[Genève] Mort à l’économie enseignée à l’Université !

Genève

Dans son message de meilleurs voeux pour l’année 2017, le Recteur de l’Université de Genève, Yves Flückiger nous disait :

L’actualité internationale se charge, tous les jours, de nous rappeler que le monde qui nous entoure est en constante mutation, parfois de manière dramatique. Gérer les crises ou les opportunités impose d’agir dans l’immédiat, sur le court terme.

Mais dans un monde où l’incertitude est désormais la seule certitude, une institution comme la nôtre se doit de penser en regardant loin à l’horizon. De ne pas simplement suivre le mouvement général, mais d’inventer, de se réinventer sans cesse et d’offrir des perspectives nouvelles porteuses d’avenir et d’espoir.

Elle le fait pour vous qui êtes celles et ceux qui vivront ce monde. Elle le fait surtout grâce à vous qui êtes celles et ceux qui le transformeront.

Je vous remercie de faire de l’Université ce lieu vivant, ouvert et inventif

Nous nous accorderons sur le constat émis par le Recteur : le monde va mal. Les inégalités ne font qu’augmenter, la planète ne cesse de se faire détruire et le fascisme institutionnalisé gagne du terrain.

Le reste nous laisse perplexe. Ainsi l’Université, plus vieille institution du monde contemporain avec l’église, serait capable de nous aider à surmonter ces crises ... alors qu’elle en a elle-même accompagné la funèbre marche historique.

Expliquons-nous.

Si nous devions nommer une discipline universitaire clef de cette histoire tragique, alors nous n’hésiterions pas une seconde : l’économie, ce magnifique champ qui cherche à étudier la production et les échanges, cette belle discipline qui étudie les conditions matérielles de nos existences.

Dorénavant à Genève nous avons la toute nouvelle "Geneva School of Economics and Management" censée être experte en la matière. Elle est issue d’une scission vieille de deux ans entre les sciences sociales, dites maintenant de la société, et les sciences économiques. Naguère sous une bannière commune, elles sont maintenant distinctes, comme si l’économique n’avait plus de social, comme si l’humain n’avait plus rien de matériel. L’économie de marché autorégulatrice et l’homo oeconomicus érigés en modèles ont réussis leur dernière mue, celle qui leur permet de ne plus être dérangé et de créer leur propre "science". La partie "vivante, ouverte et inventive" du Rectorat n’est que du vent.

Pour GSEM, le but de cette scission était à chercher dans la renommée, dans la compétition. Il fallait faire partie de la graine des écoles dans les classements mainstream d’institutions bourrées de fric. Les étudiantes passant au second rang. Ainsi les professeurs engagés doivent avoir le plus de publications possibles, dans le plus de revues connues possibles, toutes bien sûr dominées par des écoles de pensées que les dominants de ce monde, à savoir ceux qui possèdent les moyens de production, se sont empressés de favoriser. Cela se traduit bien sûr, comme tout type de remaniement libéral classique dans le domaine éducatif, par une baisse de la disponibilité des professeurs envers les étudiantes, mais là n’est pas la question.

Nous sommes désolé Flücki, mais l’économie telle qu’enseignée au sein de ton université ne fait que suivre le "mouvement général" que tu réfutes. Ainsi, son enseignement semble figé dans une histoire qui ne semble que capitaliste, à croire que l’économie n’existait pas au sein des civilisations préindustrielles et non-occidentales. Son organisation ne relève que de la règle de l’autorité, d’une gestion de ceux qui possèdent les moyens de production envers ceux qui obéissent et qui fournissent la plus-value. L’accumulation du capital semble être son unique moteur, et le crédit, à savoir une croissance anticipée, ne mène qu’à l’expansion de la production. Quels besoins va-t-on devoir encore créer ? Combien de gadgets devrons-nous encore supporter ? Ou nous arrêterons nous ? Etudier en GSEM nous donnera des réponses ; elles iront toutes dans le mauvais sens.

