, c’est l’absence d’action sur le parc privé ; les prix continuent leur croissance allègrement sans contrôle par la puissance publique.

À cela s’ajoute une utilisation très ambigüe de la notion de mixité sociale. L’idée est à la fois de relancer le logement social mais aussi de rééquilibrer géographiquement la distribution du logement social. C’est à dire, grosso modo, de faire des logements sociaux dans le 16ème arrondissement, et de faire des logements pour les classes moyennes dans les quartiers populaires. Le problème, c’est premièrement que cela joue que sur une toute petite partie du parc, et en plus cela fait comme si les classes moyennes ne venaient pas d’elles-mêmes dans les quartiers populaires à travers le parc privé. Ici, la politique du logement social accompagne la gentrification. Quand on construit des logements sociaux dans ces quartiers là, c’est pour montrer aux gentrifieurs qu’on est en train de prendre en main le parc de logements du quartier, on réhabilite, on ne laisse rien se dégrader, et cela favorise in fine la hausse des loyers dans le privé. Qu’est-ce qu’on fait comme logement social ? Des logements pour étudiants, les résidences pour artistes, etc. On instrumentalise ces groupes sociaux, qui ont effectivement besoin de locaux d’activités ou de logements ; mais dans le cas de Paris, les universités ne sont pas vraiment proches de Château Rouge. À la fin, les étudiants deviendront des petits bourgeois et changeront l’ambiance du quartier en allant boire des coups en terrasse.

Cela est d’autant plus vrai à Château Rouge parce que cette politique construction de logement social s’accompagne d’une lutte très claire et admise contre la concentration des commerces africains à Château Rouge. Que sont ces commerces ? Ils sont tenus par des propriétaires très divers, français de naissance, ou chinois, ou africains (Tunisiens, Camerounais, Sénégalais), qui vendent des produits africains pour combler les besoins de l’importante population africaine de Château Rouge. C’est le principe d’une centralité immigrée comme centralité commerciale, et ça s’adresse à une clientèle bien au-delà Château Rouge. Des personnes viennent de tout Paris, de la banlieue parisienne, voire de la France entière pour s’approvisionner là. Oui, seulement là, ça ne plait pas aux autorités.

Le maire du 18ème arrondissement, Daniel Vaillant, précurseur des lois de sécurité intérieure, donc pas spécialement un camarade, porte dans son discours la volonté claire de casser cette centralité immigrée. Cette volonté accompagne une politique plus large de revalorisation du Nord-Est parisien dont je vais parler tout de suite. En tout cas, ce qui peut être dit c’est qu’il y a une grande ambiguïté de cet objectif de mixité sociale. De toute façon méfions-nous, car sur la question de la mixité sociale, tout le monde est d’accord, même la droite, il doit donc bien y avoir un petit problème quelque part. Ce concept peut servir à tout et n’importe quoi, il faut donc rester vigilant. Surtout, cet objectif sous-estime complètement le processus de gentrification en cours, en faisant croire qu’il n’y a que l’action publique qui transforme les quartiers populaires. Finalement, on peut lire cette politique plus comme un affichage, et comme un gage de politique de gauche à l’intention des électeurs, que comme une réelle volonté qui permettrait le maintien des classes populaires dans ces quartiers.

Parallèlement, une politique d’embellissement volontaire de la ville est menée par Delanoë et ne fait que suivre ce qu’avait commencé Tibery (malgré les promesses de rupture avec les programmes de droite, Delanoë poursuit et amplifie ce qu’avait commencé Tibery). Valorisation de l’espace publique, augmentation du nombre d’espaces verts, promotion culturelle et touristique active de la ville. Comme par hasard, tout cela répond directement aux attentes des gentrifieurs et est fortement plébiscité par eux. Cela a pour effet de favoriser nettement la gentrification dans le parc privé. Cette politique culturelle active est très appréciée des gentrifieurs, et pour cause, puisqu’ils sont non seulement consommateurs mais aussi producteurs de culture. Ces dynamiques leur crée des emplois, tout simplement.

Le développement touristique est aussi utilisé comme un moyen de gentrification et de revalorisation symbolique. Un bon exemple est ce qui se passe au bassin de la Villette, au Nord-Est de Paris, un bassin bordé d’entrepôt, dans un quartier d’ouvriers, en voie de transformation accélérée en ce moment même. Les anciens magasins généraux ont été transformés d’un côté en résidences étudiantes – encore des étudiants… De l’autre côté, en revanche, on a fait une opération privée, autorisée par la gauche, avec des hôtels trois étoiles, une auberge de jeunesse, un bar-discothèque, un restaurant… tout ça étant des chaines de grands groupes capitalistes. Une opération privée, tournée vers le tourisme. La Tour Eiffel est un peu loin, on peut donc se poser la question de l’utilité de mettre des chaines d’hôtel sur le bassin de la Villette. Le but ici est de faire en sorte que le bassin de la Villette, et le 19ème arrondissement, devienne un circuit touristique.

