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Bilan répressif de la fête sauvage du nouvel an

Le 1er janvier 2018, suite à l’annonce d’une fête sauvage prévue en ville de Genève, une permanence téléphonique antirep s’est tenue de 1 heure à 11h. Voici la synthhèse du Groupe Anti-répression Genève (GAG) de cette nuit agitée. Il informe les personnes des suites possibles et des comportements à adopter en cas de condamnation.

Retour sur une nuit agitée

Aux alentours de 2 heures du matin pas moins d’une centaine de policiers répartis dans de nombreux fourgons ont débarqué en trombe pour encercler le 42 rue du Marché à Genève où une surface commerciale en rénovation du centre ville avait été investie le temps d’une nuit pour une fête sauvage au mot d’ordre "prenons la fête".

Les pandores ont immédiatement sorti l’artillerie lourde. En tout, on a pu voir une centaine de policiers en tenues anti-émeute, une douzaine de fourgons et deux canons à eau. Les agents du renseignement (BRIC) étaient également présents en civils et patrouillaient en voitures banalisées toute la nuit.

Dès leur arrivée, les robocops ont foncé à l’intérieur et ont rapidement bloqué les issues pour piéger les fêtardes, au risque de provoquer un mouvement de panique dans un espace clos. Une partie des fêtardes qui se trouvaient à l’entrée ont réussi à sortir en forçant le cordon anti-émeute pendant que la majorité est restée enfermée avec la police à l’intérieur du bâtiment. Elles ont été séquestrée pendant près de 8 heures. Selon la police, ses agents auraient procédé à 116 interpellations et 43 contrôles plus poussés au poste de la Gravière. Contrairement à ce qu’elle affirme, plusieurs personnes ont été blessées et au moins deux ont été conduites à l’hôpital, les deux font état de traumatismes craniens et de nombreuses contusions suite à des coups de matraques et de poings.

Deux personnes présentes témoignent :

"On a été encerclé à 2h du matin et ils nous ont donné aucune info jusqu’à 7h du matin. Nous on leur a dit qu’on était juste venu danser, qu’on voulait partir calmement et tous ensemble. Eux nous disaient, que l’on pouvait se rendre et que l’on ne subirait qu’un simple contrôle d’identité avant d’etre relachés. On avait un champ visuel assez bon de ce qu’il se passait pour les gens qui decidaident de partir par eux-memes. Ces personnes étaient traitées de la même manière que celles qui etaient extraites de force, lorsque la nasse se resserait sur nous. On les voyait se faire bousculer, frapper, menotter au colson et attendre l’arrivée d’un fourgon en rang sur un banc, c’était très violent."

"On a reçu beaucoup de coups de matraques, de boucliers et de poings, à chaque fois qu’ils avancaient pour resserer la nasse ils distribuaient des coups, alors qu’on reculait déjà. Certains ont été pris à l’écart et frappés, des personnes ont fait des crises d’angoisse et de malaises. Malgré tout on avait une bonne solidarité entre nous, on voulait tenir bon. Sortir toutes et dans de bonnes conditions ou ne pas sortir."

Malgré l’ambiance kafkaesque, les captives de cette nasse interminable feront preuve d’un maximum d’humour et de détermination pour rendre la situation plus supportable, des chants et de la musique ont retenti, des jeux ont été organisés. A l’extérieur du bâtiment une trentaine de personnes défiaient la police en exigeant la libération de leurs camarades, des slogans contre des canons à eau et des charges de flics. Si la répression ce soir là a été particulièrement violente il est important de noter qu’il n’était pas arrivé depuis longtemps à Genève que des personnes s’organisent aussi rapidement pour soutenir les personnes qui en étaient victimes.

Contrairement à une rumeur qui a circulé pendant la nuit, il n’y aurait pas eu de prises d’ADN mais seulement des contrôles d’empreintes pendant la rétention à la Gravière. Nous ne savons pas si ces données sont conservées mais ce n’est évidemment pas à exclure.

Et maintenant - suites possibles et conseils utiles

Que faire si vous connaissez quelqu’un qui est toujours détenu.e ?

A la connaissance du Groupe Anti-répression, toutes les personnes contrôlées ont été libérées. Si tel n’est pas le cas, prévenez nous immédiatement en contactant antirep-ge@riseup.net

Que faire si vous avez été blessé.e par la police ?

Si vous avez subi des violences, il est très important de conserver des traces. Même si vous ne voulez pas porter plainte (ce qui est d’ailleurs rarement conseillé), ces traces peuvent vous servir pour vous défendre contre des accusations et pour contrer les discours policiers qui se posent en victime pour légitimer leur usage de la force.

Si possible, le mieux est d’effectuer un constat médical. Vous pouvez également prendre des photos de vos blessures. Essayez de vous rappeler précisement des événements en mettant par écrit ce qu’il s’est passé et décire vos agresseurs (type, lieu et heure où c’est arrivé, en présence de qui etc.) Il sera beaucoup plus dur de le faire dans plusieurs mois. La police fait systématiquement des rapports. Faisons les nôtres ! Vous pouvez envoyer votre témoignage de manière anonyme en écrivant à antirep-ge@riseup.net. Attention cependant aux informations que vous donnez par e-mail (voir le A to Z du Groupe Anti-répression Genève : https://renverse.co/Geneve-A-to-Z-du-Groupe-Anti-repression-Geneve-1078 ).

Que faire pour ne pas se mettre en danger ?