Il n’est malheureusement pas possible de voir une once de pluralisme et d’"ouverture" dans les cours de GSEM. Les enseignements de Marx, l’un des penseurs majeurs de l’économie, seront éventuellement abordés lors de quelques heures de cours. Polanyi, Giorgescu-Roagen ou Proudhon, pour ne citer qu’eux, ne seront jamais approchés. L’économie classique y est hégémonique. Preuve en est : presque aucune étudiante ayant suivi le cursus normal de GSEM n’arriverait à expliquer une once de ce que sont des approches économiques écologiques, marxistes, institutionnelles, régulationnistes ou encore anarchistes. C’est notre sens critique qui en est atteint.

On nous ressasse jour après jour, y compris Flückiger dans son petit message du 19 décembre 2016, que le monde doit changer. Il nous professe, à l’image de dictateurs cherchant à manipuler l’opinion publique, que l’Université fait tout pour changer alors qu’à l’inverse, elle ne fait rien. Après la crise de 2008, tout le monde s’est accordé à dire que les économistes avaient échoué à nous prédire les problèmes face auxquels nous serions, que l’économie telle qu’appliquée aujourd’hui ne faisait qu’augmenter les désastres ; inégalités et destructions de l’environnement en tête.

Alors comme à son habitude, l’Université n’a rien changé. Les principes économiques enseignés aux étudiantes de l’Université en 2017 sont les mêmes que ceux qui ont été enseignés aux économistes incapables de nous prédire les désastres d’hier. Ce sont malheureusement nos professeurs d’économie.

La crise n’est pas finie et la menace d’un nouvel écroulement se rapproche de jour en jour. Tôt ou tard, on découvrira que l’hégémonie de la propriété privée et de la rationalité du profit que l’on a érigés en Maître dans cette discipline, ne sont finalement que de vulgaires axiomes irréfléchis.

L’économie enseignée au sein des sciences de la société (SdS) n’est guère meilleure. Elle nous permet quelque fois d’avoir un regard analytique critique sur la société d’aujourd’hui sans qu’il soit possible d’imaginer d’autres types d’organisation de la matérialité de nos existences. Ainsi, l’histoire enseignée reste celle du capitalisme et l’hétérodoxie n’a d’hétérodoxe que sa critique de l’orthodoxie. On analyse le capitalisme avec des outils non classiques, mais on ne nous permet pas de voir au-delà.

A l’Université en économie, il est impossible d’avoir des outils pour imaginer d’autres formes d’organisation de la production et des échanges, avec d’autres axiomes et d’autres valeurs alors que la société actuelle en a le plus grand besoin. La propriété collective, la réciprocité, le don, la gratuité, les biens communs, le bonheur plutôt que le profit, la simplicité et les limites ne sont par exemple jamais approchés alors qu’elles sont des alternatives réelles.

Nous sommes persuadés que l’enseignement de l’économie à l’université de Genève ne permet en aucun cas "d’inventer, de se réinventer sans cesse et d’offrir des perspectives nouvelles porteuses d’avenir et d’espoir". Nous ferons donc tout notre possible pour dénoncer l’hégémonie de la discipline et inciter les étudiantes à ne pas se laisser endoctriner. Pour se faire, une solution : le boycott de GSEM.

Nous ne nous ferons pas trop d’espoir à travers quelques revendications, mais tâchons nous néanmoins de demander un enseignement plus critique, pluraliste qui nous aide à remettre en question les axiomes de l’économie classique. Un débat doit avoir lieu ! Mais notre première revendication ira vers les étudiantes et futures étudiantes : boycottons GSEM et intéressons-nous à la discipline. L’économie est une trop belle branche d’étude pour que nous la laissions aux dominants de ce monde et à une institution incapable de s’émanciper des rapports de force qui régissent le capitalisme. Cherchons donc à nous faire notre propre conception de celle-ci, apprenons de nous-même !

Un autre monde est possible .... sans GSEM !

Collectif Sabotons GSEM


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