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[Genève] Des policiers sont en liberté à Paris pour des faits de violence

La Tribune de Genève annonce qu’un ressortissant suisse, domicilié à Genève, serait recherché par la justice française dans le cadre d’une enquête qui fait suite au mouvement social contre la Loi Travail du printemps passé. Cette mise en examen serait la neuvième dans le cadre du montage politico-judiciaire qui a suivi les échauffourées autour d’une voiture de police lors d’une manifestation contre les violences policières à Paris, le 18 mai 2016. Ce rebondissement médiatique est l’occasion de faire un point critique sur cette affaire que nous considérons comme une tentative de dissimulation de décennies de violences policières derrière la fumée d’une voiture qui brûle.

Au printemps 2016, la France a été traversée par un soulèvement populaire en réaction au projet de loi proposé par la ministre du Travail d’alors, Myriam El Khomri. Dès le mois de mars, des manifestations massives ont lieu dans de nombreuses villes de France, et à Paris en particulier. Le mouvement social tente de s’organiser au-delà de la seule résistance à un énième projet de loi rétrograde. À travers les assemblées de Nuit Debout, ou interprofessionnelles, des blocages et une forte participation au cortège autonome « de tête », une remise en question radicale du système actuel s’est exprimée.

Alors que l’État d’urgence est permanent, ces manifestations et ces assemblées ont été la cible d’une répression étatique particulièrement violente : interdictions de rassemblement ou de manifestation, assignations à résidence, encerclements, arrestations de masse, matraquages, tirs tendus de gaz lacrymogène et de flashball , etc. Rappelons, à titre d’exemple, le cas du jeune de 16 ans tabassé par la police le 24 mars devant le lycée Bergson, ou encore celui du manifestant resté plusieurs jours entre la vie et la mort à cause d’une grenade de désencerclement lancée dans son dos le 26 mai 2016. Pour toutes ces raisons, l’hostilité aux forces de l’ordre devient un mot d’ordre du mouvement, avec une reprise massive du slogan « Tout le monde déteste la police ».

C’est dans ce climat d’ultra-violence policière que le syndicat « Alliance Police nationale » appelle à une manifestation, le 18 mai 2016 sur la Place de la République pour dénoncer la « haine anti-flics ». En réaction, des milliers de personnes se rendent à une contre-manifestation qui part en cortège à travers les rues de l’Est de Paris. Les manifestant.e.s croisent rapidement une voiture de police sur leur chemin. C’est alors que, selon le quotidien Libération, « le véhicule est rapidement pris pour cible par plusieurs personnes, alors que les policiers se trouvent encore à l’intérieur. La vitre arrière est cassée, un fumigène allumé et jeté dans l’habitacle. Tout de suite, les policiers quittent leur véhicule. »

L’emballement médiatique est immédiat. Les images de la voiture de police tournent en boucle sur toutes les chaînes de télévision. Le soir même, Florent Philippot, vice-président du Front National, en appelle à considérer cette attaque comme « une tentative de meurtre, d’homicide volontaire », tandis que Manuel Valls promet « des sanctions implacables » contre « ceux qui veulent se payer un flic ». Signe de la dimension éminemment politique de cette histoire, c’est le chef d’inculpation délirant évoqué par le vice-président du Front National qui sera repris contre toutes les personnes mises en examen dans cette affaire.

La répression policière et judiciaire est à la hauteur de l’emballement médiatique. Dès le lendemain, quatre personnes sont arrêtées. Puis les interpellations et mises en examen se succèdent jusquà aujourd’hui. Elles concernent neuf personnes. Au milieu d’un mouvement social de plusieurs mois, émaillé de très nombreux moments d’affrontement, la montée en épingle de cet événement par les autorités et les médias vise à isoler les actes de leur contexte. Ils tentent de faire oublier à quel point ce mouvement portait haut et fort une détestation légitime de la police. Nous ne les laisserons pas dissimuler la violence de la police et ses nombreuses victimes derrière la fumée d’une voiture qui brûle.

En juillet 2016, le ministre de la Justice dressait le bilan de l’action de ses services depuis le début du mouvement. Pas moins de 896 gardes à vue, 32 peines de prison ferme et 59 avec sursis étaient recensées. En 13 mois, de février 2016 à mars 2017, c’est au moins 2031 militant.e.s politiques ou syndica.le.s qui ont été arrêté.e.s et poursuivi.e.s pour faits de grève ou manifestation.

Mais cette emballement répressif contre un mouvement social n’est que la pointe de l’iceberg des violences policières qui déchirent la France. Rappelons, par exemple, que le 18 mai 2015, la justice française innocentait les deux policiers qui avaient laissés mourir, en 2005 à Clichy-sous-Bois, Zyed et Bouna dans un transformateur EDF. En 2014, sur la ZAD de Sivens, Rémi Fraisse mourrait de l’explosion d’une grenade policière. À l’été 2016 Adama Traoré mourrait lors de son arrestation à Beaumont-sur-Oise. Le 2 février 2017, Théo, un jeune homme d’Aulnay-sous-Bois est violé à la matraque lors de son arrestation par un agent de la BST. En mars 2017, Liu Shaoyo, habitant de Paris, est abattu sur son palier par un policier en civil. Puis début mai c’est Curtis, un homme de 17 ans qui est décédé suite à une course-poursuite menée par la brigade anti-criminalité à Antony, en balieue parisienne. Lorsque les policiers impliqués dans ces drames ne sont pas blanchis, ils sont condamnés à des peines avec sursis qu’ils ne purgent jamais.

Ainsi, les derniers rebondissements locaux dans l’affaire de la voiture de police nous poussent à rappeler notre solidarité avec les inculpés du mouvement contre la Loi Travail, y compris avec celles et ceux coupables de violence contre les forces de l’ordre. Et notre solidarité s’étend aussi à toutes celles et ceux qui se prennent les balles, les coups ou les insultes de la police, qui se font broyer par le lent rouleau compresseur de la justice ou qui sont pris au piège de l’institution carcérale, ainsi qu’à leurs familles et à leurs proches. Car derrière l’enfumage politico-médiatique, « tout le monde déteste la police ».

Profitons également de cette occasion pour rappeler quelque règles essentielles de comportement. Si la nécessité de se taire face à la police est évidente, il convient également d’adopter certains comportement dans les discussions que nous avons au quotidien. Ce genre d’histoire peut nous pousser à fantasmer les faits, à tenter de reconstruire le puzzle de "l’enquête", à tenter de trouver quoi, qui et comment. Or ces bavardages peuvent mettre en danger des gens. Se taire face à la police c’est se protéger et protéger les autres. Ne pas parler des actes d’autres personnes, qu’ils soient réels ou imaginés, c’est éviter de se mettre dans la merde en y trainant les autres.

Groupe Anti-répression Genève

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