Attention, les autorités pénales peuvent tout à fait décider de poursuivre des personnes qui n’ont pas été contrôlées. Toutes les personnes présentes, même celles qui ne sont pas entrées dans le bâtiment et qui n’ont "rien fait", risquent théoriquement des poursuites juste pour avoir été dans les environs. Afin de ne pas se mettre soi-même ou d’autres personnes en danger, il faut faire très attention à ne pas diffuser d’informations - notamment en partageant des photos ou des vidéos sur internet - qui permettent d’identifier des personnes ce soir là. Il est d’ailleurs déconseillé de conserver de telles informations par exemple sur son téléphone.

En cas de convocation devant la police, prévenez immédaitement le Groupe Anti-répression en écrivant un mail à antirep-ge@riseup.net (les modalités à suivre sont disponible dans le A to Z du Groupe Anti-répression Genève : https://renverse.co/Geneve-A-to-Z-du-Groupe-Anti-repression-Geneve-1078 ).

Que faire si vous avez été contrôlé.e ?

Si vous avez été contrôlé.e, pas de panique. Voici quelques conseils du Groupe Anti-répression Genève pour se défendre individuellement et collectivement.

1. Risque - condamnation par ordonnance pénale

La presse fait état d’une plainte du propriétaire qui est entre les mains du Ministère public. Toutes les personnes contrôlées doivent s’attendre à recevoir une condamnation par courrier recommandé indépendamment de ce qu’elles ont fait ou pas fait ou de si elles savaient ou non que l’occupation était illégale. Ces condamnations peuvent varier d’une personne à l’autre. Les personnes sans antécédents bénéficieront du sursis mais des amendes peuvent dans tous les cas tomber. Les condamnations prononcées avec sursis disparaissent de l’extrait de casier judiciaire privé à l’issue du délai d’épreuve qui est fixé entre 2 et 5 ans.

2. Défense - former opposition

Si des condamnations tombent, celles-ci prendront vraisembablement la forme d’un document imprimé sur papier bleu intitulé "ordonnance pénale". Il est possible de former opposition à une ordonnance pénale en envoyant un courrier recommandé à l’autorité qui a émise la condamnation. Ce courrier d’opposition doit absolument être posté dans les 10 jours qui suivent la réception du courrier recommandé. Si vous n’allez pas chercher le courrier à la poste, il sera considéré avoir été reçu au bout de 7 jours. Il suffit d’indiquer que l’on forme opposition à l’ordonnance et rien d’autre par exemple à l’aide de ce générateur de lettres types :
http://www.ordonnance-penale.ch/index.php/generateur-d-opposition
(il est fortement conseillé de ne remplir que les champs indispensables et de ne PAS motiver son opposition)

Sans opposition formée dans les 10 jours, la condamnation entre en force et il n’y a plus aucun moyen de revenir dessus même si celle-ci retient des infractions délirantes à votre encontre. Il est très important de surveiller votre courrier et de vous organiser pour que quelqu’un puisse le relever en votre absence grâce à une procuration spéciale émise par la Poste (une procuration privée ne suffit en général pas). Attention, l’éventuelle ordonnance pénale peut tout à fait arriver dans plusieurs mois sans que vous n’ayez aucune nouvelle d’ici là.

Si vous êtes domicilé.e hors de Suisse, la police vous a peut-être demandé de leur donner une adresse sur le territoire. Il faut surveiller le courrier à cette adresse. Si vous habitez dans un pays de l’Union européenne, il est également possible que vous receviez la condamnation directement chez vous. Dans ce cas, les modalités pour former opposition sont légèrement différentes. Renseignez-vous en écrivant un mail au Groupe Anti-répression (antirep-ge@riseup.net).

3. Pourquoi faire opposition ?

L’expérience montre que former opposition aux ordonnances pénales est presque toujours bénéfique. En effet les autorités chargent souvent les peines et retiennent des infractions qui n’auraient pas dû l’être, en misant sur l’absence d’opposition de la majorité des personnes à plus forte raison lors de procédures qui impliquent de nombreuses personnes.

Une opposition peut de toute façon être retirée par la suite en écrivant également un simple courrier.

4. Organisons-nous !

En formant opposition, la procédure reste ouverte. Cela donne la possibilité de consulter le dossier et de se défendre tant individuellement que collectivement. L’organisation permet aussi de réduire les coûts du procès et des amendes. Le répression pénale fonctionne en individualisant et par conséquent en isolant chaque personne et tente d’effacer le contexte social et collectif dans lequel les faits se sont déroulés. Le but est de briser la volonté des personnes poursuivies. Nous pouvons contrer ces pratiques afin de non seulement améliorer la situation de chacun.e mais aussi de se retrouver pour poursuive la lutte et de retourner le système pénal contre son propre but en forgeant des solidarités.

Tenez informé le Groupe Anti-répression Genève qui peut ainsi coordonner une éventuelle défense collective. Ecrivez immédiatement un mail à antirep-ge@riseup.net si vous avez été contrôlé.e. Par la suite, informez aussi le GAG dès que vous receverez un courrier des autorités (ordonnance pénale ou convocation). Le Groupe anti-répression Genève peut vous donner des conseils et éventuellement vous orienter. Attention, le GAG ne sont pas des avocat.e.s et ce que vous écrivez n’est pas couvert par le secret professionnel. En gros, ne donnez aucune autre information que l’état des procédures contre vous par e-mail.

Faites aussi tourner ces informations ! L’Etat compte sur le fait que nous ignorons à quel sauce nous sommes mangé.e.s pour nous intimider voir nous piéger. Le partage de connaissances est notre arme.

Groupe Anti-répression Genève (GAG)
antirep-ge@riseup.net

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