Autour du bassin de la Villette vous trouvez Le 104, anciennes pompes funèbres qui sont devenues un équipement culturel de grande envergure, car comme chacun sait, à Paris on manque d’équipement culturel de grande envergure, il nous en fallait un de plus. Je suis de mauvaise fois, mais là l’argument était de dire qu’il n’y avait pas assez de ce type d’équipement dans les quartiers populaires, et que les quartiers populaires doivent eux aussi avoir l’accès à la culture. Simplement, ce ne sont pas les classes populaires qui fréquentent Le 104. Les obstacles à l’accès à la culture ne se jouent pas sur des questions de distance, ou alors plutôt sur des questions de distance sociales que de distance spatiale. Le 104 sert plus aux gentrifieurs et aux potentiels gentrifieurs du quartier, car ce n’est pas loin de Stalingrad, dans un coin de Paris marqué par la drogue, a priori un endroit repoussoir. Cela permet maintenant que des gens qui n’habitent pas là viennent pour aller au théâtre, etc., et se disent qu’ils pourraient finalement peut-être habiter là, et ça tombe bien car c’est là que les prix sont les plus bas à Paris actuellement. La fonction de ces équipements est d’acclimater les futurs acquéreurs, progressivement.

D’ailleurs le 19ème arrondissement est de plus en plus intégré aux grandes politiques événementielles que sont Paris Plage, à présent étendue sur le bassin de la Villette, ou la Nuit Blanche, qui sont, elles aussi, des politiques de valorisation et de marketing urbains, et qui accélèrent la venue des investisseurs. On est dans une politique où on vend notre ville, où on la met en spectacle, où celle-ci est conçue comme un espace ludique, un décor. Symptomatiquement, à Nuit Blanche, il y a des façades de bâtiments sur lesquels on projette des images, la ville devient un support, et un support surtout pas conflictuel. Je vous défie de trouver, dans le discours de Delanoë, quelque chose qui a rapport au conflit de classe. Parallèlement on développe la vidéo surveillance, on expulse les squats, on n’applique pas la loi de réquisition des logements vides, et on ne reconnait pas l’intérêt du développement d’espaces autogérés qui suivraient des logiques non-lucratives, qui pourtant pourraient être vus comme un embryon d’application du droit à la ville cher à Lefebvre. En revanche, on en parle, du droit à la ville. La gauche comme la droite parle du droit à la ville, qui là signifie ici l’accès aux services urbains ; voilà ce qu’est devenu notre pauvre Lefebvre. Pour rappel, selon lui, le droit à la ville c’est l’autogestion collective de la ville par ses habitant.e.s, en remettant en cause la propriété privée, et notamment le droit des propriétaires à produire la ville selon leurs intérêts, au profit d’une propriété collective, et du droit d’usage. On en est loin.

On voit bien comment Paris est remodelé à l’image de la petite bourgeoisie intellectuelle. D’ailleurs, si on regarde le champ lexical de l’urbanisme et des politiques sociales qui sont ciblées sur les villes et sur l’urbain, on croule sous cette idée d’intermédiaire, d’huile dans les rouages de l’exploitation.
Il est question de cohésion sociale, de lien social, de mixité, de ville partagée, etc. Ce champ lexical contemporain de l’urbanisme assure la paix sociale, et dans le même mouvement, la mainmise de la petite bourgeoisie intellectuelle sur le centre ville. Les politiques urbaines de la petite bourgeoisie intellectuelle servent in fine les intérêts de la bourgeoisie puisqu’elle transforme la ville en un décor, un spectacle culturel et touristique permanent, qui a pour fonction, ou en tout cas comme résultat, d’anesthésier les conflits de classes, dont la ville a toujours été le terrain privilégié. Et finalement cette lutte des classes menées par les dominants contre les dominés passe aussi par la mainmise sur la ville. Comme sur bien d’autres plans, la riposte des dominés est faible, défensive, éclatée. Ici, il y a un enjeu politique majeur à intégrer la dimension urbaine à la lutte des classes, sans pour autant tomber dans l’écueil des années 1970 qui a conduit à séparer la revendication d’une meilleure qualité de vie urbaine de la remise en cause du capitalisme et du mode de production de la ville.

Pour cela, il y a quelques perspectives que je voudrais vous suggérer. Notamment dans le dernier ouvrage traduit en français de Harvey, Le Capitalisme contre le Droit à la ville, qui donne des suggestions en terme de stratégie politique, et qui suggère de prendre en compte le rôle clé des villes dans le capitalisme mondial. Il rappelle également ce qu’a dit Lefebvre, à savoir qu’il n’y a pas de transformation sociale possible sans transformation de l’espace. Si on pense seulement à transformer les rapports sociaux en laissant l’espace inchangé, l’espace reste porteur de ces inégalités et va les reproduire. Il ne peut y avoir de pensée révolutionnaire s’il n’y a pas de pensée révolutionnaire sur l’espace. Ce que propose Harvey, qui est à discuter, mais qui est intéressant, c’est d’intégrer la dimension urbaine à la lutte syndicale, car il reconnait l’utilité de l’outil syndical, notamment en renforçant les unions locales interprofessionnelles, et en intégrant les habitants de quartier et les questions urbaines dans le syndicat. Prendre acte que la lutte des classes ne se joue pas que sur le lieu de travail mais également dans la ville, dans les quartiers. De mener une lutte anticapitaliste aussi sur le terrain urbain, sur les questions de l’habitat, sur les questions d’aménagement de l’espace publique.

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